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Un photographe détourne des stéréotypes raciaux et met le doigt où ça fait mal

L'une des trois images de la série de Chris Buck, "Let's talk about race". | © Chris Buck/O Magazine

Société

Le photographe Chris Buck a réalisé une série d’images percutantes pour le magazine d’Oprah Winfrey. Elle interroge les stéréotypes et la représentation que la société a, encore et toujours, des personnes de couleur.

« Let’s talk about race », demande la page de papier glacé sur laquelle s’étale le travail de Chris Buck. Ce qu’on doit y lire surtout, c’est « Parlons de ces stéréotypes qui conditionnent des générations ». Parlons de pouvoir, de privilège, de classe, mais surtout de représentation – un mot complexe qui résume le travail effectué par le photographe reconnu pour O, le magazine de la non moins célèbre ex-animatrice de télévision Oprah Winfrey.

Ses photos, inversant des stéréotypes raciaux souvent inconscients, font désormais le tour des réseaux sociaux, comme un uppercut visuel au manque de clairvoyance d’une société qui a encore beaucoup à faire. Pour Mic, Chris Buck dévoile l’intention derrière le projet : « Quand vous voyez une image d’une personne venant d’un background différent, qu’attendez-vous d’elle ? », questionne-t-il.

Sur l’une de ces photos qui inversent les clichés, on distingue le cadre d’un salon de pédicure, comme il en court les rues aux États-Unis, mais aussi en Europe. Assises en rang bien sage aux pieds dorlotés de femmes asiatiques, des travailleuses blanches. Premier choc, première gêne : quelqu’un chose cloche sur cette photo, travaille notre esprit. Avant que cleui-ci ne se rende compte que ce qui le dérange, c’est le miroir de ses propres stéréotypes. Les pédicures ne « devraient »-elles pas être asiatiques, et les femmes dans ces sièges confortables des business women ou des mères de famille blanches ?

Une petite princesse peut-elle être asiatique ?

« Quand vous voyez une image de quelqu’un, qu’attendez-vous d’elle et remettons-nous cela en question ? Pourquoi attendons-nous une certaine de chose de quelqu’un et attendons-nous à la voir servir une autre personne ? », poursuit le photographe, touchant du doigt cette fameuse représentation. La réponse semble simple : parce que c’est ce qu’on est habitué à voir. Parce que c’est ce qu’on nous montre.

Le second cliché représente une jeune première « hiltonienne » à la peau caramel, au look impeccable, à l’attitude dédaigneuse, accessoirisée d’un chien miniature. La servant, une domestique à la peau diaphane. Seconde secousse : en réalité, 41% d’entre elles sont hispaniques, aux États-Unis, selon le Département du Travail américain, relayé par Elite Daily. Ce sont également elles qui sont le plus représentées comme domestiques à la télévision ou dans les films, aux côtés des personnes noires.

J’ai réalisé enfant que je mourais d’envie d’avoir quelqu’un qui me ressemblait – quelqu’un à qui m’identifier

Et enfin, cette tête blonde face à un gigantesque rayon de poupées de couleur. Judy Gerlade, 21 ans, a posté l’image sur Twitter, avant que son post ne devienne viral. Contactée par Mic, elle confie que ces photos représentent les luttes internes qu’elle endure dû au manque de réprésentation des femmes asiatiques dans les médias et la culture. Enfant, elle n’avait elle-même qu’une seule poupée asiatique : Mulan. « J’ai réalisé enfant que je mourais d’envie d’avoir quelqu’un qui me ressemblait, qui était similaire – quelqu’un à qui m’identifier », écrit-elle dans un e-mail.

Une question épineuse

« La race est une question épineuse dans notre culture, et les tensions augmentent. Faisons donc notre partie du travail pour avoir une conversation honnête et compatissante, à travers laquelle les gens se sentent écoutés et où nous apprenons tous quelque chose – surtout la manière dont nous pouvons tous faire mieux et avancer », avance Lucy Kaylin, la rédactrice en chef d’O.

Pour autant, Chris Buck a pris nombre de précautions pour réaliser cette série, étant lui-même blanc. « Parler à mes amis de couleur, entendre leurs histoires et leur expérience est aussi quelque chose qui m’est venu à l’esprit quand cette histoire m’a été proposée par les collaborateurs d’Oprah. Même si ces images parlent de dialogue, je sais en tant que personne blanche que je devrais davantage écouter que parler ».

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