Paris Match Belgique

Dans une lettre au vitriol, Virginie Despentes s’adresse à ses « amis blancs qui ne voient pas où est le problème »

Virginie Despentes en 2016. | © EFE/Juan Carlos Hidalgo

Société

L’autrice française s’est exprimée sur France Inter.

« En France nous ne sommes pas racistes mais… » Sa plume toujours trempée dans l’acide, Virginie Despentes n’a pas son pareil pour refaire le portrait aux injustices. Après son déjà mythique « On se lève et on se casse » et sa récente participation à la manifestation organisée en soutien à Adama Traoré, l’écrivain de 50 ans s’en prend désormais au privilège blanc. Diffusée sur France Inter, sa lettre ouverte fait l’effet d’un uppercut.

Lire aussi > #JeSuisVictime : Depuis les César, le hashtag sur les violences sexuelles est devenu aussi viral que #Balancetonporc

« En France nous ne sommes pas racistes, mais depuis vingt-cinq ans que je publie des livres j’ai répondu une seule fois aux questions d’un journaliste noir. J’ai été photographiée une seule fois par une femme d’origine algérienne », y lâche-t-elle, multipliant les anecdotes criantes de vérité. « En France nous ne sommes pas racistes, mais la dernière fois qu’on a refusé de me servir en terrasse, j’étais avec un arabe. La dernière fois qu’on m’a demandé mes papiers, j’étais avec un arabe », ajoute-t-elle avant d’anticiper les réactions sur les réseaux sociaux. « J’entends déjà la clameur des twitteurs de service, s’offusquant hargneusement comme ils le font chaque fois qu’on prend la parole pour dire quelque chose qui ne corresponde pas à la propagande officielle : ‘quelle horreur, mais pourquoi tant de violence ?' »

« La ville me dit tu es ici chez toi »

Virgine Despentes érige ensuite Assa, la soeur d’Adama Traoré, en Antigone des temps modernes, et en profite pour tacler le privilège blanc qui sévit en France comme ailleurs. « Je suis blanche. Je sors tous les jours de chez moi sans prendre mes papiers. Les gens comme moi c’est la carte bleue qu’on remonte chercher quand on l’a oubliée. La ville me dit tu es ici chez toi (…) Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur. En France, nous ne sommes pas racistes mais je ne connais pas une seule personne noire ou arabe qui ait ce choix. »

CIM Internet