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Covid-19 : Philippe Goffin veut un nouveau modèle économique européen

Un Airubus A340 de la compagnie Air Belgium qui a été utilisé pour les vols de rapatriement de Belges à l'étranger organisé par le ministère des Affaires étrangères durant la crise sanitaire. | © GERARD GAUDIN/ Belga Image

Société

Au début de la crise sanitaire, ils étaient environ 30 000 Belges à l’étranger, en demande de rapatriement. Plusieurs milliers d’entre eux (7 000) ont vu leurs vœux exaucés. Ils viennent d’Afrique du Sud, de RDC, du Pérou, du Honduras, de Thaïlande, de Bogota ou Saint Domingue… « Il existe un guide pratique de gestion de crise. Il concerne une situation comme un tremblement de terre. Des procédures sont prévues dans ce cadre qui ne touche en général qu’un lieu à la fois. Mais ici, on a multiplié les impacts par 200 », nous explique Philippe Goffin, ministre des Affaires étrangères et de la Défense. Il qualifie l’opération de « plus grand rapatriement de l’histoire de notre pays en temps de paix »

 

Le ministre, qui a par ailleurs récemment réaffirmé son soutien à l’Organisation mondiale de la Santé, largement décriée par Donald Trump, souligne aussi que l’Union, sur le front des rapatriements sanitaires notamment, a fait ses preuves en termes de collaboration. Mais le renouveau d’ambition pour l’Europe de demain devra, estime-t-il, « renouveler une partie de son modèle économique » et montrer sa « capacité à se réinventer ». « Le Premier ministre italien a considéré que la solidarité européenne n’avait pas joué suffisamment. Il faut pouvoir travailler à charge et à décharge. Il faut voir si l’Union européenne qui reste une institution essentielle à notre bien-être, a bien été au rendez-vous. Dès qu’il y aura une amélioration dans le courant de cette crise, on pourra entamer cette évaluation. »

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L’effort mené conjointement par les États membres et les institutions européennes a permis le retour de 500 000 citoyens européens, soit 90 % de ceux qui étaient temporairement bloqués à l’étranger, avez-vous rappelé récemment. La Belgique a largement participé à cette opération. Quels rapatriements de Belges ou binationaux ont-ils déjà été effectués ?

Philippe Goffin. Les Affaires étrangères ont fait un travail colossal. Nous avons mis en place trente vols belges pour le rapatriement de 5 500 concitoyens en provenance de tous les continents. 1 750 autres Belges ont regagné le pays via des vols d’autres pays de l’Union européenne. C’est, de fait, la plus grosse opération de rapatriement jamais organisée en Belgique en temps de paix. En six semaines de temps, nous avons rapatrié le plus grand nombre possible de Belges.

Quels types d’avions et de lignes avez-vous utilisés ?

Nous avons soit affrété des avions de compagnies aériennes – Brussels Airlines et Air Belgium, soit envoyé un avion militaire lorsque c’était nécessaire. Nous avons aussi permis, grâce à ces appareils, le rapatriement d’autres ressortissants européens – en leur proposant les sièges disponibles. Près de 1 000 ressortissants européens sont rentrés chez eux grâce au travail exemplaire de nos équipes.

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Vous n’avez pas travaillé avec Ryanair ?

Ryanair a poursuivi certaines lignes régulières et on a conseillé aussi les ressortissants sur certains plans de vols commerciaux, il faut veiller à ce que ces plans de vol soient cohérents, à ce que les Belges ne se retrouvent pas bloqués dans un pays où ils font une halte par exemple. Lorsqu’il s’agit de retour de pays de l’UE, nous avons privilégié la voie terrestre classique – bus essentiellement.

Philippe Goffin avant un meeting du Conseil national de sécurité portant sur la gestion de la crise sanitaire. 15 avril 2020 à Bruxelles. © Benoît Doppagne / Belga

C’est là notamment qu’interviennent les partenariats et échanges européens. Comment cela s’opère-t-il ?

Lorsqu’il n’y pas de possibilité de ligne régulière, il faut agir seul ou, pour les zones où il y a moins de Belges par exemple, discuter avec un autre pays proche. Ça fonctionne dans les deux sens. Dans les zones où il y a plus de Belges que de Luxembourgeois nous allons aider les Luxembourgeois à regagner le Grand-Duché. Prenons l’exemple du Cap Vert qui compte une forte communauté de Grands-Ducaux et celui du Sénégal où la communauté belge est plus importante, dans ces pays on a partagé nos efforts. Au Sénégal, la Belgique a naturellement pris le « lead » des opérations.

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Ces retours ont engendré et entraînent encore des négociations de haut vol. Les relations diplomatiques sont stimulées sans doute par ces contacts de force majeure ?

Cela a en effet accéléré les contacts avec mes homologues d’autres pays. Il a fallu s’appeler pour organiser la facilitation des retours dans des conditions parfois difficiles. Il a fallu engager des négociations sur l’espace aérien (certains pays ayant, comme on sait, bloqué le leur), dégager des couloirs aériens, dégager des créneaux pour utiliser tel ou tel aéroport. Ces négociations prennent du temps. Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères au Grand-Duché, est un ami. J’ai parlé longuement tout récemment encore avec Jean-Yves Le Drian, mon homologue français. Cela a permis la mise en place de relations humaines qui sont possibles même par écrans interposés et se renforcent.

Peut-il être question tacitement de « dettes » morales qu’il faudrait honorer ensuite vis-à-vis de tel ou tel pays qui nous aurait donné un sérieux coup de pouce sans contrepartie possible dans l’immédiat par exemple ?

Ce mot de dettes n’est pas dans le débat. C’est la solidarité qui prime. Je me réjouis de constater, après m’être souvent entretenu avec mes homologues allemands et hollandais entre autres, que la solidarité va bien au-delà de ce qu’on peut imaginer.

Les relais diplomatiques belges ont été naturellement précieux dans l’orchestration des rapatriements. Les postes belges sur place ont dû être sollicités comme rarement.

Les 118 postes belges à l’étranger étaient coordonnés et ont bien relayé nos actions. J’ai pu faire une visioconférence avec ces 118 postes en trois jours, une première. Ils ont montré une énorme réactivité.

La majeure partie de la planète est confinée. C’est une crise mondiale et nous sommes tous soumis aux mêmes règles. Le premier schéma de rapatriement concerne les soins humanitaires. Ce pourrait être une personne assurée, à l’état de santé déficient et dont le diagnostic favoriserait un rapatriement humanitaire pour bénéficier de soins spécifiques.

Quels sont les trajets de retour qui ont été, jusqu’ici, particulièrement complexes à mettre sur pied ?

Les retours du Pérou par exemple parce que le pays est très étendu et les moyens de communication n’y sont pas toujours simples à utiliser. Il fallait, pour certains Belges présents là-bas, gagner l’aéroport de Lima dont ils étaient souvent éloignés de centaines de kilomètres. Une chaîne d’entraide s’est mise en place. Certains voyageurs belges ont pu ainsi se rapprocher de l’aéroport grâce à la solidarité matérielle d’autres Belges présents sur place, souvent des expatriés. Ils ont partagé leur véhicule à disposition pour effectuer certains trajets.

Les expats belges justement, vous les rapatriez également ?

Nous tentons de faciliter en priorité le retour de ressortissants en séjour temporaire – séjour de villégiature, séjours professionnels (séminaires, missions…) ou séjours en tant qu’étudiant. Il n’est pas question de ramener tous les expats.

Dans quels cas cela peut-il se justifier ?

La majeure partie de la planète est confinée. C’est une crise mondiale et nous sommes tous soumis aux mêmes règles. Le premier schéma de rapatriement concerne les soins humanitaires. Ce pourrait être une personne assurée, à l’état de santé déficient et dont le diagnostic favoriserait un rapatriement humanitaire pour bénéficier de soins spécifiques. Le mécanisme de retour humanitaire – en l’occurrence, sanitaire – vaut pour tous les pays du monde.

Il existe un guide pratique de gestion de crise. Il concerne une situation comme un tremblement de terre. Des procédures sont prévues dans ce cadre qui ne touche en général qu’un lieu à la fois. Mais ici, on a multiplié les impacts par 200.

Quels sont, plus généralement, les critères (familiaux, humanitaires, sociaux, économiques…) qui prévalent lorsqu’il faut faire un choix entre des groupes de passagers par exemple ?

Les critères sanitaires et économiques sont sur un pied d’égalité. Ce sont deux priorités. On ne peut pas comparer des domaines comme ceux-là, ni les mettre en concurrence. L’économique, c’est aussi du social. On peut donner comme exemple une personne sous dialyse qui devrait poursuivre ou reprendre son traitement en Belgique, etc.

Les critères humanitaires peuvent inclure aussi une forme de « regroupement familial »…

De fait. Par exemple des enfants mineurs qui séjournent chez leurs grands-parents dans l’attente du retour de leurs parents en Belgique ou vice-versa. Etc.

Quelles sont, parmi ces nombreux cas, les priorités absolues en termes de critères économiques et sociaux ?

Quand on parle de critères économiques, on parle de critères sociaux, je le souligne encore. C’est souvent lié à un emploi. On parle ici par hypothèse de Belges en séjour temporaire. Il y a le risque de perdre son emploi, le risque de faillite si le propriétaire ne regagne pas la Belgique par exemple.

Ne peut-on arguer, face à un employeur récalcitrant, que l’état d’urgence a empêché le retour de l’employé ? Qu’en dit le juriste que vous êtes ?

Certes, le cas de force majeure peut être admis mais il peut laisser des traces dans les relations professionnelles. Quand c’est possible on permet le retour.

Pour les rapatriements, la règle est simple : l’État prend en charge le vol aller à vide, ce qui permet aussi d’acheminer de l’aide humanitaire dans certains pays, et le prix de retour est divisé par le nombre de passagers.

Avec quelles participations financières ces vols de retour sont-ils organisés ?

Une règle simple et identique pour tous : l’État prend en charge le vol aller à vide, ce qui permet aussi d’acheminer de l’aide humanitaire dans certains pays, et le prix de retour est divisé par le nombre de passagers.

Les équipes des Affaires étrangères sont-elles formées à se muer subitement en agents de voyage ? Quelles sont les bases ?

Il existe un guide pratique de gestion de crise. Il concerne une situation comme un tremblement de terre. Des procédures sont prévues dans ce cadre qui ne touche en général qu’un lieu à la fois. Mais ici, on a multiplié les impacts par 200. La crise touche le monde et il y a parfois plusieurs destinations au sein d’un même pays.

Aéroport militaire de Melsbroek le 2 février 2020. Arrivée d’un avion ramenant des citoyens belges et européens évacués de la région de Wuhan en Chine. ©Défense belge / Nicolas Bordignon/ Belga

Quelles comparaisons peut-on faire avec un état de guerre, comme l’avait évoqué Emmanuel Macron en parlant de la crise sanitaire ?

La Belgique a une approche différente. Il s’agit d’un combat mené contre ce virus, combat qui concerne et englobe tous les niveaux du pays. Tout le monde est sur le pont. C’est un combat partagé qu’on ne gagnera qu’en commun. Il y a un engagement fort des acteurs de première et deuxième ligne mais aussi de l’ensemble de la population. Dans la guerre, ce sont des militaires qui sont au front. Ici, c’est tout un pays qui est en lutte pour gagner un combat à tous les étages. Un combat qui concerne tout le monde.

Comment s’orchestrent les rapatriements de personnes plus âgées souffrant souvent de comorbidités ?

Dans les avions longs courriers, nous avons veillé à ce que les plus âgé aient des places en première classe pour le même prix que des sièges classiques. Une mesure de solidarité.

Avez-vous dans le cadre des rapatriements l’une ou l’autre anecdote pour illustrer le caractère parfois rocambolesque peut-être de ces opérations ?

Je vous redirai simplement que ce sont des actes de solidarité partagés. J’ai vu des agents mobilisés 24 heures sur 24 pour apporter des réponses. J’ai vu dans les yeux des personnes présentes de la passion. C’est réjouissant car on dit trop souvent qu’on manque d’humanité ou de cœur. Je me suis souvent rendu au centre de crise, avec plaisir. Il m’est arrivé d’apporter aux équipes de la tarte au riz de ma belle commune…

On est dans un processus très prudent sur le déconfinement. Les pays proches se parlent, je me réjouis de cette dynamique mais il faut garder à l’esprit que les politiques de santé restent nationales.

Quand, approximativement, les frontières belges pourraient-elles être rouvertes, dans quel cadre, sous quelles conditions possibles ?

D’une part cela relève du Conseil national de sécurité qui se réunit régulièrement. D’autre part nous ne sommes pas isolés en Europe. Première étape : la mise en perspective de ce que font nos voisins. On est dans un processus très prudent sur le déconfinement. Les pays proches se parlent, je me réjouis de cette dynamique mais il faut garder à l’esprit une fois encore que les politiques de santé restent nationales. Les Pays-Bas n’ont pas eu d’emblée la même politique que la nôtre face à la pandémie. (Ils ont opté pour un système qui privilégie la construction d’une immunité collective, avec une liberté de réunion et de circulation, sans lockdown donc, ndlr) Mais cela a eu des conséquences sur notre attitude quant aux passages frontaliers. (Fin mars par exemple, la bourgmestre de Visé, a pris un arrêté de police de fermeture de la frontière avec les Pays-Bas, ndlr).

Ces paralysies aux confins d’un pays comme un mouchoir de poche ont-elles un réel impact ? Quelle différences avec une balade qu’on a le droit de faire à quelques kilomètres de son domicile ?

Je viens moi-même de la Région liégeoise près des frontières allemande et des Pays-Bas. La notion de frontière n’est pas la même qu’en plein centre du pays. Quand on est frontalier, les frontières ne représentent plus grand-chose. Disons qu’on a essayé d’uniformiser les choses, de limiter les déplacements au sens large. Et quand le pays a adopté des règles comparables aux nôtres – ce qui est le cas de nos amis allemands et français – le schéma peut être plus souple.

Frontières européennes : Les décisions au cas par cas peuvent paraître désordonnées mais elles ont répondu aux nécessités du moment. Une analyse sera faite plus tard.

Quand la fermeture des frontières de l’UE pourrait-elle être levée, au moins en partie ?

Le déconfinement progressif s’envisage collectivement. Il faut y intégrer aussi une logique internationale pour que les efforts portent leurs fruits. Les connaissances sur le virus évoluent très régulièrement. À cette lumière, il est top tôt pour le dire. Par ailleurs, rappelons que les pays d’Afrique et d’Amérique latine sont en train de connaître la progression du virus alors que le pic est, en Belgique, dépassé. Il faut se souvenir aussi que la Belgique est particulièrement touchée par la pandémie. Dans un mois ou un mois et demi, de nombreux pays étrangers ne seront pas encore prêts à accueillir les Belges. Cet été, restons en Belgique pour redémarrer l’activité touristique. Nous verrons ensuite…

 

Le 16 février 2020, l’hôpital militaire Reine Astrid où s’est tenue alors une conférence de presse de la Défense belge au sujet de la fin de la quarantaine des neuf citoyens belges évacués de Wuhan deux semaines plus tôt. © Nicolas MaeterlinckK/Belga

La France a évoqué une évaluation qui pourrait avoir lieu en juillet quant à l’ouverture possible de ses frontières avec l’extérieur de l’UE.

La Première ministre, le Conseil de sécurité, les présidents des Régions et les groupes d’experts associés font des propositions.

Plus largement, peut-il y avoir, sur les frontières de l’UE des décisions collégiales ?

Cela s’envisagera au cas par cas.

Une certaine uniformité dans l’allègement progressif des mesures de confinement au sein de l’Union sera-t-elle par ailleurs nécessaire pour envisager d’ouvrir certaines frontières ? Ou les souverainetés nationales resteront-elles simplement souveraines à tous les coups si on ose dire ?

C’est l’aspect sanitaire, qui ne connaît pas de frontière, qui doit primer. Il y a de bonnes idées individuelles en Europe mais il manque encore une dynamique de mise en place, d’union et de cohérence. Mon idéal avant de connaître cette crise était d’avoir beaucoup de cohérence au sein de l’Union. Les circonstances ont fait que les États conservent un espace de souveraineté, notamment dans la santé bien sûr.

N’est-il pas dommage que les mesures prises aux frontières n’aient pas été synchronisées, même si les pays ont été touchés par la crise sanitaire à des moments différents ?

Les décisions au cas par cas peuvent paraître désordonnées mais elles ont répondu aux nécessités du moment. Une analyse sera faite plus tard.

Regrettez-vous que les voyageurs belges de retour du nord de l’Italie au Carnaval n’aient pas été mis en quarantaine par exemple ?

Des leçons seront tirées et l’État belge comme les autres pourra s’interroger sur la manière d’évoluer. Mais d’abord nous devons rester concentrés sur ce combat collectif.

Le Premier ministre italien a considéré que la solidarité européenne n’avait pas joué suffisamment. Il faut pouvoir travailler à charge et à décharge. Il faut voir si l’Union européenne qui reste une institution essentielle à notre bien-être, a bien été au rendez-vous. Dès qu’il y aura une amélioration dans le courant de cette crise, on pourra entamer cette évaluation.

Déplorez-vous que l’Europe n’ait pas parlé d’une seule voix, n’aurait-elle pas eu intérêt à le faire dans le cadre de cette pandémie, sans frontières bien sûr, et terriblement universelle ?

Le Premier ministre italien a considéré que la solidarité européenne n’avait pas joué suffisamment. Il faut pouvoir travailler à charge et à décharge. Il faut pouvoir voir si l’Union européenne qui reste une institution essentielle à notre bien-être, a bien été au rendez-vous. Une fois encore, ce n’est pas le moment de l’analyse. Dès qu’il y aura une amélioration dans le courant de cette crise, on pourra entamer cette évaluation. Il y a une capacité a niveau de l’Otan de peser positivement sur l’Europe. L’enjeu est devant nous. Quand on a vécu les mêmes difficultés à distance, chacun dans nos pays respectifs, notre responsabilité sera d’être à la hauteur de l’analyse et d’avoir un modèle qui réponde mieux encore aux attentes des concitoyens. Concernant la situation du Covid, l’effort mené conjointement par les États membres et les institutions a permis le retour de 500 000 citoyens européens, soit 90 % de ceux qui étaient temporairement coincés à l’étranger. La Belgique a intensément participé à cette opération. La coordination européenne qui s’est mise en place à l’occasion de cette crise démontre la capacité des pays membres de l’UE à trouver conjointement des solutions à des problèmes majeurs.

Pour un changement de modèle économique européen

« Il faudra identifier les zones de production les plus pertinentes, nos capacités et faire en sorte que nos réserves stratégiques soient garanties. Il nous faut créer ce modèle européen, le faire collectivement pour ne plus être dépendants de productions dans des pays lointains. J’espère qu’on va éviter ce piège du repli et construire ensemble une stratégie sur les fameuses réserves. » Philippe Goffin. (Ici lors d’une conférence de presse sur la présidence belge du Conseil national de sécurité de l’ONU, le 28 janvier 2020 à Bruxelles.) © Eric Lalmand / Belga

En Belgique, le projet européen demeure plus crucial que jamais… On l’espère du moins.

La Belgique est un territoire trop petit pour se limiter, pour être dans l’enfermement. Il faut éviter le repli sur soi.

Que dire de la relocalisation de certaines entreprises de produits médicaux de première nécessité ?

Il faut qu’on retrouve, au niveau européen, une indépendance, une autonomie. Il faut envisager la relocalisation selon nos capacités stratégiques. Notre capacité de produire localement ou sur le territoire européen, on ne la gagnera qu’avec l’ensemble des pays européens. Il faudra identifier les zones de production les plus pertinentes, nos capacités et faire en sorte que nos réserves stratégiques soient garanties. Il nous faut créer ce modèle européen, le faire collectivement pour ne plus être dépendants de productions dans des pays lointains. J’espère qu’on va éviter ce piège du repli et construire ensemble une stratégie sur les fameuses réserves stratégiques. Pour répondre à nos besoins de première nécessité et ne plus dépendre de zones où on n’a pas la capacité décisionnelle. Ce ne sera pas une fermeture à l’égard du reste du monde mais une ouverture qui assurerait une forme d’indépendance, de liberté des citoyens.

Plus largement, comment envisagez-vous l’avenir de l’Union ?

Je suis optimiste. Après un premier réflexe d’apparent repli sur soi, l’Europe reprend la main et ça me réjouit. Je le rappelle encore, les mécanismes de solidarité ont permis à 1 500 Belges de rentrer au pays. Tous les jours les États membres se contactent pour échanger les infos quant aux vols prévus. Il y a des aides consulaires sur place. Et la Belgique et l’Europe ont joué en Champions’ League sur ce front, avec des équipes mobilisées non-stop depuis trois mois pour trouver des solutions. Le repli sur soi n’est jamais la solution. Il y a eu des expressions négatives dans un premier temps, ensuite de la coopération. Au terme de la crise on va identifier les faiblesses. L’Europe qui fait l’objet d’une ambition renouvelée est une Europe qui puisse avant tout renouveler une partie de son modèle économique et montrer sa capacité à se réinventer.

Partie de l’entretien publié dans Paris Match Belgique, édition du 30 avril 2020.

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