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Menaces de mort et d’incendie : L’annulation de la Fête des Mères tourne mal

Une mère concernée s'indigne de ce déferlement de haine. | © Flickr/bibil

Société

Une école bruxelloise a décidé de ne pas confectionner de cadeaux pour la Fête des Mères pour « mieux rencontrer la diversité des familles ». Une décision qui n’a pas plu. De là à recevoir des menaces de mort et d’incendie qui inquiètent l’école et les enfants, comme en témoigne Stéphanie Cooymans, mère de deux filles.

La polémique enfle. Mercredi 10 mai, l’école à pédagogie active Singelijn, située à Woluwe-Saint-Lambert, annonce aux parents dans un court mail que leurs enfants ne fabriqueront pas de cadeaux pour la fête des mères. L’objectif serait de « mieux rencontrer la diversité des familles » et de permettre aux familles « de célébrer -ou pas- les fêtes des mères et des pères de la manière qui leur semble la plus juste ». 

Un choix de tolérance et d’ouverture qui a rapidement suscité des réactions de la part des parents, pour ensuite se transformer en véritable débat public. L’incompréhension a dorénavant laissé place à la colère et même la violence.

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Proportions effrayantes

« Depuis maintenant plus de 72 heures, l’école, son personnel enseignant, son directeur et sa famille, font l’objet d’injures ignobles, de menaces physiques, d’anathèmes effrayants, relayés et exprimés à travers les réseaux sociaux, d’innombrables mails et appels téléphoniques pour se concrétiser aujourd’hui par la découverte d’une croix en bois plantée au pied de l’arbre devant la grille de votre, notre école », explique l’école dans un nouveau mail envoyé ce dimanche. Celle-ci dénonce « une campagne de haine et de dénigrement d’une violence absolument inouïe » dont elle fait l’objet depuis cette décision.

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Menaces d’incendie

Dominique Paquot, le directeur de l’école Singelijn, est parfois la cible précise de ces insultes et menaces. « J’ai reçu des mails de menaces physiques à mon encontre mais également un courrier où il était question d’incendier l’école ».

Pourtant, ce dimanche 14 mai, jour de la fête des mères, le directeur avait tenu à expliquer pourquoi il avait pris cette décision sur le plateau de RTL. « On parle des enfants qui ont perdu leur papa et/ou leur maman mais je pense qu’on est dans une autre société », explique-t-il. « On a des familles parentales, des couples homosexuels, je peux vous promettre qu’il faut être pédagogue, vivre dans les classes, voir la souffrance, parfois, de certains enfants. Cela dure parfois une semaine, parfois dix ans ».

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Flickr/Nabok

Sécurité renforcée, enfants perturbés

Ces explications n’ont pas calmé le jeu. Les menaces étant prises au sérieux, l’école a décidé de « prévenir, à contre cœur, les autorités communales et judiciaires ». Des policiers étaient donc présents ce lundi devant l’école pour assurer la sécurité. Résultat d’une polémique virtuelle qui affecte davantage les enfants.

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« Quand mon ainée de neuf ans a entendu tout ce qu’il se passait autour de cette décision, qu’elle approuve, elle n’a pas compris ces menaces qui ont été envoyées au directeur, les menaces d’incendier l’école, cette croix plantée hier par un déséquilibré armé d’un couteau devant son école, explique Stéphanie Cooymans, mère de deux petites filles scolarisées à Singelijn. Normalement, on dépose nos enfants devant l’école et ils y rentrent seuls. Elle m’a demandé ce matin si je voulais bien l’accompagner parce qu’elle avait un peu peur, ça lui a rappelé quand il y avait la police au moment des attentats ».

Ses deux enfants de sept et neuf ans ont directement compris et approuvé la décision de leur école. La plus grande « trouve que c’est vraiment une bonne idée parce que dans sa classe, une petite n’a pas de papa et chaque année au moment de la fête des pères, c’est vraiment très difficile pour elle ».

Ils avaient le choix

L’école Singelijn, loin d’être la première à prendre cette décision polémique, est une école à pédagogie active, les enseignants invitent souvent les élèves à participer au débat et aux questions qui concernent l’école. « Quand ils leur ont dit qu’ils avaient décidé de ne pas faire de cadeaux pour la fête des mères, ils ne les empêchaient pas de faire quelque chose. Ils ont d’abord discuté ensemble ‘tiens qu’est-ce qu’on peut faire pour la fête des mères ?’. Ils leur ont laissé un moment libre, ils pouvaient s’ils le voulaient faire un dessin, un bricolage ou aller jouer. La mienne a décidé d’aller jouer ».

Certaines mamans ont laissé voir leur déception et leur tristesse mais pour Stéphanie, la question ne se pose même pas : « Je préfère trente mamans frustrées, qui versent une larme, que un seul enfant malheureux au moment de la fête des mères ou des pères. Ce n’est pas l’école qui va leur épargner tous les soucis du monde mais si, dans ce cadre là, on peut les épargner ne fut-ce qu’une journée ou une semaine de tristesse, alors faisons-le ». 

Aucun rapport avec la religion

Atteinte à la tradition ou simple indignation pour la fin des colliers de pâtes, de nombreux commentaires ont ramené également cette polémique sur le dos de la religion. « Il y a eu beaucoup d’amalgames faits avec les étrangers, l’intégration de réfugiés, les différentes religions. Or, ça n’a tellement rien à voir ».

Face à cette haine « qui sort complètement du cadre pour ou contre la fête des mères », les deux filles de Stéphanie « se disent vraiment ‘tout ça pour un cadeau’ ». La vérité sort de la bouche des enfants.

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