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La pression dans les relations sexuelles : Une réalité pour 9 femmes sur 10

enquête de nous toutes sur le consentement

Plus de 100 000 personnes ont répondu à l'enquête. | © Priscilla Du Preez/Unsplash

Société

Le collectif Nous Toutes a réalisé une enquête en ligne sur le consentement dans les relations sexuelles et a publié les résultats ce mardi.

 

« Au cours de votre vie, avez-vous déjà ressenti une pression de la part d’un partenaire pour avoir un rapport sexuel ? » En 10 jours, plus de 100 000 personnes ont répondu à l’enquête sur le consentement dans les rapports hétérosexuels mise en ligne le 7 février par le collectif Nous toutes, en France. Et les résultats sont édifiants. Sur les 96 600 femmes répondantes, 90% d’entre elles déclarent avoir déjà fait l’expérience d’une pression pour avoir un rapport sexuel. Et dans 88% des cas, cela est même arrivé plusieurs fois. « Les réponses des hommes et des personnes non-binaires n’étaient pas assez nombreuses pour être utilisées dans le cadre de l’analyse ou comparées à celles des femmes », précise toutefois le collectif. Car comme l’on fait remarquer certaines personnes, le consentement dans un couple, ça va bien évidemment dans les deux sens.

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Mais ce ne sont pas seulement les chiffres sur les pressions subies par les femmes dans leur couple qui sont interpellants. Car une femme sur deux a répondu avoir déjà subi des remarques dévalorisantes parce qu’elles refusaient d’avoir des rapports sexuels. Elles étaient alors traitées de « frigide », « coincée » ou « pas normale ». Mais ce qui n’est pas normal, c’est de devoir aller à l’encontre de ses envies et de ses besoins pour satisfaire quelqu’un d’autre. En tout, 81,2% des répondantes rapportent également des faits de violences psychologiques, physiques ou sexuelles au cours de rapports sexuels avec un ou plusieurs partenaires. Il ressort également de l’enquête que 74,6% des répondantes ont déjà demandé à arrêter un rapport sexuel en cours et pour 38,2% d’entre elles, le rapport c’est poursuivi malgré tout.

« Ce questionnaire a montré à quel point ce que nous pensions peut-être normal ne l’était vraiment pas », « En répondant « oui » à certaines questions, j’ai pris conscience qu’elles ne m’avaient jamais été posées. Que j’ai vécu pendant les 50 premières années de ma vie des faits sans avoir dit « oui », en totale inconscience que j’étais en situation d’avoir un avis ».

Une histoire de consentement

L’enquête apporte une lumière toute particulière aux histoires de victimes de viol, de harcèlement ou d’agressions sexuelles. Elle signifie que la violence qui se trouve au sein même d’un couple est insidieuse et que les femmes n’ont même pas toujours conscience de la violence qu’elles subissent. Parfois, cela prend des années avant de mettre des mots sur les dégâts qu’elles ont subis. Grâce à ces réponses, on se rend compte de l’ampleur du phénomène au sein de la société. Pourtant, au départ, tout est une histoire de consentement. Il y a déjà cinq ans, une vidéo sur le consentement avait fait le buzz sur internet. On y compare le fait de dire « oui » à un rapport sexuel, au fait d’accepter de boire une tasse de thé. Et l’exemple est parfait.

« Consentir, c’est s’engager dans une relation ou des pratiques sexuelles lorsqu’on en a véritablement envie soi-même », souligne Nathalie Bajos, chercheuse à l’Inserm, l’institut national de la santé et de la recherche médicale en France. Le consentement peut être verbal, gestuel, implicite ou explicite et s’il n’y a rien, il n’y a pas consentement. Et lorsqu’il y a un « rapport sexuel imposé à une personne sans son consentement », c’est un viol, définit le Larousse. « Le consentement n’est jamais définitif ni automatiquement extensif. Il peut être valable seulement à un moment donné sur une pratique donnée », rappelle le collectif.

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Le consentement, c’est une “pratique relationnelle” explique Alexia Boucherie dans son ouvrage Troubles dans le consentement. “Le consentement doit être ‘énoncé’, c’est-à-dire manifesté ou exprimé de sorte à ce qu’aucun doute ne soit possible”. Maïa Mazaurette, journaliste, parle de consentement “enthousiaste”. Elle explique dans un billet de 2017 que : “Au lieu de demander après la relation sexuelle (donc trop tard) si l’autre a aimé, il s’agirait de demander avant et pendant, si l’autre aime encore et va continuer à aimer (car rappelons-le, on peut changer d’avis au milieu d’un rapport – en sexualité, personne ne vous oblige à finir notre assiette)”. Et tant pis si cela agace certains.

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