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Réintégration sauce colombienne : Un restaurant carcéral pour regagner sa liberté

Le restaurant propose une entrée, un plat, un dessert et une boisson pour environ 25 euros. | © Facebook / Restaurante Interno

Société

À Carthagène, les détenues de la prison de San Diego travaillent dans un restaurant unique pour préparer leur sortie. En Belgique, la réintégration passe aussi par des formations en cuisine.

 

Des bâtiments colorés, un air de salsa dans les rues, le soleil qui brille. Carthagène des Indes, située au Nord de la Colombie, est réputée pour son commerce maritime. Dans une étroite ruelle, au cœur du centre historique de la ville, une façade rose se démarque des autres : c’est le restaurant Interno.

Situé à deux pas de la prison pour femmes de la ville, le restaurant est tenu par des détenues. Cuisine, service, préparation de plats ou encore mise en place, les prisonnières de San Diego touchent à tout. Ce concept, imaginé par la fondation Theatro interno, leur permet de réintégrer peu à peu la vie sociale et de se former dans le domaine de l’horeca.

Dans cet établissement de réinsertion, les clients peuvent manger pour un budget de 25 euros. Afin d’assurer une certaine qualité des plats, la vingtaine de détenues qui y travaillent sont supervisées par un chef professionnel et sont accompagnées par Luz Adriana Díaz, leur coordinatrice. Avant l’ouverture, les femmes ont bénéficié d’une formation donnée par le SENA (le service national d’apprentissage colombien) pour coller au mieux avec les standards de la restauration.

Une porte de sortie

Ce restaurant est une chance pour ces femmes emprisonnées. Non seulement il permet aux prisonnières de bénéficier d’une bouffée d’air au sein de leur vie carcérale, mais il leur octoie aussi de nombreux avantages. En œuvrant pour le restaurant, elles reçoivent une prime mensuelle d’environ 200 euros, directement versée à leur famille. Le reste des recettes sert à améliorer le confort de la prison. Récemment, l’ensemble des lits et des matelas dont disposaient les détenues ont été changés. Mais la règle-clé de ce projet est « un jour de remise de peine pour un jour travaillé ». De quoi motiver les 180 femmes de la prison de San Diego.

« Voici Paula, un grand être humain… qui a commis une erreur et aujourd’hui la transforme en opportunité ! »

Des rues de Carthagène à la Belgique

En Belgique, des restaurants comme celui de la prison de San Diego n’existent pas encore. En revanche, les détenus peuvent suivre des formations dans le secteur de l’horeca au sein d’un grand nombre d’établissements pénitentiaires. « Nous avons des formations professionnelles en cuisine (commis de cuisine) dans plusieurs établissements francophones :  Nivelles, Ittre, Andenne, Marche-en-Famenne, Leuze en Hainaut et Saint-Hubert », explique Carina Saenen, conseillère au SPF Justice. 

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Assurées par les écoles de promotion sociale, elles organisent des formations en horaire étalé ou accéléré. « Il n’y a pas de limite, le système permet énormément de flexibilité. Par exemple, dans les prisons de peine, où les détenus ont déjà été condamnés, les formations peuvent s’étaler sur plusieurs mois, voire un an. Par contre, dans les maisons d’arrêt, où les détenus sont en attente de peine et risque d’être transférés, on privilégiera plutôt des formations qui auront lieu plusieurs fois par semaine », déclare Carina Saenen.

S’ils n’ont pas validé tous les modules pour accéder au diplôme en sortant de prison, ils peuvent continuer leur formation à l’extérieur.

Intra- ou extra-muros, elles offrent aux détenus une réelle plus-value : « Ces formations ont deux volets : le premier est de permettre au prisonnier d’acquérir un diplôme pour faciliter son intégration. Le deuxième lui permet de se rendre utile au sein même de l’établissement, en cuisinant pour le personnel de prison par exemple ». Chaque formation est certifiée par une attestation de réussite reconnue dans toute la Fédération Wallonie-Bruxelles. « Ils disposent des mêmes diplômes que délivre n’importe quelle autre formation sociale. S’ils n’ont pas validé tous les modules pour accéder au diplôme en sortant de prison, ils peuvent continuer leur formation dans un établissement de promotion sociale à l’extérieur ». Ces formations leur donnent aussi la possibilité de suivre, en complément, une formation en gestion pour, s’ils en ont le projet, pouvoir ouvrir leur propre établissement.

©Flickr / Jean-Etienne Minh-Duy Poirrier

Certains détenus se verront cependant dans l’obligation d’abandonner leur parcours pour cause de transfert. Une fin de parcours problématique, compte tenu de l’argent investi et des efforts consentis par le détenu dans le cadre de sa réintégration. Lorsqu’il constitue un exutoire et un espoir futur pour le prisonnier, force est de constater que l’arrêt d’une telle formation pour des raisons de logistique est un retour en arrière.

Même si la Belgique n’a pas encore ouvert de restaurant carcéral, pour Carina Saenen, « ce n’est pas parce que ça n’existe pas que c’est inenvisageable. Aujourd’hui, les nouvelles prisons sont plus modernes, ce qui permet aussi plus de possibilités. En Europe, ce projet a déjà été mis en place, alors pourquoi pas en Belgique ? »

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