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Dans l’atelier de Whang Od, 100 ans, plus vieille tatoueuse du monde

Sa maîtrise du tatouage, elle, n'a pas pris une ride | © Instagram @ Whang-Od

Société

À 100 ans, Whang Od est tout sauf une grand-mère ordinaire. Oeil vif, port altier et bras recouverts de motifs tribaux, elle est la plus vieille tatoueuse du monde, mais aussi la dernière tatoueuse ancestrale du Kalinga, aux Philippines. 

C’est un temps que les moins de ( cinq fois ) 20 ans ne peuvent pas connaître. Le temps des guerriers tribaux, des territoires inexplorés, et des mambabatok, les tatoueurs ancestraux de la province de Kalinga, dans le nord des Philippines. Whang Od est l’un d’eux, celle qui reste : elle a beau avoir fêté récemment un siècle d’existence, elle n’est pas prête de raccrocher les aiguilles. Son métier, Whang Od l’a dans la peau, pour le plus grand plaisir des amoureux de tatouages qui sont nombreux à faire le voyage pour avoir l’honneur de se faire encrer par cette légende vivante.

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Instagram @Justbry16

Encre de charbon

Ici, ni matériel aseptisé ni rock indé pendant la séance. La technique des mambabatok suit une méthode ancestrale, et l’encre est élaborée à base de charbon de bois et d’eau avant d’être injectée dans la peau à l’aide d’une aiguille de pamplemoussier. Vieille de plus de 1 000 ans, cette technique répond au nom de batok, et voit la peau badigeonnée d’huile de coco en lieu et place de pommade cicatrisante. Hasard sanitaire ? Plutôt, art ancestral en voie de disparition, que Whang Od perpétue dans son petit village de montagne : sa destinée est tracée dans l’encre.

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Instruments de séduction

Son premier tatouage, elle-même l’a eu à 14 ans. Une échelle et un python, « sans signification particulière, juste un ornement » raconte Whang Od dans le documentaire que lui a consacré Joan Planas. La coutume, dans les villages tribaux de Kalinga, qui avaient chacun leur propre mambabatok pour permettre aux villageois de garder une trace physique des étapes de la vie. Vus comme des symboles de beauté, les tatouages étaient aussi un outil de séduction, et les femmes en âge de se marier ornaient leurs corps de motifs tribaux pour attirer les prétendants.

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Facebook @ Whang Od

À fleur de peau

Aujourd’hui, en guise de parade nuptiale, un défile incessant de touristes et de Philippins, séduits par l’esthétique de Whang Od et le supplément d’âme de ses tatouages. Et qu’importe si son village reculé se situe à 17 heures de Manille. Ses plus de 50 000 fans sur Facebook en témoignent : Whang Od est une légende, adulée par les amoureux de l’encre sur peau. Et elle le leur rend bien : ainsi qu’elle l’a confié à Joan Planas, « je suis très reconnaissante envers tous ceux qui viennent me voir pour avoir un tatouage. Ils donnent du sens à ma vie ». Le secret de l’immortalité ?

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