Paris Match Belgique

La crise s’annonce insurmontable pour Hollywood

Et si Hollywood ne se relevait pas de la crise du coronavirus

"Si jamais Hollywood restait fermé pendant plusieurs mois... ce serait financièrement catastrophique pour plein de gens." | © Unsplash / Vincentas Liskauskas

Société

Avec l’arrêt des tournages, et de toutes les autres étapes de productions, le milieu du cinéma s’inquiète. Plus de 100 000 indépendants ont perdu leur emploi à Hollywood.

 

En trois semaines, plus de 16 millions d’Américains ont perdu leur travail. L’éclatant Hollywood ne fait pas exception à la règle, et a également été touché de plein fouet par la crise sanitaire. Des dizaines de milliers de personnes du milieu du cinéma ont perdu leur emploi aux États-Unis. Techniciens, acteurs, membres de la production… tous les corps de métiers sont touchés. Une situation d’autant plus difficile que la plupart sont payés au cachet : à l’heure, à la journée, ou à la semaine pour les plus chanceux. Ils seraient plus de 100 000 indépendants dans cette situation à Hollywood. En plus de se retrouver sans emploi, la plupart d’entre eux ne reçoivent pas de complémentaire santé des entreprises pour lesquelles ils travaillent et ne bénéficient généralement pas de congés de maladie payés, rapporte le Hollywood Reporter. Bien que certains studios comme Netflix ou Amazon continuent à aider ceux qui travaillaient sur les productions mises en suspens, le futur demeure incertain. « Si jamais Hollywood restait fermé pendant plusieurs mois… ce serait financièrement catastrophique pour plein de gens », s’inquiète Zach Matchem, un ingénieur du son indépendant, auprès de l’AFP.

Lire aussi > Coronavirus : La distance de sécurité entraîne un renouveau des cinémas drive in aux États-Unis

Et la situation n’est pas près de s’arranger pour le cinéma américain. Selon un analyste médias chez Exhibitor Relations, Hollywood va passer à côté de la période la plus lucrative de l’année. « Ce n’est évidemment jamais le bon moment pour ça mais pour Hollywood et la façon dont cette industrie fonctionne, c’est le pire moment, car elle engrange la plus grande partie de son chiffre d’affaires pendant la saison estivale – qui commence en réalité au printemps et va jusqu’en été, du 1er mai au weekend de Labor Day (du 5 au 7 septembre, cette année) et tout pourrait toujours être fermé à ce moment-là », confie Jeff Bock à l’AFP. Un coup dur pour l’industrie du cinéma.

La guerre entre les salles de cinéma et le streaming

Alors que les États-Unis sont plus occupés à compter le nombre de morts, l’annonce d’une date pour un retour à la normale est loin d’être à l’ordre du jour. Alors en attendant, les studios retardent la sortie de leurs blockbusters. Le nouveau James Bond Mourir peut attendre, attendu pour le printemps sera finalement reporté à novembre ; le neuvième Fast and furious attendu pour mai sortira finalement dans un an ; Mulan a également été reporté sans date précise ; et il en va de même pour toute une liste de films.

Lire aussi > Coronavirus : La sortie du 25e James Bond, « No Time To Die », repoussée à novembre

Cette crise tombe d’autant plus mal qu’elle vient s’immiscer dans une guerre entre le cinéma et les plateformes de streaming. « Aujourd’hui, nous vivons dans un monde de streaming. (Les plateformes) captent toute l’attention, comme jamais auparavant. Et honnêtement, ça a été une bataille intense entre le streaming et les salles de cinéma. Beaucoup de gens ne veulent pas l’appeler comme ça mais il s’agit bien d’un combat pour notre audience », affirme Jeff Bock. En ces temps difficiles, certains préfèrent allier leurs forces en évitant la sortie en salle. Universal a notamment sortie comme prévu son film Les Trolls 2 : Tournée mondiale le 10 avril – non pas dans les salles obscures, mais dans un service de vidéo à la demande. Un pari réussi pour Universal, avec « des chiffres environ 10 fois supérieurs à ceux » d’une version numérique traditionnelle. Cette solution, qui semble plus être un choix temporaire face à une situation sans précédent, est vue pour certains comme un changement profond dans le milieu du cinéma.

Une assurance tous risques ?

Les studios hollywoodiens pourraient bien récupérer de l’argent via leur assurance. Selon Allianz, l’un des principaux assureurs des sociétés de divertissement, les studios auraient payé 400 millions de dollars de primes l’année dernière pour couvrir des « événements imprévisibles », rapporte CNBC. Seulement, ces primes ne représentent qu’entre 0,6 % et 1 % du budget d’un film. Cela ne sera surement pas suffisant pour sauver les 100 000 travailleurs. Et encore, il se pourrait même que les assurances refusent d’indemniser les compagnies de production. Sarah Cronin, experte en matière de réclamations d’assurance dans le secteur du divertissement, présage un rapport de fort entre les studios et les assurances. « Je pense que les compagnies d’assurance diront : Nous n’avons jamais eu l’intention de vous couvrir pour les pertes subies parce qu’une pandémie s’est produite et que les gens ne pouvaient plus aller au cinéma », confie-t-elle à CNBC.

Autre problème : il n’est pas certain qu’après la fin du confinement, les spectateurs reviennent en masse dans les salles obscures, par peur du virus. L’industrie du cinéma n’est donc pas sortie d’affaire. « Pour voir si l’industrie hollywoodienne redémarre, il faut regarder la publicité car c’est là que ça commence. Quand nous verrons des panneaux dans les rues et des publicités à la télévision, avec des dates de sortie arrêtées pour les films, alors nous saurons que c’est reparti, ou au moins qu’ils essaient », conclue Jeff Bock à l’AFP.

CIM Internet