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Au cœur des échauffourées à Minneapolis

Au cœur des échauffourées à Minneapolis

Des manifestants forment une chaîne humaine à Minneapolis, le 30 mai 2020. | © CHANDAN KHANNA / AFP

Société

Les 4 000 hommes de la Garde nationale dépêchés hier par le gouverneur ont du mal à maîtriser la situation.

 

D’après un article Paris Match France d’Olivier O’Mahony, à Minneapolis

Samedi soir, la situation était toujours très tendue à Minneapolis, la ville d’où les émeutes raciales sont parties aux États-Unis. C’est là qu’a été tué un Noir de 46 ans, George Floyd, par un policier blanc Kellie Chauvin, qui le suspectait d’avoir voulu acheter des cigarettes avec un faux billet de 20 dollars. Les vidéos prises par des témoins sont accablantes pour l’officier, et depuis, la ville est comme en état de guerre.

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Certains bâtiments ont été littéralement saccagés, comme le restaurant-discothèque El Nuevo Rodeo, en ruines encore fumantes hier après-midi. Du côté de Cup Foods, la superette où George a acheté ses cigarettes et devant laquelle a eu lieu la tragédie, la rue était noire de monde. Sur un côté de la façade de la boutique, un artiste a peint le portrait de George, dans des couleurs très vives. Le sol est recouvert de bouquets de fleurs.

Au cœur des échauffourées à Minneapolis
Portrait de George à Minneapolis. © Kerem Yucel / AFP

Être Afro-Américain, c’est être Africain sans mémoire et Américain sans privilège.

Des locaux sont venus se recueillir, le visage fermé. « Être Afro-Américain, c’est être Africain sans mémoire et Américain sans privilège », peut-on lire sur une pancarte. À un quart d’heure de là, devant le commissariat du 5e « precinct » (arrondissement), les manifestants ont organisé un sit-in devant une grande pancarte réclamant « Justice for George ».

À 20 heures, ils auraient dû partir, en vertu du couvre-feu imposé dans la ville. « On a bien l’intention de rester le plus longtemps possible », nous dit Rod, un jeune Noir de 28 ans, qui précise : « Ce qui arrive maintenant était inévitable. Les gens en ont assez et refusent de subir, surtout durant cette pandémie du Covid où la police est censée nous protéger, pas nous tuer ».

Subitement, on voit au loin un cône de fumée noire s’échapper d’un bâtiment probablement incendié. Quelques minutes plus tard, on aperçoit les gyrophares de voitures de police qui s’approchent et les casques d’une partie des 4 000 hommes de la « garde nationale », force militaire de réserve dépêchée le matin même par le gouverneur de l’État.

La Garde nationale a été dépêchée à Minneapolis le matin même par le gouverneur du Minnesota.
La Garde nationale a été dépêchée à Minneapolis le matin même par le gouverneur du Minnesota. © Olivier O’Mahony / Paris Match

S’ils nous cernent, restez pacifiques

Scène impressionnante : les forces de l’ordre jettent des gaz lacrymogènes, les manifestants répondent par des cailloux et des projectiles qui ressemblent à des pétards. Tout le monde décampe, sauf une jeune fille en t-shirt blanc et veste rouge qui se tient debout, les bras levés vers le ciel, face au mur de soldats qui s’avance vers elle dans un halo de fumée blanche.

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« S’ils nous cernent, restez pacifiques », lance un jeune homme en masque à gaz aux manifestants. Certains érigent des barricades en utilisant des barrières et des panneaux de signalisation laissés sur une zone de travaux, à proximité. Les forces de l’ordre sont impitoyables, certains journalistes se font arrêter, l’objectif est clairement de faire le vide et d’évacuer tout le monde. Sauf que sur le coup de minuit, on sentait encore une forte odeur de brûlé et des grenades assourdissantes se faisaient toujours entendre…

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