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Déconfinement : Pourquoi repenser la mobilité est devenu indispensable

40 kilomètres de pistes cyclables vont voir le jour à Bruxelles pour améliorer la mobilité durant la crise du covid 19. Des coronapistes.

Des "coronapistes" ont vu le jour dans plusieurs rues de Bruxelles. | © Belga

Société

La crise sanitaire est l’occasion de repenser les villes.

Il a été longtemps décrié, parfois taxé de dangereux et maudit par les automobilistes, mais il faut bien se rendre à l’évidence : le vélo est devenu le moyen de déplacement privilégié des personnes désireuses de respecter la distanciation physique en période d’épidémie du covid-19. À Bruxelles, la multiplication des pistes cyclables (temporaires), les fameuses « coronapistes », et des zones dites « apaisées » esquissent ce à quoi pourrait ressembler la ville de demain. Tout cela, sous couvert d’éloignement physique et de crise sanitaire. Décidément, cette pandémie ne cesse de nous révéler à quel point les changements qu’on attend depuis longtemps peuvent soudain être réalisés rapidement et facilement – la mise en place subite du télétravail dans des entreprises qui jusque-là l’abhorraient en est un exemple parmi d’autres.

La popularité du vélo

À Bruxelles, les défenseurs et promoteurs de la petite reine se croient dans un rêve. Le boulevard Reyers, le boulevard Général Jacques et même bientôt la rue de la Loi, points noirs de la navigation à deux-roues en temps normal, se dotent désormais de pistes cyclables à part entière. Alors que le déconfinement s’est amorcé ce lundi en Belgique, la ministre de la Mobilité de la région bruxelloise, Elke Van den Brandt (Groen), avait annoncé que la Région prévoyait la création de 40km de pistes cyclables supplémentaires afin de « connecter les pistes existantes ».

Inspiré de ce qui se faisait en France, en Allemagne, en Hongrie, aux États-Unis, au Canada ou au Mexique, la capitale de l’Europe a décidé d’embrayer et d’opérer un tournant qu’elle ne pouvait pas manquer. Car dans un contexte ou la distanciation physique et l’application des fameux gestes barrières pouvait difficilement se mettre en place dans les transports en commun, il fallait pouvoir offrir des alternatives aux citoyens sans miser à 100% sur la voiture individuelle. « Des bus bondés aux heures de pointe, ce n’est certainement pas ce que nous voulons en période de coronavirus », a déclaré la ministre au site d’information Politico Europe. D’autant plus que, d’après Sophie Dutordoir, PDG de la SNCB, dans La Libre de ce lundi, les gens ne vont pas se ruer sur les transports en commun au sortir du confinement. Même si en ce début de semaine, 3 600 trains ont repris la route, contre 1 800 jusqu’ici, le tout en capacité maximale, afin de répondre à la demande de déplacement tout en assurant la distanciation sociale.

« La seule alternative serait de demander aux gens de prendre une voiture », admet la ministre. Le Trends Tendance nous rappelle qu’en Chine, le premier pays à être sorti de la pandémie, un sondage indiquait que les Chinois souhaitaient délaisser les transports en commun pour utiliser la voiture. Le trafic y est d’ailleurs plus dense que l’année dernière à la même époque d’après Le Figaro. Que va-t-il advenir chez nous ? « Ce n’est pas une solution : nous avons déjà des embouteillages massifs. La moitié des habitants de Bruxelles ne possède pas de voiture non plus », continue Elke Van den Brandt pour Politico Europe.

Voici donc venu le temps de réhabiliter la bicyclette au rang de moyen de transport et non plus seulement de hobby. Mais pour ce faire, il fallait les infrastructures nécessaires. « Il est devenu d’autant plus évident que l’espace public n’est pas réparti de manière égale », ajoute-t-elle. Et bien qu’elles aient été en voie de réalisation avant le début du confinement grâce au plan Good Move adopté de manière définitive par le gouvernement bruxellois au début du mois de mars, l’horizon du déconfinement a drastiquement fait accélérer le mouvement. Parmi les objectifs du plan pour 2030 : réduire de 35% les émissions de gaz à effet de serre et promouvoir des mobilités qui impactent positivement la santé physique et mentale. 2030, c’est demain. Il fallait donc dès aujourd’hui proposer des alternatives aux usagers bruxellois. Et sans les transports en commun que certains ont décidé de fuir comme la peste, tous les regards se sont tournés vers le vélo.

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Aujourd’hui, en ce premier jour du plan de déconfinement, on remarque que les pistes cyclables se sont multipliées sur des axes importants qui en étaient jusqu’à présent totalement dépourvus. Même l’intouchable rue de la Loi va céder l’une de ses bandes de circulation au profit d’une piste bidirectionnelle afin de rendre le trottoir aux piétons et de maximiser la distance entre les personnes qui empruntent ce grand axe. Que les automobilistes se rassurent, il s’agit là de mesures d’urgence adaptées à la crise sanitaire qui devront être réévaluées lorsque l’orage sera passé. Mais vu les nombreux bénéfices provisoires que le confinement a sur l’environnement et le fait que la multiplication des espaces cyclables est synonyme d’augmentation des cyclistes, il est peu probable qu’une marche arrière sur n’importe laquelle des pistes créées, sans alternative valable et sécurisée, soit acceptés par les habitués bruxellois des deux-roues.

Des espaces aménagés

Sur la liste des objectifs prévus par le plan, on peut également citer le passage de l’entièreté de la région bruxelloise à 30km/h pour janvier 2021 (à quelques exceptions près, stipulées par des panneaux) et la volonté de créer 250 km de « zones apaisées » d’ici dix ans, en ce compris des zones piétonnes, résidentielles ou de rencontre. En avril, 13 communes bruxelloises avaient déjà mis en place des zones de rencontre. Forest, Saint-Gilles, Schaerbeek, Evere, ou encore le Pentagone ont ainsi mis en place des rues cyclables (dans lesquelles la priorité est donnée aux cyclistes), des zones partagées ou de rencontre (où la vitesse est limitée à 20 km/h pour encourager les rencontres plutôt que la mobilité).

Ici aussi, les nouvelles règles sont mises en place de manière provisoire et analysées régulièrement pour faire évoluer la situation. Il reste à espérer que lorsque la crise sanitaire sera définitivement derrière nous, il reste quelque chose de positif de cet urbanisme stratégique dont les communes et la Région se targuent.

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