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Fort Boyard : sans jeu télévisé, l’un des forts les plus célèbres au monde aurait été englouti sous l’Atlantique

Toute l'année, des sorties en mer emmènent des milliers de personnes admirer la silhouette austère du fort, qui n'est accessible que par bateau ou hélicoptère. | © Flickr : blackwarrior57

Société

Le Fort Boyard est devenu célèbre dans le monde entier grâce à un jeu télévisé. Le petit écran a sauvé ce monument historique qui remonte à Napoléon.

Chaque année, le département de Charente-Maritime, dans l’ouest de la France, dépense plusieurs centaines de milliers d’euros pour l’entretenir, une goutte d’eau par rapport aux retombées touristiques de cet édifice vedette.

« Le Fort Boyard, c’est un peu notre Tour Eiffel à nous », sourit Stéphane Villain, vice-président du Conseil départemental et président de Charente-Maritime tourisme. « La première question que nous posent les touristes à leur arrivée, c’est ‘Où est le Fort Boyard ?' ». Toute l’année, des sorties en mer emmènent des milliers de personnes admirer la silhouette austère du fort, qui n’est accessible que par bateau ou hélicoptère.

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Lancé en 1990 et toujours d’actualité, le jeu télévisé « Fort Boyard », tourné intégralement sur place, fait subir à une équipe de candidats différentes épreuves physiques (lutte dans la boue, saut à l’élastique, etc.), intellectuelles (énigmes), jeux d’adresse ou tests de volonté (évoluer parmi des serpents ou des araignées, ou dans le noir complet…) afin de remporter un trésor, le tout dans un temps imparti. Les candidats se confrontent à la « population du fort », composée de personnages mystérieux et fantastiques qui animent certaines épreuves.

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Un concept apprécié et exporté

Depuis plus de 25 ans, la recette fonctionne et s’exporte. Une quarantaine de pays ont acheté le concept du jeu télévisé depuis ses débuts. Leurs équipes viennent tourner sur le fort avec leurs propres candidats, animateurs, etc. Fort Boyard a ainsi eu des versions en Belgique, en Suisse, au Québec, au Liban…

Cette année encore, « des équipes de tournage viendront de Suède, du Maroc, de République tchèque ou encore de Slovaquie. Et pour la première fois, nous aurons la Roumanie aussi », révèle Eric Buron, directeur de production de « Fort Boyard ».

Autant dire que le département de Charente-Maritime est aux petits soins pour ce fort exposé aux assauts de la météo en pleine mer, entre l’île d’Oléron et l’île d’Aix, commune dont il dépend administrativement. En février, trois tempêtes successives ont endommagé le bâtiment, dont la construction a débuté en 1803 sur ordre de Napoléon 1er pour s’achever en 1857. La houle a notamment fissuré la paroi et désolidarisé le mur de la cour intérieure.

« Il n’y a plus de brise-lame du côté nord, d’où arrivent les tempêtes », explique Thierry Blumereau, directeur de l’immobilier et de la logistique du Conseil départemental de Charente-Maritime.

À l’époque, il y en avait un [de brise-lame], mais il a été disloqué. Le noroît (vent venant du nord-ouest) tape. Sans un éperon pour le protéger, le fort est condamné à terme. Si on ne fait rien, la houle pourrait ouvrir une brèche et l’eau salée s’infiltrerait partout.

Un tel scénario prendrait plusieurs décennies mais pour l’éviter, le Conseil départemental, propriétaire des lieux, veille au grain.

Ex-garnison et ex-prison

Destiné à protéger l’Arsenal de Rochefort des incursions anglaises, le fort fut initialement un lieu de garnison pour 250 soldats, puis une prison. Mais il est sorti du patrimoine militaire en 1913 pour rester en déshérence jusqu’en 1950, année de son inscription aux Monuments historiques, jusqu’à ce qu’il soit acheté aux enchères par un dentiste belge en 1962.

C’est ce dernier qui l’a revendu en 1988 à Jacques Antoine, un producteur de jeux télévisés qui l’avait alors en tête pour servir de plateau et de décor à son nouveau concept. L’année suivante, le Fort Boyard est cédé pour un franc symbolique au département de Charente-Maritime, à charge pour lui d’en assurer tous les travaux de réhabilitation et d’entretien.

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« Quand nous avons racheté le fort, il s’ouvrait en deux », se souvient Thierry Blumereau. « Nous avons ferraillé les murs puis posé une ceinture en béton que nous avons cachée par des pierres de taille et des parements en brique. Depuis, il est solide et ne s’enfonce pas ». Deux fois par an, les fissures qui lézardent les murs sont surveillées et mesurées mais « elles évoluent peu » et, la plupart du temps, il suffit d’injecter de la chaux pour y remédier, rassure Frédéric Tranchant, tailleur de pierre qui intervient sur le fort.

C’est un bâtiment extrêmement bien construit. Sa forme ovale crée une ceinture sans faiblesse.

Investir pour que l’émission se poursuive

Prochain gros chantier : le remplacement de l’héliport, une plateforme en bois située au sommet du fort qui sera remplacée par une structure en acier plus résistante aux embruns. Comme pour l’héliport, de nombreux travaux sont effectués chaque année sur le fort, pour assurer la pérennité du bâtiment mais aussi pour les besoins du tournage de l’émission.

D’autres chantiers sont enfin liés à l’innovation. « Nous réfléchissons à l’indépendance énergétique du fort, soit via la houle, soit via le photovoltaïque, depuis la plateforme offshore par laquelle les équipes appontent », explique Patrice Acquier, directeur adjoint du service immobilier du Département. Autant d’investissements nécessaires pour que l’émission se poursuive.

(Avec Belga)

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