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La guerre contre les pailles est déclarée

De par sa petite taille, la paille se retrouve rarement dans les poubelles de recyclage. | © Flickr - Niels Hepting

Société

Sur les huit millions de tonnes de déchets présents dans les océans, la paille ne représente qu’une infime portion du plastique. Et pourtant, ce petit tube fin est l’un des pollueurs les plus nocifs. De par sa taille, elle est un véritable risque pour les animaux marins. 

 

Dans un cocktail ou dans un soda, parfois accompagnée d’un petit palmier, la paille est devenue une habitude plutôt qu’une nécessité. Chaque jour, quelques 500 millions de pailles sont jetées rien qu’aux États-Unis. Assez  pour faire deux fois et demie la circonférence de la terre, selon le site The Last Plastic Straw. Pourtant, ce petit ustentile à usage unique se place en dernière position d’une longue liste de produits en plastique prohibés, taxés, ou boycottés.

C’est oublier que, petite et légère, la paille est difficilement recyclable, un problème qui peut être observé sur les plages. Conséquence : en moins de dix ans, le tube coloré est devenu l’un des plastiques qui détériore le plus le monde marin. Selon une étude, cette situation risquerait de décimer la population de poissons d’ici 2050.

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Les dégâts sur les animaux

Ces petits éléments, inoffensifs en apparence, sont faits de polypropylène – un dérivé du pétrole. Et comme tous les plastiques, les pailles ne se désintègrent en minuscules fragments qu’au bout de plusieurs décennies, voire de plusieurs siècles. Malgré cela, la production de plastique est 20 fois supérieure par rapport à il y a 50 ans, et devrait être multipliée par trois d’ici 2050.

Selon l’ONU, si l’Homme ne réduit pas sa consommation, il y aura plus de plastique que de poissons d’ici 30 ans. Pas moins de 90% d’oiseaux marin auraient déjà ingéré du plastique, qui s’accumule dans leur tube digestif.

Chaque jour, des tonnes de pailles aboutissent dans les dépotoirs, les rivières et les océans. Elles sont avalées par des centaines d’espèces marines, qui les confondent avec de la nourriture, causant des maladies. L’impact le plus visible des pailles sur la faune est devenu viral en 2015. Les biologistes Nathan Robinson et Christine Figgener ont mis en ligne une vidéo montrant le sauvetage d’une tortue de mer au Costa Rica. L’animal avait une paille de dix centimètes coincée dans l’une de ses narines, et plus de huit minutes ont été nécessaires pour la décoincer.

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Les campagnes anti-pailles prolifèrent

Sur les réseaux sociaux, la guerre des pailles est déclarée. De plus en plus de collectifs tels que « Straw Wars » – en référence au film Star Wars – ou encore « Refuse the Straw » émergent pour faire interdire les pailles en plastique. Des personnalités, comme la styliste Vivienne Westwood, ont aussi pris part au combat. Sur son compte Facebook, la créatrice n’hésite pas sensibiliser à cette problématique, et rappelle qu’il faut environ 200 ans pour qu’une paille ne se désintègre.

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Même si la majorité des mouvements anti-pailles viennent des États-Unis, certains projets apparaissent également en Europe. Le 22 avril 2017, à l’occasion de la journée de la Terre, quatre françaises ont lancé « Bas les pailles ». L’objectif est clair : interdire la commercialisation des pailles en plastique d’ici 2018 pour protéger les océans. Plus de 33 000 personnes ont déjà signé leur pétition.

D’autres initiatives ont vu le jour comme les pailles en bambou, en inox, en carton, ou encore des pailles comestibles. La compagnie espagnole Sorbos a ainsi lancé une collection de ces petites tubes colorés personnalisés, aux différents parfums.

Et en Belgique ?

Membre de la campagne des Nations Unies #CleanSeas, la Belgique s’engage à devenir « une nation de l’excellence environnementale« . En Wallonie, l’interdiction d’utiliser des sacs en plastique à usage unique est entrée en vigueur depuis le 1er décembre 2016. « Une seconde pour fabriquer un sac plastique. 20 minutes d’utilisation. Des décennies de pollution. Voilà qui résume la raison d’être de cette mesure », note le Ministre wallon de l’Environnement, Carlo Di Antonio sur son site.

D’ici 2020, il ne sera plus possible d’acheter de la vaisselle en plastique dans les supermarchés français. En Belgique, aucun décret ne prévoit encore cette mesure.

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