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Plus d’1,2 million débloqué pour les personnes transgenres : « Ce n’est absolument pas une bonne nouvelle » pour les associations LGBTQI

L'association Genres Pluriels à la Gay Pride de 2016. Événement qui se déroule le 20 mai cette année. | © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Société

La Ministre de la Santé a débloqué plus d’un million d’euros pour les personnes transgenres si elles consultent dans deux centres spécifiques en Belgique. « Absolument pas une bonne nouvelle » pour Max Nisol, fondateur de l’association Genres Pluriels qui déplore « une cristallisation vers la psychiatrisation« . 

Maggie De Block continue de faire parler d’elle. Après l’interdiction de la pilule du lendemain dans les plannings familiaux, la Ministre de la Santé a débloqué près de 1,2 million d’euros pour soutenir les personnes transgenres en Belgique, annonçait ce mardi La Première. Les personnes transgenres se verront rembourser des soins psychosociaux et un forfait pour leur traitement hormonal, à condition de consulter dans deux centres spécifiques, à Gand ou à Liège. « Un message extrêmement positif qui est envoyé à ces personnes, qui souvent se sentent un peu mises sur le côté », s’est réjoui le Docteur Pitchot, psychiatre au CHU de Liège, qui pense également que cet argent va leur permettre de « mieux fonctionner, peut-être même d’engager ».

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Si cela semble être une bonne nouvelle, ça ne l’est « absolument pas » pour Max Nisol, fondateur de l’association Genres Pluriels. « Au niveau de la prise en charge des soins de santé, c’est vraiment une cristallisation vers la psychiatrisation ». En effet, les centres spécifiques choisis par Maggie De Block font encore référence au controversé DSM, le manuel de psychiatrie américain « dans lequel nous sommes toujours considérés comme des malades mentaux, comme l’homosexualité il y a trente ans », souligne Max Nisol. « Tant que ces équipes de genres [les équipes de Liège et Gand, soutenues par la ministre] n’auront pas signifié officiellement qu’elles se sont écartées de la vision psychiatrique, on postule que leur position n’est pas respectueuse des droits humains ». Partant de ce constat, de nombreuses personnes trans ne veulent tout simplement pas se rendre dans ces centres.

Maggie De Block soutient et contrôle des centres anti-démocratiques. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR

Max Nisol regrette également que la décision de la ministre ait été prise sans la consultation d’associations comme la sienne, qui propose un suivi personnel et respectueux. « Cette enveloppe de plus d’1,2 million d’euros va profiter à des structures qui sont déjà bien fournies, alors que les associations comme nous sont sous-financées. On ne fonctionne même pas avec 60 000 euros par an. C’est une non-reconnaissance de notre travail ».

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« Trois pas en arrière »

« C’est un pas en avant au niveau de la législation, trois pas en arrière par rapport aux pratiques médicales. Cette décision est un non-respect des identités des personnes trans et donne le blanc-seing aux équipes qui ont un discours irrespectueux et contraire aux droits humains ».

L’avancée léglislative dont parle Max Nisol date du 9 mai dernier. Après des années de discussion, le projet de loi, qui réforme la « loi sur la transsexualité » (terme à proscrire) de 2007, a été approuvé à l’unanimité en commission de la Chambre. Celui-ci facilite la procédure administrative pour changer le prénom et la mention du genre qui, jusqu’à présent, exigeait une stérilisation et une attestation d’un psychiatre. Une procédure à l’encontre de la Convention des droits de l’homme. La stérilisation dorénavant interdite, le débat continue autour de la psychiatrisation, uniquement valable pour les adultes. « Pour les mineurs entre 16 et 18 ans, il y a toujours une obligation d’un pédopsychiatre. Cela va encore à l’encontre de la charte des droits de l’enfant. Pour les mineurs en dessous de 12 ans, ce n’est même pas possible de changer quoi que ce soit au niveau de la carte d’identité », explique Max Nisol, qui rappelle que ce projet de loi aurait pu amélioré.

Les activistes trans ont commis une erreur en se focalisant sur la stérilisation uniquement.

Des manquements qui auraient pu être évités : « les activistes trans, au niveau européen et international, ont commis une erreur en se focalisant sur la stérilisation uniquement. Effectivement c’est scandaleux mais dans le piège, ils ont confondu la cause et la conséquence ». Max Nisol s’explique : « On s’est rendu compte que la cause première des discriminations, c’est la psychiatrisation et pas la stérilisation. Si on retire la psychiatrisation, automatiquement la stérilisation tombe. Par contre, l’inverse n’est absolument pas vrai ».

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Une charte pour les praticiens

Dans son communiqué qui dénonce cette fausse évolution, l’association Genres Pluriels explique mettre en place depuis trois ans un réseau Psycho-Médico-Social respectueux des personnes transgenres. L’objectif ? Fournir un choix de praticiens de qualité, sans discrimination mais aussi « financièrement la plus basse possible et des conditions d’accès les plus accessibles. Ce qui n’est pas du tout le cas de la vision des centres soutenus par Maggie De Block : une vision de pensée unique et de contrôles ». En effet, dans les deux centres spécifiques, il n’y a pas la possibilité de choisir son médecin et les soins sont réservés d’une certaine façon aux personnes « conformes aux préjugés ».

Pour le réseau créé par l’association, ils ont réalisé une charte, qui va être signée fin juin par l’Hôpital Saint-Pierre, dans laquelle les praticiens s’engagent à respecter les personnes trans sans la moindre discrimination. « Une charte basée sur la non-psychiatrisation, sur les principes de Yogyakarta et du droit du patient. Toutes ces lois que Maggie De Block bafoue complètement, tout le temps ».

Flickr/Ivan Dupont

L’irrévocabilité, toujours d’actualité

Cette décision n’est pas une loi, Maggie De Block peut encore revenir en arrière. Genres Pluriels et d’autres associations LGTQI espèrent être consultés prochainement, « afin que nous puissions faire entendre ce qui n’a pas encore été compris ». « Notre volonté est de ne pas lâcher et d’être derrière, explique Max Nisol. C’est pourquoi dans notre proposition de loi, notre volonté est d’avoir une vision globale et systémique des choses et donc d’introduire, dans une loi, la prise en considération des soins de santé et pas uniquement des remboursements. Une prise en charge libre, gratuite, et non dans les centres anti-démocratiques ».

Pour l’instant, les différentes avancées ignorent encore systématiquement un sujet précis : l’irrévocabilité. Un changement de genre enregistré est en effet définitif. Or, certaines personnes ne s’identifient tout simplement pas au système binaire homme/femme, alors que d’autres changent plusieurs fois d’identité de genre au cours de leur vie. Il leur est donc impossible de choisir définitivement un genre. Pour régler ce problème, les différentes associations proposent un retrait du pseudo-sexe sur les différents papiers.

Ce mercredi 17 mai, journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, l’ULB a décidé de supprimer cette « nécessité d’outing » pour simplifier la vie des étudiant(e)s transgenres et intersexué(e)s. À la rentrée prochaine, les étudiants et étudiantes s’inscriront sous le nom indiqué sur leur carte d’identité mais ils auront ensuite la possibilité de choisir le nom usuel qui sera indiqué sur leur carte d’étudiant et utilisé pour toutes les démarches internes à l’ULB. Max Nisol félicite l’initiative et encourage à en faire davantage. « Le travail est encore long, mais c’est une première étape ».

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