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La nomination de la Chine au Conseil des droits de l’homme (passée presque inaperçue) fait vivement réagir

La nomination de la Chine au Conseil des droits de l'homme (passée presque inaperçue) fait vivement réagir

Un choix qui n'est pas du goût de tout le monde. | © Britta Pedersen / DPA

Société

Les militants des droits de l’homme demandent à l’ONU de dénoncer la nomination de la Chine au Conseil des droits de l’homme. « C’est comme désigner un pyromane chef des pompiers », s’offusque l’ONG UN Watch.

 

Alors que le monde fait actuellement face à une pandémie sans précédents, le reste de l’actualité passe presque inaperçu. Mercredi 1er avril, la Chine a été nommée au groupe consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, composé de seulement 5 nations. Concrètement, elle sera chargée pendant un an de sélectionner les « enquêteurs de l’organisme mondial des droits de l’homme – y compris les contrôleurs mondiaux sur la liberté d’expression, la santé, les disparitions forcées et les détentions arbitraires », explique sur son site UN Watch, une ONG de défense des droits de l’homme qui suit de près les 47 pays membres du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Une nomination qui inquiète de nombreuses organisations et militants des droits de l’homme à travers le monde.

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« Permettre au régime oppressif et inhumain de la Chine de choisir les enquêteurs mondiaux sur la liberté d’expression, la détention arbitraire et les disparitions forcées, c’est comme désigner un pyromane chef des pompiers de la ville », a déclaré Hillel Neuer, directeur général de UN Watch, dans un communiqué de presse. « Il est absurde et immoral que l’ONU permette au gouvernement chinois oppressif de jouer un rôle clé dans la sélection des fonctionnaires qui façonnent les normes internationales en matière de droits de l’homme et rendent compte des violations dans le monde entier. » UN Watch s’inquiète notamment du fait que le pays pourra « influencer la sélection » de 17 enquêteurs des droits de l’homme dans le monde, chargés de traiter des thématiques comme la liberté d’expression ou la religion.

La Chine, mauvais exemple en la matière

La nouvelle fait particulièrement réagir les militants des droits de l’homme car la Chine ne donne pas vraiment le bon exemple en matière de liberté d’expression, religieuse, ou individuelle de manière générale. Toute forme d’opposition est systématiquement réprimée dans le pays, affirme Amnesty International, et particulièrement « dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang et dans les zones à population tibétaine ». Les minorités musulmanes sont victimes de « surveillance intrusive, de détention arbitraire et d’endoctrinement forcé ». Le système judiciaire ne respecte pas non plus les droits de l’homme, « miné par des procès inéquitables et le recours à la torture et à d’autres mauvais traitements en détention ». « Les informations relatives à l’usage très fréquent de la peine de mort dans le pays étaient toujours classées secret d’État », précise le site internet de l’ONG. Dernièrement, les autorités du pays ont réduit au silence les médecins et les journalistes qui ont voulu alerter sur l’existence du coronavirus au mois de décembre, accusés de « répandre des rumeurs ».

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La nomination de Jiang Duan – ministre à la mission chinoise auprès des Nations unies à Genève – comme représentant de la région Asie-Pacifique du Conseil est perçu comme « absurde ». « Il est absurde que l’ONU permette au régime chinois, qui a pour politique et pratique de détenir arbitrairement des défenseurs des droits de l’homme comme Zhang Baocheng et Wang Binzhang, d’aider à nommer les deux prochains membres du groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire », alerte Hillel Neuer. « La nomination de la Chine menace de saper la crédibilité de la plus haute instance des droits de l’homme de l’ONU – qui compte déjà le Venezuela, le Pakistan, l’Érythrée et le Qatar parmi ses membres élus – et risque de jeter une ombre sur l’ensemble des Nations Unies. »

Nous devons attendre davantage de ses dirigeants et de ses États membres.

UN Watch demande à Antonio Guterres – secrétaire général de l’ONU – et à Michelle Bachelet – la haut-commissaire aux droits humains – de dénoncer la nomination de la Chine. Un appel également lancé par sept sénateurs américains, dont deux anciens candidats aux primaires républicaines de 2016 Marco Rubio et Ted Cruz. Dans une lettre directement adressée à António Guterres, les élus américains demandent de suspendre « la nomination de Jiang au groupe consultatif du Conseil des droits de l’homme ». « Les Nations unies ont été créées à la suite du conflit le plus dévastateur que l’humanité ait jamais connu et pour éviter que ne se reproduisent les crimes les plus atroces jamais perpétrés. Nous devons attendre davantage de ses dirigeants et de ses États membres. La Chine ne doit pas occuper une position de prestige ou d’influence au sein du Conseil des droits de l’homme des Nations unies alors qu’elle se livre à des violations des droits de l’homme de la pire espèce, tant sur son territoire qu’à l’étranger », écrivent-ils dans leur lettre.

De son côté, Michelle Bachelet fait la sourde oreille. Interrogée sur le sujet par La Croix, la haut-commissaire aux droits humains prône la bonne entente. « Tous les pays sont représentés à l’Assemblée générale de l’ONU, certains sont plus démocratiques que les autres, mais ils y sont tous. C’est important parce qu’en participant à l’action multilatérale, ils s’engagent à respecter des règles communes. » Une manière de botter en touche.

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