Paris Match Belgique

Les écrans ne rendent pas les enfants insociables

Les écrans n'auraient pas d'impact négatif sur les aptitudes sociales des enfants

Les enfants ont les mêmes compétences sociales que ceux des années 90. | © Unsplash / Jelleke Vanooteghem

Société

Sujet de nombreux débats depuis des années, les smartphones et les réseaux sociaux ne rendraient pas les enfants moins sociables selon une nouvelle étude.

C’est une idée reçue que l’on entend très souvent : les enfants d’aujourd’hui ne savent plus se faire d’amis à force d’être collés sur les écrans. Une opinion commune qui n’est basée sur aucune preuve. Deux chercheurs américains – Douglas Downey, professeur de sociologie à l’université d’État de l’Ohio, et Benjamin Gibbs, maître de conférences en sociologie à l’Université Brigham Young – ont donc décidé de mener leur propre étude pour vérifier (ou non) cette idée de manière scientifique, révèle Science Daily. L’étude vient d’être publiée en ligne dans l’American Journal of Sociology.

Lire aussi > Marion Cotillard déculpabilise les parents à propos du temps d’écran de leurs enfants en confinement

Les chercheurs ont comparé les évaluations faites par des enseignants et des parents sur presque 20 000 enfants rentrant en maternelle en 1998 – avant le lancement de Facebook – par rapport à ceux commençant l’école en 2010. L’étude montre que les deux groupes d’enfants avaient les mêmes « compétences interpersonnelles », c’est-à-dire qu’ils avaient la même habilité à nouer et entretenir des amitiés, et s’entendre avec des personnes différentes. Il en va de même sur des compétences plus personnelles, comme la maîtrise de soi, ou la capacité à réguler son tempérament.

« Dans pratiquement toutes les comparaisons que nous avons faites, soit les compétences sociales sont restées les mêmes, soit elles ont en fait augmenté modestement pour les enfants nés plus tard », explique Douglas Downey, auteur principal de l’étude. « Il y a très peu de preuves que l’exposition à l’écran ait été problématique pour le développement des compétences sociales ».

Les écrans n'auraient pas d'impact négatif sur les aptitudes sociales des enfants
© Unsplash / Kelly Sikkema

« Il n’y avait aucune preuve solide »

Cette idée d’étude est venue à Douglas Downey alors qu’il argumentait avec son fils Nick dans une pizzeria sur la question. « J’ai commencé à lui expliquer à quel point sa génération était mauvaise en termes de compétences sociales, probablement à cause du temps qu’ils passaient à regarder les écrans », raconte le professeur de sociologie. Une remarque qui n’a pas plu à son fils, et qui lui a demandé comment il savait cela. « Quand j’ai vérifié, il n’y avait vraiment aucune preuve solide », confie Douglas Downey.

Grâce aux données collectées par le Centre national des statistiques de l’éducation, les deux chercheurs ont pu comparer les compétences sociales des enfants, à 20 ans d’écart. Les résultats ont montré que, du point de vue des enseignants, les compétences sociales des enfants n’ont pas diminué entre les groupes de 1998 et 2010. Au contraire, il semblerait même que les compétences interpersonnelles et la maîtrise de soi des enfants ont eu légèrement tendance à s’améliorer pour le groupe de 2010.

Au sein d’un même groupe d’enfant, ceux qui ont été plus exposés aux écrans que les autres montrent un développement similaire au reste du groupe concernant leurs compétences sociales. Léger bémol : les enfants jouant en ligne et se rendant sur les réseaux sociaux plusieurs fois par jour ont des compétences sociales légèrement inférieures. « Mais même cela n’a eu qu’un effet assez faible », affirme Douglas Downey.

Lire aussi > Une consommation intensive des jeux vidéo et d’Internet modifie le cerveau des enfants

Une « panique morale » des parents

« Dans l’ensemble, nous avons trouvé très peu d’éléments prouvant que le temps passé sur les écrans nuisait aux compétences sociales de la plupart des enfants. » Douglas Downey explique que ces inquiétudes viennent d’une « panique morale » face aux nouvelles technologies. « Les adultes s’inquiètent lorsque les changements technologiques commencent à miner les relations traditionnelles, en particulier la relation parents-enfants », rapporte l’étude.

« L’introduction du téléphone, de l’automobile, de la radio, tout cela a provoqué une panique morale chez les adultes de l’époque car la technologie permettait aux enfants de jouir d’une plus grande autonomie », analyse le professeur. « Les craintes concernant la technologie basée sur l’écran représentent probablement la panique la plus récente en réponse au changement technologique. »

Lire aussi > Aux USA, des parents paient des coachs pour éloigner leurs enfants des écrans

CIM Internet