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Mawda : Le mensonge de « l’enfant tombé » de la camionnette (PODCAST)

Une infirmière qui intervint sur le parking de Maisières a confié au Comité P : «La version que nous avons eue sur place était que les personnes dans la camionnette avaient cassé la fenêtre arrière et montraient la petite. A un moment, la petite serait tombée, raison de notre intervention. » © Belga

Société

Dans son édition qui sort ce jeudi en librairie, Paris Match Belgique publie un nouveau volet de la contre-enquête de Michel Bouffioux sur l’affaire Mawda. Où il apparait que des policiers donnèrent une fausse version des faits aux urgentistes venus porter secours à la victime sur le parking de Maisières. Ce qui ne fut pas sans conséquences…

 


Dans la nuit du 16 au 17 mai 2018, la petite Mawda (2 ans) a été victime d’un tir policier sur une autoroute belge, près de Mons. Nous connaissions déjà l’existence d’une fausse version de la police : le procès-verbal initial du dossier suggérait que les migrants avaient tué la petite fille l’utilisant comme « bélier » pour casser la vitre arrière de la camionnette prise en chasse. Aujourd’hui, un nouveau volet de la contre-enquête menée par Michel Bouffioux dévoile qu’un autre mensonge précéda celui-là : aux urgentistes intervenus la nuit du drame, des policiers ont raconté une version des faits totalement fausse, celle d’un d’enfant « tombé » de la camionnette pendant la course-poursuite ! Et ce ne fut pas sans conséquences comme le démontre notre dossier que l’on pourra découvrir dans son intégralité, ce jeudi dans l’édition-papier de Paris Match Belgique, sous le titre : « Mawda, les policiers ont menti, le parquet a fermé les yeux »

Cette nuit-là, à 2 h 03, lorsqu’un policier fit feu en direction de la camionnette chargée d’une vingtaine de migrants, la petite Mawda fut touchée en pleine tête. Dès après le tir, le véhicule poursuivi quitta l’autoroute en direction de l’aire de repos du Bois du Gard, à Maisières, près de Mons. A 2 h 04, l’utilitaire s’immobilisa. Devant des agents pointant leur arme, les migrants en sortirent rapidement. Parmi eux se trouvait un homme en pleurs. Il criait, portant une petite fille dans ses bras ; son enfant âgé de 2 ans, dont le corps ensanglanté était inanimé. Cet homme, le papa de Mawda, implorait les policiers : « Please ambulance, please ambulance. » D’évidence, il n’y a aucune place dans le déroulé des faits pour une erreur d’interprétation qui aurait pu conduire les policiers impliqués à croire, un seul instant, que l’enfant blessé était « tombé » de la camionnette pendant la course-poursuite.

C’est pourtant ce que certains agents racontèrent aux ambulanciers Raymond et Louis (prénoms fictifs) qui arrivèrent sur le parking à 2 h 17. C’est ce même mensonge qui a été ensuite confirmé à un médecin urgentiste, le Dr Johan (prénom fictif) qui arriva sur l’aire de repos accompagné de l’infirmière Dorothée (prénom fictif), à 2 h 21. La contre-enquête de Paris Match Belgique révèle qu’au printemps 2019, à la suite de la demande insistante de l’avocate des parents, Me Selma Benkhelifa, tous les intervenants de services de secours ont été interrogés par le Comité P. et que ceux-ci convergent dans la même direction : sur le parking de Maisières, on leur a fait croire que Mawda avait été la victime d’une chute durant la course-poursuite, tandis qu’elle avait été exhibée comme « bouclier » par des personnes se trouvant dans la camionnette.

Lire aussi : L’ensemble de notre contre-enquête sur l’affaire Mawda

« Ce policier me précise que l’enfant a été jeté par la fenêtre de la camionnette par un des occupants »

L’enquête de Michel Bouffioux publiée ce jeudi par Paris Match Belgique révèle plusieurs extraits de leurs déclarations. Par exemple, celles de l’infirmière qui accompagnait le médecin-urgentiste : « Je me souviens qu’un policier nous a dit, avant de rentrer dans l’ambulance, que la petite était tombée de la camionnette. (…). La version que nous avons eue sur place était que les personnes dans la camionnette avaient cassé la fenêtre arrière et montraient la petite. A un moment, la petite serait tombée, raison de notre intervention. J’ai demandé à un policier, avant de rentrer dans l’ambulance, s’il y avait eu usage d’une arme à feu. Si mes souvenirs sont bons, ce policier m’a répondu que non. » Le témoignage de l’ambulancier Raymond, recueilli par le Comité P ne dit pas autre chose : « Arrivés sur place, nous sommes accueillis par un policier (…) Ce policier me précise que l’enfant a été jeté par la fenêtre de la camionnette par un des occupants. » Raymond ajoute que pendant son intervention, un autre policier lui a confirmé que « la petite a été balancée du véhicule. »

Inventée de toute pièces par des policiers, cette histoire de l’« enfant tombé » orienta le diagnostic des urgentistes. Ces derniers ont cru à l’histoire de la chute et, concentrés sur les soins de réanimation à prodiguer dans l’urgence, ils n’ont « pas imaginé un seul instant » que la blessure que la victime portait au visage avait pu être causée par une balle, l’attribuant plutôt à une « roulade au sol ».

Après son intervention, alors que le corps de Mawda se trouvait déjà à la morgue, le médecin-urgentiste Johan (prénom fictif) fut très surpris de recevoir un appel d’une personne disant être un « magistrat du parquet » (plus de détails sur ce fait nouveau dans l’édition-papier de Paris Match). Au Comité P, le docteur a expliqué : « Cette personne me demande si l’enfant aurait été atteinte par une balle d’une arme à feu. Je suis très surpris, je réponds que je n’ai jamais entendu parler de l’usage d’une arme à feu. J’explique ce qu’on m’a dit des circonstances du drame, que j’ai vu une plaie au niveau du visage. Ce magistrat me demande si cette plaie peut être causée par une balle d’arme à feu. Je réponds alors que c’est possible, ce n’est pas exclu. » Dans la même tranche horaire, l’urgentiste reçut aussi l’appel d’un médecin-légiste qui lui posa les mêmes questions et auquel il dit avoir répondu la même chose.

On se souvient pourtant qu’en mai 2018, au lendemain des faits, le parquet avait exclu que Mawda ait pu être tuée par balle avant de devoir se dédire. L’autorité judiciaire s’en était expliqué en affirmant que « le médecin-urgentiste » avait « induit en erreur » les premiers constats des policiers en diagnostiquant que la victime était décédée d’un « traumatisme crânien » et en « excluant une mort par balle ». Comme on le voit, la version de l’intéressé est très différente… Il apparaît plutôt que ce sont les policiers qui ont induit en erreur les services de secours, pas l’inverse.

Le dossier publié ce jeudi dans l’édition papier de Paris Match Belgique expose qu’au moins trois versions mensongères des faits ont été données par des policiers à différentes personnes dans les premières heures suivant le tir de leur collègue. Toutes ont eu pour point commun de charger les migrants. L’histoire de « l’enfant tombé » fut servie aux urgentistes dans la première partie de la nuit. Une deuxième version des faits sans aucun fondement, évoquant un deuxième coup de feu tiré par un passager de la camionnette fut aussi communiquée au parquet peu de temps après que le co-équipier du policier tireur eut informé un supérieur, non présent sur le parking, de l’occurrence du tir de son collègue. Mais ces deux scénarios furent abandonnés vers 5 heures du matin. A ce moment-là, l’officier qui rédigea le procès-verbal initial venait de recevoir l’information, fausse on le sait aujourd’hui, que le médecin urgentiste « excluait une mort par balle » et une troisième histoire aussi mensongère que les précédentes prit naissance : celle de « l’enfant-bélier. »

Cette contre-enquête fouillée que l’on découvrira in extenso dans la version papier de Paris Match Belgique souligne que tous ces faits sont connus de la justice. Elle se termine par ces considérations : « De bonnes âmes diront peut-être que toutes ces versions inventées furent vaines ; qu’en mettant l’affaire à l’instruction et en demandant une autopsie de la victime, les autorités judiciaires montoises limitèrent la nuisance de ces mensonges idiots. Il n’en reste pas moins qu’il est démontré que des policiers ont menti. En fermant les yeux sur cette évidence, le parquet – peut-être gêné lui-même par le rôle trouble de l’un de ses représentants – a conféré à des manœuvres policières maladroites d’étouffement de la vérité une dimension de mensonges d’Etat. »

 

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