Paris Match Belgique

Le casse-tête des colocations en confinement

Le casse-tête des colocations en confinement

N'oubliez pas, la manière de communiquer est primordiale pour faire passer votre message. | © Pexels / Daria Shevtsova

Société

Xavier Noël, docteur et professeur-chercheur en psychologie à l’Université Libre de Bruxelles, et Vincent Yzerbyt, professeur de psychologie sociale à l’UCLouvain, nous donne 5 conseils pour gérer au mieux la situation.

 

Le confinement n’est une partie de plaisir pour personne. Que l’on soit seul, en famille, en couple ou en colocation, on a tous ses hauts et ses bas. Vivre à plusieurs entre potes semble être la situation rêvée pour passer au mieux cette difficile période. Seulement voilà, ce n’est pas toujours une partie de plaisir.

C’est notamment le cas de Thomas qui vit dans une colocation avec deux filles et trois garçons durant le confinement. « Juste après la décision du gouvernement d’être en confinement, on a eu une petite réunion pour instaurer des règles. Vu que j’ai une coloc qui est infirmière, on avait une vision assez ‘stricte' », explique Thomas. Seulement problème : tout le monde ne partage pas le même point de vue, et certains aimeraient bien pouvoir continuer à inviter des amis. Un compromis est donc trouvé : chaque personne aura le droit d’inviter une seule personne, et sur le toit de l’immeuble auquel ils ont accès, tout en gardant la distanciation sociale d’un mètre et demi. « Sauf qu’en deux/trois semaines, il y a eu pas mal de relâchement », déplore Thomas. Plusieurs personnes différentes sont invitées, l’accès aux toilettes de l’appartement est autorisé…

Lire aussi > Pourquoi le confinement est encore nécessaire passé la période d’incubation ?

Chaque personne a un point de vue différent sur la situation, certains ne voulant pas respecter les mesures prises par le gouvernement. « C’est compliqué dans une colocation, car tu ne peux rien dire », regrette Thomas. « Tu peux toujours dire que tu n’es pas d’accord, mais tu n’as aucune autorité. Chacun a une vision différente de la situation, chacun suit les informations différemment… Moi je suis les informations des autorités et des experts en priorité. » Contrairement à la cellule familiale, où une personne fait figure d’autorité, la colocation semble regrouper plusieurs individus sans que l’un n’ai vraiment l’ascendant sur un autre. « Toi, tu réagis en tant que citoyen et ce que tu penses être le mieux pour la collectivité, sauf que dans ce cas précis (ndlr, de la colocation), tu ne peux pas car tu es bloqué par tes colocs qui peuvent gâcher tous tes efforts. » Des tensions difficiles à vivre, d’autant plus dans ce genre de situation inédite. « C’est déjà des cas qui peuvent se présenter en temps normal, mais là tout est décuplé », analyse Thomas.

5 conseils pour gérer au mieux la situation

La perception de la situation est bien différente suivant les individus. Pour Xavier Noël, docteur et professeur-chercheur en Psychologie à l’Université Libre de Bruxelles, il y a deux facteurs à prendre en compte : comment on comprend les consignes et comment on perçoit le risque. Le dialogue est toujours prôné dans le cas d’une mésentente. Pour communiquer le mieux possible, sans vexer ou énerver son colocataire, voici quelques conseils simples à appliquer.

1- Définir des règles au sein de la colocation

Pour Vincent Yzerbyt, professeur de psychologie sociale à l’UCLouvain, il est important de définir des territoires propres à chacun au sein d’une colocation, « au risque de faire preuve d’un peu d’égoïsme ». Au même titre que la place que l’on occupe, enfant, autour de la table lors du repas, ces délimitations provoquent « un sentiment très fort de territorialité ». « On peut supporter de vivre dans un espace relativement restreint, mais il faut que l’on ait des choses que l’on sait à soi. » Cette délimitation devrait faciliter grandement le confinement d’un point de vue psychologique, « de savoir que certaines choses seront inviolées, d’une certaine manière ».

2- Dire rapidement ce qui ne va pas

« Il faut exprimer très tôt les choses qui nous dérangent », affirme Vincent Yzerbyt. « Il ne faut pas laisser les choses s’envenimer et prendre des proportions démesurées. » Tout comme les limites physiques, expliquées dans le point précédent, il est important de rappeler également les limites de son « espace mental », et de « son bien-être psychologique ». « Il faut le marquer relativement rapidement, à un moment où le fait de le faire, n’est pas ressenti par les autres comme une attaque ou quelque chose de déplaisant », explique le professeur de psychologie sociale de l’UCL. De cette manière, on évitera de faire monter la tension inutilement au sein de la colocation.

Lire aussi > 5 jeux de société pour s’occuper durant le confinement

3- Ne pas être agressif

Lorsque l’on est face à une personne qui ne respecte pas les règles, il faut en effet lui rappeler les mesures mises en place pour se protéger et protéger les autres, « mais la façon dont vous le faites est vraiment importante » souligne un article du Times. Une précaution également approuvée par Xavier Noël, docteur et professeur-chercheur en Psychologie à l’ULB. La manière de délivrer le message est donc essentielle. « Cela ne fonctionne pas quand on réduit l’estime qu’ils se portent », explique le professeur-chercheur. « Cela déclenche des émotions négatives chez eux, et ils ont tendance à rejeter automatiquement tous les conseils. » Au contraire, il est préférable de valoriser « les comportements responsables » et « les actions positives » pour essayer de faire changer l’attitude d’une personne. Il faut faire preuve de « bienveillance », conseille également Vincent Yzerbyt. Au lieu de reprocher à un colocataire de ne pas avoir sorti les poubelles, par exemple, essayez de discuter avec lui et de « dédramatiser » en lui disant qu’il a « peut-être oublié de les sortir ». N’oubliez pas, la manière de communiquer est primordiale pour faire passer votre message.

4- Délivrer une information claire

Xavier Noël explique également qu’il ne faut pas négliger les personnes qui n’ont pas compris. Avec le surplus d’information en ce moment, et les avis d’experts parfois contradictoires, « l’individu va toujours opter pour ce qui lui coûte le moins personnellement ». Délivrer une information claire est absolument essentiel, que ce soit de la part des autorités et des médias, mais également pour convaincre une personne de respecter les consignes. Il faut donc expliquer clairement pourquoi il est essentiel de respecter le confinement, pour ne pas que la contamination n’aille trop vite et que les hôpitaux soient surchargés.

Lire aussi > Coronavirus : L’OMS appelle à ne pas « assouplir les mesures »

5- Miser sur l’altruisme

Les colocations étant généralement des individus jeunes, et donc potentiellement moins à risque face au Covid-19, il est important de miser sur l’altruisme des gens. En lien avec les points précédents, il faut valoriser le respect des règles instaurées par les autorités car ce sont celles qui vont permettre de ralentir la contamination de la population, préconise Xavier Noël. Dans le risque d’être un porteur sain, il faut rappeler aux jeunes qu’ils peuvent contaminer des personnes à risque, et que le bon comportement permet de « sauver la société ».

CIM Internet