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À Beyrouth, la tragédie des hôpitaux submergés

Beyrouth hôpitaux

Panique et premiers secours après une énorme explosion inconnue au service d'urgence de l'hôpital de l'Hôtel Dieu à Beyrouth, au Liban, le 4 août 2020. | © Balkis Press / ABACAPRESS.COM.

Société

Les hôpitaux de Beyrouth, déjà submergés par la pandémie de covid-19 et victimes de la crise économique, doivent désormais faire face aux blessés des deux explosions survenus mardi sur le port.

 

D’après un article Paris Match France de C.R.

Les soignants libanais faisaient déjà face à la crise économique, au manque de moyens et à la pandémie de covid-19. Ils doivent désormais prendre en charge les victimes des deux explosions survenues mardi sur le port de Beyrouth, alors que le dernier bilan affichait mercredi matin plus de 100 morts et des milliers de blessés. Dès mardi soir, les établissements étaient saturés, incapables de faire face à la tragédie qui venait de se dérouler. A l’hôpital Saint Georges d’Achrafieh, qui a subi de lourds dégâts dans l’explosion, les malades devaient être évacués. Pareil pour l’hôpital de l’Université américaine de Beyrouth, qui ne peut plus recevoir de blessés, explique L’Orient-Le Jour. Quant à l’hôpital Hôtel-Dieu de France ou encore l’hôpital Rizk, tous sont arrivés à pleine capacité.

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« Entre 2 500 et 3 500 blessés ont dû se diriger vers des hôpitaux qui étaient déjà pleins à cause du Covid-19. On a vu des files d’attente de personnes qui saignaient, des enfants, des personnes âgées qui attendaient des soins », a confié à France Info le journaliste Arthur Sarradin, qui habite à Beyrouth. « Le personnel soignant de Beyrouth parle de scènes de guerre. Le Liban a connu des épisodes meurtriers donc le personnel soignant sait de quoi il parle quand il décrit ces scènes », a-t-il ajouté. Cherine Yazbeck, productrice pour la chaîne australienne ABC et basée à Beyrouth, a de son côté expliqué que beaucoup de blessés étaient renvoyés directement chez eux après avoir été traités.

« Tout le système est en train doucement de s’effondrer »

La situation est particulièrement tendue dans le pays, où les hôpitaux sont victimes de la crise économique et sanitaire. Alors que la pandémie de covid-19 met les soignants sous pression, les hôpitaux peinent à importer des fournitures médicales essentielles et à offrir des traitements en raison de l’effondrement de la monnaie locale et des restrictions d’accès aux dollars américains, explique Asia Times. Devant cette situation, les employés de l’hôpital Rafic Hariri ont manifesté récemment pour dénoncer les retards de paiement de salaires. « Nous ne pouvons pas nous permettre de voir la pandémie augmenter dans ce pays, parce que nos capacités sont trop faibles », avait déploré auprès du National Firass Abiad, directeur de l’hôpital Rafic Hariri. Il avait aussi déploré les nombreuses coupures d’électricité qui « ont presque paralysé le secteur de la santé au Liban ». Ces coupures d’électricité, qui durent normalement entre trois et huit heures par jour, ont augmenté dans tout le pays ces dernières semaines en raison d’une pénurie de carburant.

Deux employées réagissent après le licenciement de centaines de personnes à l'hôpital de l'Université américaine de Beyrouth.Deux employées réagissent après le licenciement de centaines de personnes à l’hôpital de l’Université américaine de Beyrouth. © Hassan Ammar/AP/SIPA

Du 2 au 7 juillet dernier, l’hôpital a coupé la climatisation pour les employés de l’établissement – mais pas pour les patients – malgré la chaleur et l’humidité. Il a également dû fermer deux salles d’opérations. « Lorsque vous avez plusieurs coupures par jour, vous devez relancer vos générateurs. Mais sans carburant, ces générateurs ne peuvent pas marcher indéfiniment et sans ces générateurs, un hôpital ne peut juste pas fonctionner. C’est pourquoi nous avons dû limiter notre usage de carburant pour pouvoir continuer à travailler », avait encore expliqué Firass Abiad. « Tout le système est en train doucement de s’effondrer », a pour sa part expliqué Sleiman Haroun, président du syndicat des hôpitaux privés du pays. Drame supplémentaire, en plus du nombre de malades du coronavirus, « les hôpitaux publics voient augmenter le nombre de patients » pour d’autres pathologies. Le National explique que des centaines de personnes ayant perdu leurs emplois en raison de la crise économique ces derniers mois ont également perdu leur assurance et mutuelle, les empêchant de se faire soigner. Mi-juillet, des centaines d’employés de l’hôpital de l’Université américaine de Beyrouth ont par ailleurs été licenciés en raison de la récession qui touche le pays.

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Zeinab Haïdar, infirmière victime du covid-19, est devenue en quelques jours le symbole des dysfonctionnements des services de santé dans le pays. Elle travaillait à l’hôpital Rafic Hariri. « Le corps médical perd un nouveau martyr dans l’exercice de son devoir. (…) Il est important que le pays et ses responsables prennent conscience du danger qui nous guette, et se conforment aux mesures de prévention », a écrit sur Twitter le Docteur Abiad. Au total, 65 personnes ont succombé au coronavirus dans le pays. Plus de 5000 autres ont été testés positifs.

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