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Le Texas et l’Ohio interdisent tout avortement durant la crise du coronavirus

Le Texas et l'Ohio interdisent tout avortement durant la crise du coronavirus

Des militants pro-choix manifestant devant la Cour suprême des États-Unis, le 21 mai 2019. | © Stefani Reynolds / CNP / ABACAPRESS.COM

Société

Selon les autorités, les avortements seraient des « opérations non urgentes » et pourraient être donc reportés.

 

Avec près de 70 000 cas confirmés et plus de 1 000 décès, les États-Unis sont devenus le troisième pays au monde comptant le plus de personnes contaminées. Alors que l’épicentre de l’infection se trouve dans l’État de New York, avec plus de 33 000 cas confirmés, le Texas (1 119 cas et 12 morts) et l’Ohio (706 cas et 11 morts) ont décidé de suspendre toutes les opérations non urgentes, y compris les avortements.

Cette décision a été fortement dénoncée par les défenseurs du droit des femmes à interrompre leur grossesse qui y voient une manœuvre « idéologique » et rappellent que les avortements ne peuvent attendre. En effet, le Texas a l’une des législations des plus restrictives du pays concernant l’avortement. Un projet de loi voulait même rendre l’avortement passible de peine de mort en avril 2019.

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Jusqu’à 180 jours de prison et 1 000 dollars d’amende

Le gouverneur du Texas Greg Abbott a ordonné samedi le report « des interventions qui ne sont pas immédiatement nécessaires sur un plan médical », afin d’assurer la disponibilité des lits pour les malades du Covid-19 et des équipements de protection pour les personnels chargés de les soigner. Cet ordre s’applique aux interruptions volontaires de grossesse (IVG) sauf en cas de danger pour la vie de la mère, a précisé lundi le procureur général de cet État conservateur du sud des États-Unis, Ken Paxton. « Ceux qui enfreignent l’ordre du gouverneur seront sanctionnés avec toute la force de la loi », a-t-il ajouté dans un communiqué, en mentionnant des peines pouvant aller jusqu’à 180 jours de prison et 1 000 dollars d’amende.

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« Ce n’est pas surprenant de voir le procureur général utiliser n’importe quelle excuse pour appliquer son programme idéologique », a commenté Kathy Miller, présidente de l’association locale de défense du droit à avorter, Texas Freedom Network. Sachant que « la fenêtre légale pour avorter est déjà limitée », elle a estimé dans un communiqué que « reporter » les interventions « revenait à nier le droit constitutionnel des femmes » à l’IVG. En guise de réponse, Planned Parenthood, Center for Reproductive Rights et The Lawyering Project ont décidé d’attaquer en justice l’État du Texas.

« Cher Texas, tu ne peux pas utiliser une pandémie comme excuse pour bloquer l’accès à l’avortement. Rendez-vous au tribunal. » « Le gouverneur Abbott ne pense pas que l’avortement soit essentiel ou, apparemment, qu’il soit urgent. Il a tort », complète ce tweet.

« Nos portes resteront ouvertes pour ce soin » affirment les cliniques de l’Ohio

Dans l’Ohio, après une décision des autorités sanitaires de suspendre les opérations « non urgentes », le procureur général a adressé des courriers à trois cliniques pratiquant des IVG pour leur ordonner de s’y plier. « Ce n’est pas une question d’avortement, une lettre a également été adressée à un groupe d’urologie », a déclaré à l’AFP Bethany McCorkle, la porte-parole du procureur.

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Deux des cliniques concernées, gérées par l’organisation Planned Parenthood, ont assuré se plier aux consignes et avoir suspendu les interventions non urgentes. Mais, ont-elles ajouté dans un communiqué, « les avortements sont des procédures médicales essentielles et urgentes ». « Nos portes resteront ouvertes pour ce soin », ont promis leurs directrices Iris Harvey et Kersha Deibel. « L’avortement est une procédure médicale essentielle et urgente – et il doit le rester pendant cette crise de santé publique. Les retards ou les obstacles supplémentaires aux soins peuvent rendre plus difficile, voire impossible, l’accès des patientes à un avortement sûr et légal », précise ce tweet.

La Cour suprême des États-unis a reconnu en 1973 le droit de tous les Américains à avorter, mais autorise les États à légiférer pour encadrer la pratique, ce qui a créé de fortes disparités régionales. Les États du sud et du centre du pays, où la droite religieuse est bien implantée, ont ainsi multiplié les législations restrictives, limitant fortement l’accès aux IVG sur leur territoire.

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