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Donna Rotunno, la redoutable avocate qui clame l’innocence de Harvey Weinstein

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Sur 40 affaires où elle a défendu des hommes accusés de crimes sexuels, Donna Rotunno n'en a perdu qu'une. | © Bryan R. Smith / AFP.

Société

Celle qu’on appelle « le bouledogue des salles d’audience » a livré une ultime plaidoirie de quatre heures ce jeudi, réclamant l’acquittement de son client au crépuscule d’un procès hors-norme. Paris Match Belgique brosse le portrait de cette avocate controversée qui défend l’indéfendable.

« Il était innocent quand il a franchi cette porte. Il était innocent quand les témoins ont commencé à témoigner. Et il est innocent, assis devant vous maintenant », lance-t-elle aux douze jurés du tribunal de Manhattan. « Les médias ont fait du zèle, l’accusation a fait du zèle (…) Vous êtes appelés à prendre une décision impopulaire » et à « ignorer l’agitation » médiatique autour de ce dossier, poursuit Donna Rotunno. Au cours de sa carrière, la pro du barreau a obtenu l’acquittement de la quasi-totalité des hommes accusés d’agression sexuelle qu’elle a défendus. Et compte bien faire de même avec son client, le producteur Harvey Weinstein, devenu le visage d’un Hollywood avant #MeToo et accusé lors de ce procès new-yorkais par six femmes de les avoir agressées sexuellement.

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Talons hauts et interrogatoires musclés

« Vous avez tenté de le griffer, de le blesser aux yeux ? Vous avez crié ? Oui. » « Vous avez continué de crier ? (…) Quand il est parti, vous êtes allée voir le portier ? Non, je me suis évanouie. » « Quand vous vous êtes réveillée, vous êtes allée voir la police ? Vous êtes allée à l’hôpital ? » Face à l’actrice Annabella Sciorra, violée 27 ans plus tôt par le magnat du cinéma, Donna Rotunno détricote un témoignage crucial, le met en pièces pour instaurer le doute chez les jurés, qui devront voter à l’unanimité à partir du 18 février.

Nommée par ses adversaires « le bouledogue des salles d’audience », la sulfureuse avocate de 44 ans rentre toujours dans une salle d’audience dans un style impeccable, habillée de tailleurs Ferragamo, de talons hauts Jimmy Choo et, surtout, toujours arborant un collier en or mentionnant sa phrase favorite : « Non coupable ».

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Donna Rotunno et Harvey Weinstein en juillet 2019. © TIMOTHY A. CLARY / AFP.

Presque invaincue

Donna Rotunno est la fille d’un entrepreneur et d’une professeure des écoles. Son intérêt pour la loi, raconte-t-elle à France Info, est né avec une série américaine des années 1970, The Paper Chase. « J’avais cinq ans. La série parlait d’une faculté de droit, cela m’a intriguée », se remémore Donna Rotunno. De la maternelle au lycée, l’idée est restée.

Du côté du ministère public à ses débuts, la jeune femme d’alors passe vite du côté de la défense et se spécialise presque uniquement, à l’aube des années 2010, à la défense d’hommes accusés pour agressions et violences sexuelles. Un secteur d’activité dans lequel elle excelle : sur 40 affaires où elle a défendu des hommes accusés de crimes sexuels, elle n’en a perdu qu’une, comme le rapporte The Guardian. Glaçant.

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Celui de Harvey Weinstein pourrait-il être le se­cond ? Le jury déterminera si sa stratégie de défense agressive et volontairement provoc aura payé. Invitée du podcast The Daily du New York Times, elle avait provoqué une vive polémique la semaine dernière. Alors que l’interview touchait à sa fin, la journaliste Megan Twohey, qui a enquêté sur Harvey Weinstein, a glissé une dernière question à l’avocate. « Avez-vous déjà été agressée sexuellement ? Non, jamais. Parce que je ne me mettrais jamais dans une telle position. »

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