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Don d’organes, don de vie : Le Belge est dans le top européen, mais peut mieux faire

Une mort pour une vie ? | © Mars Films (Réparer les vivants)

Société

Une vie peut en sauver une autre. Du 3 au 20 mai, l’opération du Télédon rappelle qu’il est essentiel de faire une déclaration officielle auprès de sa commune, ou de le dire à ses proches.


C’est le 13 juin 1986 qu’une loi sur le prélèvement et la transplantation d’organes et de tissus, est adoptée en Belgique. « Qui ne dit mot consent », d’après elle. Plus précisément, toute personne inscrite au registre nationale ou au registre des étrangers depuis six mois, est considérée comme un éventuel donneur, sauf en cas d’opposition. Dans tous les cas, Marie-Hélène Delbouille les encourage à faire une déclaration en bonne et due forme : « Cette manifestation formelle de volonté se fait théoriquement à partir de 18 ans. Mais la loi dit que si la personne est en âge de discernement, elle peut aller à la commune avec ses parents, pour s’enregistrer comme donneur », précise l’infirmière coordinatrice de transplantation au CHU de Liège.

En 2016, une augmentation de 15% des enregistrements favorables est d’ailleurs constatée. « La Belgique est dans le top européen en matière de prélèvements et de transplantations. L’année dernière, il y avait 28,4 donneurs par million d’habitants, effectivement prélevés. Malgré ça, l’offre ne permet pas de rencontrer la demande », admet Isabelle Sénépart, responsable de la campagne « Beldonor ».

Une prévention nécessaire

Avec « Beldonor », le SPF Santé Publique veut toucher le plus grand nombre. Les administrations communales, les citoyens, les écoles, la magistrature et le personnel des soins intensifs. Il s’intéresse surtout aux jeunes. « Ils ont le pouvoir de rendre le sujet moins tabou et d’en parler au sein de leur famille. En mai, nous allons partir à la rencontre de 27 écoles, soit 1200 élèves », affirme Isabelle Sénépart. À bord de leur « Federal Truck », le SPF Santé Publique les pousse à s’interroger sur le don d’organes.

©SPF Santé Publique – Le Federal Truck était de passage à l’école communale de Rosseignies.

La famille, un dernier recours

Une nouvelle fois, le Télédon en appelle à notre générosité, et ce, dans toute la Wallonie, la région bruxelloise et la région germanophone. En 2016, l’opération avait permis, en seulement deux semaines, 1700 déclarations de don d’organes et 225 nouveaux donneurs de sang. « On rêvait de faire une action semblable à Cap 48 pour le don d’organes. On y a ajouté le don de sang. Sur notre site, on peut enregistrer ses promesses de don. Il suffit de donner son prénom, sa date de naissance et son code postal. On communique tout aux communes, qui les reçoivent pour leur déclaration officielle. La deuxième façon de faire, est de téléphoner au numéro gratuit : 0800 355 44. L’essentiel est que les gens prennent une décision et le disent à leur famille », explique Pascal Deleersnyder, directeur du Télédon.

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Quoiqu’il en soit, toute personne est invitée à se déclarer officiellement « donneur d’organes ». « La première chose qu’on fait, c’est de regarder le registre national pour voir si elle a enregistré son refus », assure Valerio Lucidi, chef du service transplantation de l’hôpital Erasme. Depuis 2007, l’autorisation de la famille n’est plus obligatoire pour prélever des organes. « Quand la personne n’est pas inscrite au registre national en opposition et que la famille affirme ne pas savoir si elle y était opposée, les proches peuvent refuser. Dans ce cas, on respecte leur volonté », éclaircit Marie-Hélène Delbouille, infirmière coordinatrice de transplantation au CHU de Liège.

Une course contre la montre

Aucun profil de donneurs n’est prédéfini : « Il arrive que des personnes de 80 ans soient proposées par un hôpital référent. Dans ce contexte-là, on ne peut pas prélever tous les organes. Le foie serait pris parce qu’il a la particularité de se régénérer. Le cœur ne l’a pas », ajoute Dominique Van Deynse, coordinateur de transplantation à Saint-Luc.

©Mars Films – En 2016 sortait le film Réparer les vivants, qui aborde la thématique du don d’organes.

Les patients avec des antécédents de cancer, en revanche, ne sont pas de bons candidats. Tous décèdent la plupart du temps aux soins intensifs, souvent suite à un AVC. Quand quelqu’un est identifié comme donneur potentiel, trois médecins indépendants de l’équipe de transplantation, doivent signer et dater le constat de décès. Simultanément, un dossier est ouvert. « Dès qu’il n’y a aucune opposition, je collecte toutes les données médicales : le poids, le groupe sanguin, l’historique médical, les traitements, … Je les transfère à mon collègue d’Erasme. Après, des médecins et des infirmiers coordinateurs se concertent pour décider quels organes, ils peuvent offrir à la transplantation », détaille Anne Joosten, infirmière coordinatrice du don d’organes au CHU de Charleroi.

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Même s’il y a sept centres de transplantation, dont l’ULg et la VUB, d’autres hôpitaux interviennent dans ce processus. « La coordination locale dans les différents services des soins intensifs, est le point de départ de la chaîne de don d’organes. Elle contacte la coordination centrale quand elle a trouvé des donneurs potentiels », conclut Valerio Lucidi.

Une aide au-delà des frontières

La Belgique, tout comme l’Allemagne, compte parmi Eurotransplant. « Les coordinateurs de transplantation inscrivent les données que je leur ai transmises dans l’ordinateur d’Eurotransplant. En fonction de la compatibilité, il va chercher les meilleurs receveurs, dans tous les pays membres », souligne Anne Joosten. Grâce à ce système, Jean-Pierre a enfin eu une greffe rénale. Depuis, il n’est plus raccordé à une machine, sous dialyse. Sa vie a changé, il prend juste des médicaments. « Je mets une alarme sur mon téléphone, pour éviter de les oublier. J’ai trois gélules pour l’antirejet et deux autres pour la fonction rénale », confie-t-il.

©DR – Jean-Claude travaille bénévolement au sein de l’Association Nationale des Greffés Cardiaques et Pulmonaires.

Un homme à la maison

Parfois, l’attente est intenable. Chaque jour, Jean-Claude s’enfonçait un peu plus. Finalement, il est opéré au bout d’un an. « À 30 ans, j’ai eu un infarctus. On m’a appelé. On m’a préparé pour la salle d’opération. Et au moment d’y entrer, l’infirmière coordinatrice m’a dit que la famille avait changé d’avis », raconte-t-il. La seconde fois, c’était la bonne. À 59 ans, Jean-Claude a toujours ce cœur. Malgré les différents changements, dont le fait qu’il est devenu un homme au foyer, il s’estime heureux d’être en vie.

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