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Kazakhgate : La fable sombre du milliardaire qui voulait museler le politique

Kristof Calvo et Georges Gilkinet. | © BELGA NICOLAS MAETERLINCK

Société

La commission d’enquête « Kazakhgate » et la Chambre sont en effervescence depuis la réception d’une citation à comparaitre à l’encontre de Georges Gilkinet, visé par l’accusé principal de l’affaire, Patokh Chodiev.

Il était une fois une attaque ciblée. Dans ce conte à la belge inspiré de « la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf », on trouve d’un côté Patokh Chodiev, la soixantaine bien avancée et ancien haut fonctionnaire russe d’origine ouzbèke ayant fait fortune dans le pétrole et les minerais au Kazakhstan, aujourd’hui mouillé dans une affaire tentaculaire qui mèle corruption, faux, association de malfaiteurs et blanchiment d’argent. Vingt ans après les premiers faits, la commission Kazakhgate, sobrement baptisée « Transaction pénale » en référence à l’arrangement juteux dont aurait bénéficé Chodiev, tente de démêler cet imbriglio judiciaire et politique.

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Mais à quel prix ? Après avoir déjà cité à comparaître la Chambre en raison de fautes présumées dans le fonctionnement de la commission parlementaire, le Russe attaque cette fois en justice un homme, membre du groupe d’enquête : le député Ecolo Georges Gilkinet. Coup dur ? Pas d’après l’accusé en question, qui ne semble pas prendre ombrage de cette citation par avocats interposés. « Désolé, mais ça ne marchera pas. Le travail continue ! », lâche Gilkinet sur Twitter, photo à l’appui.

Il faut sauver le soldat Gilkinet

« Posé au moment où la commission d’enquête entre dans le vif du sujet et au coeur des mécanismes ayant menés à la transaction tant décriée, nous ne pouvons que l’interpréter comme une tentative d’intimider et de museler notre collègue (…) », défend le groupe Ecolo-Groen dans une lettre au président de l’assemblée, Siegfried Bracke. Chez les Verts, on resserre les rangs et les coudes : Chodiev ne passera pas.

Un bloc trans-parti

Mais nul besoin d’amitiés écologistes pour faire bloc derrière Georges Gilkinet. Depuis ce jeudi, une escouade de politiques sort les dents face à l’intimidant Patokh Chodiev. « Laissez faire la commission et les mafieux seront bien gardés », semblent-ils dire. Le président de la commission, Dirk Van der Maelen de sp.a, a lancé, bravache : « Si je devais à mon tour être visé par une citation directe (émise) par Chodiev dans cette affaire, je le considérerais comme un compliment et comme la preuve que je suis dans le bon », faisant référence aux accusations de Chodiev. Pour lui, l’accusation est une attaque contre toutes les commissions parlementaires.

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« Une comparaison des deux citations fait apparaître clairement qu’elles ont une finalité commune : intimider la Chambre, dans sa totalité ou à travers l’un de ses membres, dans le cadre de l’exercice de ses compétences constitutionnelles », a quant à lui tenu à souligner M. Bracke, lui aussi derrière le député. « Bien qu’il ne soit pas d’usage que la Chambre défende en justice ses membres dont la responsabilité est mise en cause, il s’agit en l’espèce d’une question de principe. En ma qualité de président de la Chambre, je ne puis faire autrement que défendre l’autonomie constitutionnelle du Parlement », a-t-il ajouté. L’assemblée soutiendra donc le député dans la défense de ses droits constitutionnels, et « à travers lui, des droits constitutionnels de tous les membres de la Chambre« .

Nous ne pouvons risquer de les mettre en danger par des citations émanant de personnes dont il est établi qu’elles ont commis des actions douteuses. – Dirk Van der Maelen

Au sein de la commission, on fait un pas de plus, solidaires : le député Olivier Maingain (DéFi) a proposé que tous les commissaires se portent partie intervenante dans le procès. « Celles-ci ont un rôle essentiel à remplir dans une démocratie parlementaire dans la recherche de la bonne gouvernance de notre pays. Amener la transparence dans des affaires répugnantes est un rôle crucial pour les parlementaires ».

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Menaces et renseignement américain

Plus grave, chez Ecolo, on parle même de « menaces plus ou moins explicites formulées » à l’encontre de Gilkinet, particulièrement investi dans le dossier. Et aux grands maux les grands moyens, semble-t-il : selon le parti, Patokh Chodiev louerait désormais les services d’un cabinet de renseignements d’éffaires américain. Les grands moyens sont néanmoins pour l’instant tout relatifs, puisque le Russe réclame au député Ecolo un euro à titre provisionnel pour les dommages causés à son image – à réévaluer durant la procédure.

©BELGA BENOIT DOPPAGNE – Jean-Marc Nollet s’entretenant avec Georges Gilkinet à la Chambre.

Pour les deux co-présidents des Verts, Jean-Marc Nollet et Kristof Calvo, il n’en reste pas moins une démarche « hostile ». « Assigner en justice un parlementaire qui ne fait que le travail qui est attendu de lui, tant par l’institution que par les citoyens, est aussi une manière de porter atteinte aux principes qui régissent notre démocratie », concluent-il… pour l’instant.

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