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Limogeage suspect, enquête et liens avec la Russie : Tout sur le renvoi du directeur du FBI par Trump

Une manifestation anti-Trump devant la Maison Blanche. | © AFP PHOTO / JIM WATSON

Société

« Tout ira bien pour moi », assure le désormais ex-patron du FBI dans une lettre d’adieu. Pour lui peut-être, mais que dire de son enquête sur les liens de Donald Trump avec la Russie ?

 

Le président américain Donald Trump est pris dans une tempête politique depuis qu’il a limogé le directeur du FBI James Comey, une décision selon lui sans lien avec l’enquête de la police fédérale sur une éventuelle collusion avec la Russie. Le directeur par intérim du FBI Andrew McCabe doit témoigner publiquement jeudi devant la puissante commission du Renseignement du Sénat, l’une des trois commissions enquêtant sur les ingérences russes dans la campagne présidentielle américaine.

Des élus des deux partis s’interrogent depuis mardi soir sur les motifs et le calendrier du limogeage. L’opposition soupçonne le président américain de vouloir entraver une enquête qui entache son nom et cible certains de ses proches. Ces investigations, ouvertes l’été dernier, s’intéressent aux piratages russes contre le camp démocrate et à une éventuelle « coordination » entre des membres de l’équipe de campagne Trump et la Russie. Le dirigeant américain dément toute collusion et a souligné, dans sa lettre à M. Comey, que le directeur lui avait dit qu’il n’était pas lui-même ciblé.

Le président ne lui faisait plus confiance depuis des mois.

Malgré cette mention de l’affaire russe, la porte-parole de la Maison Blanche Sarah Huckabee Sanders a déclaré que le limogeage n’avait rien à voir avec la Russie et était due aux « atrocités » et aux « faux pas et erreurs » du directeur lors de l’enquête sur les e-mails de la candidate démocrate à la présidentielle Hillary Clinton l’an dernier. « Il envisageait de congédier le directeur Comey depuis le jour où il est entré en fonction« , a-t-elle déclaré. « Le président ne lui faisait plus confiance depuis des mois ». Mercredi matin, Donald Trump a justifié ainsi sa décision: « Il ne faisait pas du bon travail, c’est très simple ».

Tweet et lettre d’adieu

L’argument utilisé pour justifier le départ du patron du FBI, dont le mandat courait jusqu’en 2023, est étonnant. Il lui est reproché d’avoir commenté publiquement l’affaire Clinton durant la campagne, contrairement à l’usage au FBI mais à la grande satisfaction, à l’époque, du candidat républicain. Pourquoi, demande en substance la Maison Blanche, les démocrates crient-ils au scandale, alors qu’ils avaient eux-mêmes dénoncé le comportement de M. Comey? « Maintenant qu’il a été viré, ils prétendent être mécontents. Des hypocrites ! », a tweeté Donald Trump. Quant au revirement de M. Trump, sa porte-parole a expliqué qu’être candidat était différent d’être président.

©AFP PHOTO / MANDEL NGAN – La lettre de renvoi de Donald Trump à James Comey.

Dans une lettre d’adieu à ses collègues, révélée par CNN, M. Comey a écrit : « Je pense depuis longtemps qu’un président peut limoger un directeur du FBI pour n’importe quelle raison, ou pour aucune raison du tout. Je ne m’étendrai pas sur la décision ou la manière dont elle a été appliquée. J’espère que vous non plus. C’est fait, et tout ira bien pour moi« .

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« Ce fut très difficile de quitter un groupe de personnes qui ne voulaient que faire ce qui est juste », ajoute James Comey, qui a demandé à ses collègues de continuer à tenir en haute estime leurs valeurs et la constitution. « Le peuple américain a besoin de voir le FBI comme un lieu de compétence, d’honnêteté et d’indépendance », leur a-t-il encore dit dans sa lettre. « Travailler avec vous a été l’une des plus grandes joies de ma vie. Merci pour ce cadeau », a-t-il conclu.

Comey convoqué au Sénat

Entre Trump et Comey, les divergences s’intensifiaient depuis des mois, a fortiori dans les derniers jours, alors que l’enquête du FBI s’accélérait, selon plusieurs médias. En mars, le premier flic des États-Unis avait confirmé au Congrès l’existence de l’enquête sur une éventuelle « coordination » entre proches de Donald Trump et Moscou. Il avait contredit M. Trump sur la mise sur écoute de la Trump Tower par l’ex-président Barack Obama (2009-2017). En outre, M. Comey aurait réclamé la semaine dernière au ministère de la Justice des moyens supplémentaires pour l’enquête de ses agents, selon des médias. « Cela rendrait le calendrier du limogeage encore plus suspect », a déclaré Chuck Schumer, chef des démocrates du Sénat.

©AFP PHOTO / JIM WATSON – L’ancien directeur du FBI James Comey.

L’opposition démocrate réclame la nomination d’un procureur spécial pour superviser l’enquête, ce que la Maison Blanche n’a pas jugé « nécessaire ». Si de nombreux républicains soutiennent le président, plusieurs ténors ont exprimé leur embarras ou leur mécontentement, notamment John McCain ou le chef de la commission du Renseignement du Sénat, Richard Burr. Le président doit désormais nommer un remplaçant, qui devra être confirmé par le Sénat, où la minorité démocrate devrait batailler dur. En attendant, M. Comey a lui aussi été invité à s’expliquer mardi prochain, à huis clos, devant la commission du Renseignement.

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Les sénateurs de la commission ont en outre émis mercredi une assignation pour que l’ancien conseiller à la sécurité nationale de M. Trump, le général Michael Flynn, leur mette à disposition tous les documents qui pourraient les éclairer sur les liens éventuels de proches du président Trump avec Moscou. M. Flynn avait été poussé à la démission le 13 février après la révélation de contacts répétés avec l’ambassadeur russe à Washington avant et après l’élection. La commission du Renseignement note qu’il lui a déjà été demandé de remettre ces documents, mais qu’il n’a pas obtempéré. Du côté de Moscou, on prenait ses distances avec cette affaire : le limogeage du patron du FBI est « une affaire interne » américaine, a affirmé le Kremlin, disant « espérer que cela n’aura pas d’impact » sur les relations, aujourd’hui exécrables, entre les deux pays.

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