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132 millions de filles dans le monde ne sont pas scolarisées [CARTES]

132 millions de filles dans le monde ne sont pas scolarisées, cartes interactives

Une année d’école supplémentaire peut augmenter les revenus d'une femme de 10 à 20 %. | © AHMAD GHARABLI / AFP

Société

Sous-estimer l’éducation serait une grande erreur. Bien plus que simplement apprendre à lire et à compter, l’école permet aux enfants de mieux comprendre le monde qui les entoure et d’avoir toutes les cartes en main pour pouvoir y prendre part. Pour les jeunes filles, la scolarité a une puissance émancipatrice. Analyse.

 

Souvent exemple d’égalité des chances, l’école est loin d’en être l’illustration parfaite. Et pourtant, l’éducation permet d’améliorer considérablement la vie des filles. « Les filles qui reçoivent une éducation sont moins susceptibles de se marier jeunes, et ont plus de chances de mener une vie saine et productive », analyse l’Unicef.

Afin de mieux comprendre la situation dans le monde, ParisMatch.be a traité les données statistiques de l’Unesco concernant l’éducation des filles. Ici, nous n’allons pas comparer à tout prix l’éducation des filles avec celle des garçons. L’objectif est plutôt de mieux comprendre les enjeux de l’éducation sur l’émancipation des filles et leur indépendance dans le monde.

La collecte de données étant difficile dans certaines régions du monde, les chiffres ne sont pas tous issus de la même année, et s’étalent sur parfois 5 années. Pour faciliter au mieux la lecture, nos cartes sont interactives. Vous pouvez donc cliquer sur un pays (ou passer votre souris dessus) pour connaitre la valeur et l’année correspondante. Dans la légende, vous pouvez également choisir de visualiser uniquement une catégorie de pays en fonction de leurs données. N’hésitez pas non plus à zoomer sur la carte (avec le plus et le moins sur les ordinateurs, à l’aide de vos doigts sur les smartphones), afin de mieux visualiser certaines parties du monde. Bonne lecture !

Plus d’une fille sur 6 n’est pas scolarisée dans le monde

Selon l’Unesco, 17,72 % des filles dans le monde en 2018, ayant l’âge d’être à l’école primaire ou secondaire, n’étaient en fait pas scolarisées. La proportion est presque la même pour les garçons (16,56 %). Parmi les données collectées, l’Irlande compte la plus faible part de jeunes filles déscolarisées avec 0,2 %, aux antipodes du Sud Soudan qui comptabilise 67,99 % de filles non scolarisées.

Selon les chiffres de l’Unicef, 132 millions de filles dans le monde n’allaient pas à l’école en 2016. Le niveau secondaire est le plus touché par cette désertion des filles. Pourtant, selon Global Partnership, une année d’école supplémentaire peut augmenter les revenus d’une femme de 10 à 20 %. Malheureusement, les filles voient souvent leur éducation sacrifiée pour de multiples raisons. Dans les pays touchés par un conflit, les filles ont deux fois plus de chances de ne pas être scolarisées par rapport à celles vivant dans des pays non touchés, affirme l’Unicef. D’autres facteurs, comme la pauvreté, le mariage des enfants ou encore la violence sexiste entravent également l’éducation des filles. Tout comme les garçons, les jeunes filles doivent parfois renoncer à aller à l’école pour gagner de l’argent et travailler, et ce, parfois dès l’âge de 5 ans.

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Les jeunes filles de 15-24 ans sont bien plus alphabétisées que les adultes

Nonante pourcents des jeunes filles dans le monde savent lire et écrire, sur ces cinq dernières années. C’est presque 10 points de plus en comparaison à la tranche d’âge 25-64 ans, et 20 points de plus que les femmes ayant plus de 65 ans. Pourtant, la médiane – la valeur qui permet de couper l’ensemble des valeurs en deux parties égales – est bien plus proche. Pour les jeunes de moins de 24 ans, la moitié des pays comptabilisent plus de 98 % de jeunes filles entre 15 et 24 ans alphabétisées, et 91 % de femmes entre 25 et 64 ans alphabétisées. Cette comparaison montre donc que les pays, qui étaient le plus en retard concernant l’alphabétisation des femmes, sont également ceux qui se sont le plus améliorés. L’évolution est considérable dans certains pays, comme en Algérie (15-24 ans : 97,25 %, 25-64 ans : 76,40, Plus de 65 ans : 19,75 %), en Angola (15-24 ans : 70,59 %, 25-64 ans : 47,13, Plus de 65 ans : 11,44 %) ou encore au Népal (15-24 ans : 90,88 %, 25-64 ans : 51,35, Plus de 65 ans : 8,65 %). En revanche, la médiane pour les femmes de plus de 65 ans est bien plus basse, positionnant la moitié des pays en dessous de la barre des 58 %, montrant donc une évolution mondiale pour arriver aux 91% des 25-64 ans.

L’alphabétisation ne se limite pas qu’au fait de lire et écrire évidemment. C’est un atout majeur dans notre vie quotidienne pour comprendre le monde qui nous entoure et y affirmer notre place. « L’alphabétisation donne aux personnes les moyens d’améliorer leurs conditions de vie, de participer aux processus de décision au sein de leur communauté, d’avoir accès à l’information sur les soins de santé, pour ne citer que quelques exemples. Avant tout, elle permet aux personnes d’exercer leurs droits en tant que citoyens et êtres humains », affirmait en 2009 Ban Ki-moon, alors Secrétaire général des Nations Unies. Afin que la femme ait entièrement sa place dans la société, il est important d’arriver à une alphabétisation complète de la population. Et selon les chiffres, la situation est plutôt en bonne voie, avec une jeune génération de femmes alphabétisée à 90 %.

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Le choix cornélien entre les Sciences dures et les Lettres

À partir des données que nous avons collectées, nous avons découvert que trois personnes sur cinq, diplômées de l’enseignement supérieur en Lettres et art, étaient des femmes. Un domaine avec une forte présence féminine, à l’inverse des Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques où seulement une personne diplômée sur trois est une femme.

L’Algérie comptabilise 58 % de diplômées femmes en Sciences, un chiffre bien plus haut que la Belgique qui n’en compte que 25,83 %. Est-ce pour autant une bonne chose ? Des chercheurs se sont intéressés à la question et évoquent le « paradoxe de l’égalité du genre ». Gijsbert Stoet et David Geary, chercheurs en psychologie à l’université Beckett de Leeds (Royaume-Uni) et à l’université du Missouri (États-Unis), expliquent que les femmes des pays plus inégalitaires se dirigent vers des études scientifiques afin d’obtenir par la suite un salaire plus élevé. Leur choix serait donc moins “libre” que dans les pays « avec un bon niveau de sécurité sociale » où les études ne sont pas uniquement décidées en fonction de la stabilité financière, explique un article du Figaro.

Loin d’être moins douée pour les sciences que les hommes, les femmes choisiraient donc des études en lettres comme une manière de s’affranchir de l’argent. Janet Shibley Hyde, professeur en études de genres à l’université du Wisconsin, confirme dans le Figaro que « dans les pays riches, les étudiantes ont la liberté de poursuivre les études de leurs choix en se souciant moins du salaire qui en dépendra ».

Cependant, un problème persiste. Les filières littéraires mènent à des métiers généralement moins bien rémunérés que les carrières scientifiques. « La majeure partie des écarts de salaires entre hommes et femmes qui perdurent aujourd’hui s’explique par la sous-représentation des femmes dans les études scientifiques », explique Thomas Breda dans Regards croisés sur l’économie (n° 15). Au-delà du choix individuel, l’environnement socioculturel aurait également une influence sur les décisions prises par les individus de manière générale. « Les études de genre montrent que l’absence de femmes dans les métiers scientifiques est la conséquence d’une construction sociale selon laquelle certains métiers ne sont pas faits pour les femmes (ou pour les hommes). » Difficile donc de parler uniquement d’un choix individuel pris en toute liberté. Deux solutions pourraient alors être étudiées : soit inciter les jeunes filles à étudier les sciences dures, soit revaloriser les filières littéraires. L’enjeu est considérable, car au-delà d’un simple diplôme, la parité dans les filières du niveau supérieur, ou la revalorisation d’un domaine permettrait de limiter les inégalités, et parvenir – peut-être – à une égalité salariale.

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