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Comment Azriel Clary, 21 ans, s’est détachée de l’ignoble emprise de R. Kelly

Azriel Clary. | © Kena Betancur / AFP

Société

Il y a encore peu de temps, R. Kelly était soutenu par ses deux petites amies, Joycelyn Savage (24 ans) et Ariel Clary (21 ans). Cette dernière l’a quitté en novembre et dévoile aujourd’hui les abus physiques et émotionnels qu’elle a subis pendant plus de quatre ans.

On pensait que Joycelyn Savage, celle qui soutient et partage la vie de R. Kelly depuis 2015, s’était retournée contre lui. Mais la jeune femme de 24 ans fréquente toujours le chanteur de 53 ans et lui rend fréquemment visite en prison, où il est incarcéré depuis l’an dernier pour abus sexuels et viols sur mineur – son procès s’ouvrira au printemps. En revanche, Azriel Clary, l’autre petite amie «officielle» de l’artiste, celle qui l’avait défendu bec et ongles à la télévision au côté de Joycelyn Savage en mars 2019 dans un entretien donné à Gayle King, s’est bien détournée de lui.

Âgée de 21 ans, elle avait elle aussi rencontré R. Kelly en 2015 à l’issue d’un concert et était rapidement tombée sous son charme, abandonnant ses études et sa famille pour s’installer dans l’une de ses propriétés. Elle pensait être « spéciale » aux yeux de son idole, parvenir à percer un jour dans la musique, son grand rêve. R. Kelly lui faisait d’ailleurs miroiter des contrats avec des labels de musique, lui a même promis de l’épouser et de fonder avec elle une famille. Comme de nombreuses autres jeunes femmes, Azriel Clary est ainsi tombée sous la coupe du chanteur, devenant l’une des «conquêtes» qu’il abusait physiquement et émotionnellement. C’est ce qu’elle admet pour la première fois dans un entretien donné le 29 janvier 2020 au tabloïd anglais The Sun.

« Il pousse les gens à faire des choses très dégradantes »

En novembre dernier, après avoir visionné pour la première fois Surviving R. Kelly, documentaire explosif dans lequel de nombreuses femmes accusent le chanteur de violences sexuelles, Azriel Clary tombe de haut et comprend qu’elle vit depuis plus de quatre ans une relation abusive avec lui. C’est le début d’une vraie prise de conscience. Aujourd’hui, elle regrette de l’avoir défendu et de ne pas avoir parlé plus tôt du calvaire qu’elle a subi. Elle comprend aussi qu’elle n’est pas la seule femme dont la vie a été détruite par les agissements de la star américaine.

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« Je pense qu’il y a des centaines de victimes. Robert a des petites amies dans chaque ville, des conquêtes dans chaque ville. (…) Son truc, c’est de faire du chantage. Il pousse les gens à faire des choses très dégradantes, en les filmant par exemple, et les oblige à signer des documents pour éviter qu’ils se retournent contre lui. (…) Ce qu’il a fait est terrible. Lorsque j’ai vu le documentaire, et que j’ai compris qu’il s’était comporté de la sorte avec tant d’autres femmes, je me suis dit que je n’étais pas si spéciale. Il agit comme ça depuis les années 1990. C’est vraiment douloureux car je l’aimais vraiment, je voulais vraiment un futur avec lui. Et maintenant, quand j’entends son nom, j’aimerais juste pouvoir effacer chaque souvenir que j’ai avec lui, qu’il soit bon ou mauvais », a-t-elle confié.

 

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Selon Azriel Clary, R. Kelly a tout fait pour se protéger des accusations, notamment en créant des documents qui pourraient endommager la réputation de ses victimes. « Beaucoup de ses victimes ont honte ou sont gênées de témoigner contre lui parce que ça les incriminera. Il y a tant de choses accablantes. Il a des lettres de personnes qui lui avouent, faussement, qu’elles lui ont volé des choses. Il a des lettres de personnes qui lui disent qu’elles ont été violées ou victimes d’abus de la part de leurs parents, de leurs frères ou d’autres membres de la famille. Il a même des enregistrements vidéos de personnes agressant leurs jeunes nièces ou jeunes frères. Et donc je sais qu’il y a beaucoup de femmes qui se sentent humiliées ou honteuses de dire la vérité parce que cet homme a eu tellement de pouvoir et de contrôle sur elles qu’elles ont été jusqu’à molester leur jeune frère. Personnellement, si j’avais fait quelque chose de ce style, je me sentirais beaucoup trop honteuse pour sortir de ma réserve. Heureusement, je n’ai jamais été dans cette situation. Mais ai-je vu ça avec d’autres femmes ? Absolument », a-t-elle ajouté.

Actes sexuels dégradants et femmes montées les unes contre les autres

Comme beaucoup d’autres femmes qui accusent R. Kelly, Azriel Clary décrit un quotidien fait de violences physiques et émotionnelles. Elle admet avoir été souvent battue et bafouée. Elle explique aussi que le chanteur contrôlait tout ce qu’elle faisait, de sa manière de s’habiller à ses repas. Elle devait lui demander l’autorisation de se doucher et lui avait juré loyauté au point d’être interdite de contacter ses proches ou sa famille. Azriel Clary, qui avait donc seulement 17 ans lorsqu’elle a rencontré R. Kelly, affirme également qu’elle vivait avec un groupe de femmes et qu’elle était « forcée d’avoir des rapports sexuels en groupe avec des hommes et des femmes jusqu’à cinq fois par jour. (…) Les abus sexuels survenaient régulièrement. Robert avait des pulsions fréquentes, faire ça trois à cinq fois par jour était normal pour lui ». Elle confirme également des actes sexuels dégradants, comme le fait que R. Kelly se filmait souvent en train d’uriner ou de déféquer sur des femmes.

Azriel Clary (à gauche) avec Joycelyn Savage. Kena Betancur / AFP

Si par malheur Azriel Clary ou d’autres femmes ne respectaient pas les règles établies par le chanteur, il les obligeaient à « se battre ». « Nous étions chez lui à Atlanta et il s’est précipité dans la pièce en disant qu’il y avait une réunion et qu’une des filles ne voulait pas aider à nettoyer pour cette réunion. A cause de ça, deux autres filles ont commencé à abuser verbalement cette fille, puis elles ont commencé à la frapper, à la gifler. Robert est revenu dans la pièce et il s’est aussi mis à la gifler, à l’insulter, à la pousser, comme si c’était une poupée de chiffon. C’est le premier signe avant-coureur que j’ai décelé », a-t-elle poursuivi.

Désormais détachée de l’emprise de son bourreau, Azriel Clary tente de se reconstruire, soutenue par sa famille. Elle sait également que R. Kelly ne reconnaîtra jamais ses responsabilités et sa culpabilité. « Il sait qu’il a fait des choses horribles. Mais honnêtement, il sait aussi qu’il a trop à  perdre. Il n’a pas d’autre choix que de combattre ces accusations. Ça fait tellement de temps qu’il fait ça, il nie tout ça depuis trop longtemps. Il n’a pas d’autre choix que de continuer à le nier », a-t-elle déploré.

R. Kelly lors d’une audience au tribunal de Chicago en septembre 2019. Antonio Perez/Chicago Tribune/TNS/ABACAPRESS.COM

Après la publication de l’interview d’Azriel Clary, un avocat de R. Kelly a contre-attaqué en décrédibilisant son témoignage, l’accusant de se retourner pour gagner de l’argent dans le dos de la star. Le chanteur a été arrêté pour la dernière fois en juillet 2019. Il est accusé d’avoir enlevé, séquestré, menacé et filmé à leur insu plusieurs jeunes filles et jeunes femmes dans quatre Etats différents. R. Kelly a beau nié les accusations portées contre lui depuis des décennies : s’il est -enfin- reconnu coupable des nombreux chefs d’accusation, il risque la prison à vie.

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