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Pourquoi le coronavirus nous confronte également à une crise morale

test de coronavirus en france

Un professionel de la santé se fait tester au Covid-19, en France, le 27 mars 2020. | © FRANCK FIFE / AFP

Société

Le chroniqueur de « Clique » Clément Viktorovitch porte un regard critique sur la crise sanitaire actuelle, et plus précisément sur la rhétorique guerrière de Macron qui est, selon lui, « problématique ».

Les mots ont un sens. Clément Viktorovitch le rappelle une nouvelle fois, en direct de chez lui. Dans sa nouvelle chronique pour « Clique », le professeur français interroge la rhétorique guerrière de Macron. « Nous sommes en guerre », martelait le président lors de son allocution aux Français du 16 mars face à la crise du coronavirus. Dimanche 22 mars, dans la presse écrite, il réitérait son message : « C’est une guerre. Elle va durer ». « Au front » et « en première ligne », utilisés également en Belgique, font également partie de ce discours guerrier.

Au début, Clément Viktorovitch y voyait « une métaphore mobilisatrice ». « Il fallait faire prendre conscience aux citoyens de la gravité de la situation », explique-t-il. Dix jours plus tard, le chroniqueur pose un regard critique sur cette rhétorique devenue « problématique ». En disant des médecins qu’ils sont « au front », les comparant ainsi aux militaires, « on oublie une chose : certes, il y a des médecins qui meurent – on va me dire ‘du coup exactement comme des militaires qui sont au front et qui meurent eux aussi’. Mais là il y a une différence : un militaire de carrière accepte cette éventualité », alors que le personnel soignant n’a jamais accepté l’éventualité de pouvoir mourir en faisant son travail.

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Pour le chroniqueur, cette rhétorique guerrière est d’autant plus « problématique » qu’une partie de ces morts aurait pu être évitée, faisant référence notamment à la pénurie de masques, sans pour autant accuser Emmanuel Macron. « Cela fait trois gouvernements qui diminuent progressivement les stocks de masques », précise-t-il. « Cette rhétorique guerrière commence à m’agacer parce qu’elle peut tendre à nous faire accepter des morts qui devraient être inacceptables. » 

Miroir des inégalités

« Tous ceux qui aujourd’hui sont en première ligne n’ont pas attendu le coronavirus pour mourir au travail », alerte Clément Viktorovitch, rappelant quelques chiffres dramatiques sur la pauvreté, l’espérance de vie, les accidents du travail et le taux de suicide des ouvriers, des policiers, des enseignants et du personnel soignant. Face à ce constat, le coronavirus n’est pas une guerre, « une rupture brutale dans l’ordre des choses« . Selon le chroniqueur, la période que nous vivons est une « crise », « elle révèle, elle jette une lumière crue sur ce qui faisait déjà partie de notre quotidien ».

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« La crise sanitaire révèle l’état dramatique de nos hôpitaux, et je crois que le coronavirus nous confronte également à une crise morale », avance le professeur de rhétorique. « Aujourd’hui, on est en train de se rendre compte que ceux qui sont le plus essentiel au pays, ceux qui font tourner l’économie, ceux sans lesquels nous ne pourrions plus nous alimenter et nous soigner, ce sont aussi les travailleurs et travailleuses les moins bien payés, les moins bien considérés et qui exercent des métiers difficiles, voire même maltraitants. »

Et après ?

Clément Viktorovitch évoque ensuite l’après-coronavirus. Alors qu’après une guerre, l’urgence est de « revenir à la normale », le chroniqueur rejette cette normalité qui « doit nous être insupportable ». Une raison de plus pour interroger et refuser la rhétorique guerrière. « Ça nous prépare à accepter un retour au temps d’avant, alors que, selon moi, c’est l’inverse qu’il faudrait faire : il deviendrait urgent de commencer à imaginer un monde d’après, un monde plus juste, plus solidaire, et qui traite mieux ceux qui sont les plus importants dans notre nation. »

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