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Mères détenues en Syrie : « Nous ne laisserons pas partir nos enfants seuls vers la Belgique »

Hafsa Sliti et Jessie Van Eetvelde vivent dans les camps administrés par les autorités kurdes du nord de la Syrie.

les Kurdes doivent administrer seuls d’énormes camps de déplacés. A l’intérieur de ceux-ci, se trouvent les femmes et les enfants des djihadistes étrangers emprisonnés en attente de leur jugement... | © Roger Job

Société

Hafsa Sliti et Jessie Van Eetvelde vivent dans les camps administrés par les autorités kurdes du nord de la Syrie. Paris Match est parti à leur rencontre. Toutes deux sont fermement opposées au rapatriement de leurs enfants en Belgique.

La Syrie est le théâtre sanglant d’une guerre qui n’en finit pas. Malgré la défaite militaire de Daech et la chute de son califat autoproclamé, le bruit et la fureur ne sont pas retombés. Des cellules dormantes demeurent actives. Des combats font rage entre l’armée syrienne et des groupes armés pour la reconquête du territoire. Dans la région d’Idlib, les forces turques et celles du régime de Damas s’affrontent violemment. Au nord du pays, les milices islamistes alliées de la Turquie sèment la terreur et la mort.

Il s’en suit un gigantesque exode de populations. Des dizaines de milliers de personnes ont trouvé refuge au Rojava, la région semi-autonome du Kurdistan syrien. Pratiquement abandonnés par la communauté internationale, les Kurdes doivent administrer seuls d’énormes camps de déplacés. A l’intérieur de ceux-ci, se trouvent les femmes et les enfants des djihadistes étrangers emprisonnés en attente de leur jugement. Parmi elles, 23 mères et 42 enfants belges de moins de dix ans.

Notre rencontre avec les Mères détenues en Syrie (Vidéo)

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Maman de deux enfants de 1 an et 3 ans, Hafsa Sliti (23 ans) est une Bruxelloise arrivée en 2015 en Syrie avec son père, tué par Daech depuis. Mariée, elle vit seule avec ses petits dans le camp d’Al Roj, situé dans le nord-est du Rojava. Jessie Van Eetvelde est une Anversoise de 41 ans, mère d’Ibrahim (4 ans) et d’Abderrahmane (2 ans). Elle a rejoint l’État islamique en 2014 avec son mari. Elle est enfermée depuis environ un an dans le camp d’Al-Hol où vivent 68 000 personnes, parmi lesquelles un grand nombre de femmes et d’enfants d’ex-combattants de l’État islamique. Beaucoup sont très radicalisées et la violence est omniprésente.

La question du rapatriement vers la Belgique de ces enfants est au centre des préoccupations. Le gouvernement fédéral assure vouloir tout mettre en œuvre pour les faire revenir, mais rien ne bouge. Un jugement des référés de Bruxelles (contre lequel l’État a interjeté appel) avait même statué le 11 décembre dernier que les autorités, sous peine d’astreintes, devait fournir à 10 enfants l’assistance consulaire et des documents administratifs, de voyage et d’identité en vue de les rapatrier.

Parmi ces derniers, les enfants de Jessie Van Eetvelde. Celle-ci déclare cependant à Paris Match qu’elle s’oppose à leur retour sans qu’elle les accompagne. Même son de cloche de la part d’Hafsa Sliti. L’une et l’autre affirment exprimer la position commune de toutes les mères présentes dans les camps.

Découvrez le premier volet de notre reportage en Syrie dans le magazine Paris Match ce jeudi 5 mars.

 

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Syrie daech mères
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