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Journal intime d’une grande brûlée : un compte Instagram pour guérir les plaies

" Je l'ai créé pour m'aider à me décomplexer et au final, ça aide aussi les gens ". | © Instagram @douzefevrier

Société

Brûlée sur près de la moitié du corps, Julie Bourges, jeune française de 20 ans, surmonte son calvaire et réapprend à s’aimer en partageant son quotidien sur Instagram. Des photos pour combattre les clichés, et un compte suivi par plus de 88 000 abonnés. 

Le visage souriant, les yeux qui pétillent, souvent vêtue de tenues de sport : au premier abord, le compte Instagram de Julie ne semble pas très différent des autres. Pourtant, quand on y regarde de plus près, le corps de la jeune fille est marqué par de nombreuses cicatrices. Brûlée il y a quatre ans au troisième degré sur 40% de son corps, Julie a décidé de partager sa vie sur les réseaux sociaux pour faire face aux préjugés. C’est grâce à une grande force de caractère et au soutien de ses proches que la jeune fille se lance dans la conception d’un compte Instagram. Aujourd’hui, il est suivi par plus de 88 000 personnes, qui félicitent sa victoire.

 

Apprendre à s’aimer. ❤ Aujourd’hui c’est un grand pas pour moi, un très grand pas même. Je me suis enfin décidée à poster une photo où l’on voit mes jambes, dénudées. J’ai sans cesse répété que, pour moi, le plus difficile à assumer été mes cicatrices sur le cou, logique car plus proches du visage et plus visibles par les personnes qui m’entourent et donc une des premières choses qu’ils regardent. En y réfléchissant, et en lisant certains de vos commentaires me demandant pourquoi je ne montrais jamais mes jambes, j’ai réalisé que je ne les avais pas montré dénudées depuis quatre ans. Plus de shorts, de robes, de jupes et encore moins de photos. Les jambes représentent pour moi une immense part de féminité et je crois qu’à force de voir les miennes couvertes de cicatrices, je n’ai plus eu envie de les montrer. Comme je l’ai toujours dit, mes cicatrices sont mon histoire, mon combat, ma faiblesse mais surtout et plus que jamais ma force et ce, où qu’elles se trouvent sur mon corps. Alors je ne dis pas que je remettrais des shorts de si tôt, mais une photo, croyez moi c’est déjà le début du combat ! Et c’est aussi grâce à vous que je franchis ce cap, vous qui me soutenez et qui faites que chaque jour je m’assume un peu plus. Alors merci, du fond du cœur. Je tenais à partager cet instant avec vous ❤ #teamshape #positivevibes #positivemind #douzefevrier #CarrémentCanon

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Un accident de lycée

Le malheur de Julie arrive il y a quatre ans. À l’époque, l’étudiante participe au carnaval de son lycée.« On avait décidé avec ma meilleure amie de créer un costume de mouton, qu’on avait réalisé nous-mêmes avec du coton », raconte la jeune fille. Sur le chemin du retour, elle s’arrête pour fumer une cigarette avec sa copine. « Mon amie me propose de fumer une dernière clope avant de rentrer. Elle était au téléphone avec son copain et tout d’un coup, elle me dit que mon costume prend feu ». Par peur, la lycéenne court, ce qui attise encore plus les flammes. C’est en entendant des cris de douleur, qu’une voisine intervient en stoppant le feu à l’aide d’un tuyau d’arrosage.

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Brûlée au troisième degré, entre la vie et la mort, Julie sera plongée dans un coma artificiel pendant trois mois. « En me réveillant, j’étais perdue dans le temps, mais pour moi c’était pas grave parce que je ne sentais rien » poursuit-elle. Mais en se regardant dans le miroir, recouverte de bandages, ne pesant plus que 35 kilos, les cheveux rasés, la jeune fille ne se reconnaît plus. « C’est à ce moment là que j’ai réalisé la gravité de mon accident ».

 

Parfois une photo parle d’avantage que les mots. Bonne fête Maman 🌸 Merci pour tout. ❤️

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Une date symbolique

« En choisissant la date de ce calvaire, ça a été pour moi un nouveau point de départ ». Le 12 février. Pour Julie, forte de caractère, c’est un moyen de démystifier ce jour et d’en faire une force. Jeune sportive, elle se rétablit vite. En septembre 2013, la jeune fille reprend la gymnastique, mais reste complexée par son corps et décide d’arrêter les compétitions. Lui vient alors l’idée de créer un compte Instagram à deux facettes : le fitness et son histoire depuis l’accident.

 


Petit à petit, il devient une sorte de journal intime. Au regard de la toile, le compte lui permet de partager ses doutes, ses joies,  ses peines mais aussi sa lutte contre les préjugés. « À la base, je l’ai créé pour appréhender les réactions des gens en me voyant. Je n’ai eu que des retours positifs, ce qui m’a permis de mieux m’accepter », témoigne Julie.

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Instagram : le meilleur remède

Son compte lui vaut quotidiennement des compliments. « Les gens me disent que ça représente ma force, mon courage, il y en a même qui disent que c’est artistique, que ça ressemble à des tatouages » La jeune fille est aussi régulièrement sollicitée par des ados, des femmes et des hommes en manque de confiance en eux. « Beaucoup de brûlés me contactent, mais il y a aussi des personnes complexées par leurs cuisses, ou des jeunes filles qui ont des problèmes avec leur copain. J’essaye de répondre à tout le monde, mais il y en a tellement que ce n’est pas toujours évident » déclare-t-elle.

 

 » Soyez vous-même, tous les autres sont déjà pris  » #douzefevrier #teamshape #littlephenix

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Aujourd’hui, en couple depuis plusieurs mois avec son copain, Julie continue à actualiser son compte. Sur le point de passer les tests pour devenir prof de fitness, elle a réussi à démontrer que tout est possible dans la vie. Son slogan : « C’est pas parce qu’on a un accident qu’on doit se laisser abattre ! »

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