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Le « stealthing », ce viol que les avocats veulent faire reconnaître

En Belgique, la pratique rentre dans les conditions du viol définies par le Code pénal | © Flickr @ Stef

Société

C’est une pratique qui inquiète les autorités américaines. Le « stealthing », qui consiste à retirer son préservatif pendant l’acte sexuel sans le consentement de son ou sa partenaire est de plus en plus répandu. Et pour endiguer cette tendance glauque, des avocats américains veulent faire changer la loi. 

 

Contre ce fléau qui s’apparente selon elle à un viol, une avocate américaine, Cristina Garcia, a lancé lundi en Californie un nouveau projet de loi, l’AB 1033, qui permettrait de faire reconnaître le « stealthing » comme un viol. « Faire ça est un viol. Pénétrer quelqu’un sans son consentement est un viol », a-t-elle expliqué dans un communiqué, rappelant que retirer son préservatif pouvait exposer les victimes à des maladies sexuelles transmissibles ou à des grossesses non désirées. Et Cristina Garcia n’est pas la seule à se battre pour faire reconnaître cette pratique. Une avocate du Wisconsin a elle aussi déposé un projet de loi semblable, expliquant que la question n’est pas de savoir si le « stealthing est répandu ou pas mais de savoir si nous allons faire quelque chose ou non », indique CBS.

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Des préjudices réels

Le « stealthing » a commencé à faire la Une des médias après un article publié par le Columbia Journal of Gender and Law le mois dernier. Dans le papier, de nombreuses victimes de cette pratique racontaient leur histoire et déploraient le manque de reconnaissance du système légal. « Les survivants subissent des préjudices réels – émotionnels, financiers et physiques – auxquels la loi pourrait apporter un recours par compensation ou simplement une opportunité d’être entendus et validés », écrivait la journaliste Alexandra Brodsky. Le « stealthing » a également fait parler de lui en 2010, lorsque deux femmes, en Suède, ont accusé le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, de viol. Selon leur version des faits, il aurait refusé de porter un préservatif dans un premier temps. Une fois qu’il aurait finalement accepté, il l’aurait retiré durant l’acte sans leur consentement. L’Australien qui nie les faits est aujourd’hui réfugié à l’ambassade d’Équateur depuis 2012. Les faits seront prescrits en 2020.

Victimes belges

Né aux Etats-Unis, le phénomène arrive progessivement chez nous. Selon un reportage de la RTBF, des témoignages ont été recueillis à Liège notamment au SIPS, un planning familial pour les jeunes de moins de 25 ans. Mais également par Chris Paulis, anthropologue à l’ULg. En Belgique, le Code pénal définit le viol comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit et par quelque moyen que ce soit, commis sur une personne qui n’y consent pas par violence, contrainte, menace ou surprise ». Or c’est bien de surprise qu’il s’agit puisque le retrait de préservatif se fait en douce, sans le consentement du partenaire.

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