Combattre l’homophobie en partageant des histoires vraies

Combattre l’homophobie en partageant des histoires vraies

Depuis quelques jours, certains feux de signalisation ont été modifié pour faire apparaitre deux personnages de même sexe se tenant la main. | © BELGA CAMILLE DELANNOIS

Société

Exclusion, harcèlement, suicide, le quotidien de nombreux jeunes homos et bisexuels est loin d’être rose. Pour lutter contre l’homophobie, les bénévoles du GrIS vont dans les écoles pour partager leurs expériences d’homosexualité positive et affirmée. Rencontre.

Aujourd’hui, samedi 20 mai, Bruxelles célèbre la Belgian Pride. Alors oui, ces dernières années, la Belgique a progressé en matière de reconnaissance des droits des minorités sexuelles mais la bataille est loin d’être gagnée… Selon le portail de la prévention du suicide, chez nous, les homosexuel/les, et plus particulièrement les jeunes, présentent un risque de tentative de suicide deux à sept fois plus élevé que les hétérosexuel/les. Les chiffres sont alarmants, ils font froid dans le dos. Ces individus se sentent souvent exclus, rejetés ou incompris. Et pour lutter contre l’homophobie, rien de mieux que d’en parler et de s’informer.

Initié par Thibaut Delsemme en 2012, le GrIS a commencé ses interventions en février 2013. Les animations se donnent en duo, un homme et une femme. L’association rassemble des intervenant-e-s bénévoles gays, lesbiennes et bisexuel-le-s, qui réalisent des animations dans les écoles secondaires. L’objectif est d’y démystifier l’homosexualité et la bisexualité et lutter contre l’homophobie au sens large.

Pour moi, ça aurait sans doute tout changé

Derrière le GrIS se cachent des bénévoles engagés qui aurait vraiment aimé, eux aussi rencontrer quelqu’un qui viennent leur parler d’homosexualité quand ils étaient sur les bancs de l’école. Si aujourd’hui Stanislas Ide, Anne Evrard, Tom Devroye et Bea Uhart vivent très bien leur vie sexuelle, cela n’a pas toujours été le cas. Ils ont décidé de témoigner pour que les jeunes d’aujourd’hui n’aient pas à connaitre leurs souffrances d’hier. Bea s’est lancée dans l’aventure depuis quelques mois seulement : « Après la tuerie d’Orlando, j’ai eu une espèce de ras de bol. En 2017, l’homophobie, ça tue encore. Ça faisait longtemps que j’avais envie de combattre le problème à la source, dans les écoles. Dans mon lycée, on ne parlait jamais d’homosexualité, ça aurait été vraiment chouette si quelqu’un était venu en discuter, dans mon cas, ça aurait sans doute tout changé ».

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©Jehanne Bergé – Bea Uhart.

Un jeune dans une cour d’école est confronté quinze fois par jour à l’insulte « pédé ». « Avec les blagues et le filtre négatif qui est posé sur l’homosexualité tu finis pas détester une partie de toi-même. Du coup, si à l’époque ça avait été quelque chose de physique que je pouvais couper de mon corps je l’aurais fait », confie Stan. Contrairement à la plupart des autres minorités, quand les jeunes homos rentrent chez eux, ils ne peuvent pas partager leurs souffrances et leur mal-être.

Pendant les animations, les élèves ont l’occasion de poser toutes leurs questions. Le coming out et l’affirmation de soi font bien évidement partie du débat. Nos quatre bénévoles se souviennent de leur coming out comme d’un moment d’explosion, la fin d’un long mensonge, une libération. Autant l’avant coming out est vécu comme un véritable combat intérieur, autant l’après permet de s’assumer et de prendre le contrôle de son existence.

Je vous respecte mais je pense que vous brûlerez en enfer

Tous les bénévoles que nous avons rencontrés ont parfois vécu des expériences vraiment difficiles pendants leurs interventions. Anne se souvient avec émotion : « C’était il y a deux ans. Un jeune Tchéchène m’a dit ‘non madame en Tchétchénie, il n’y a pas de gays, on leur coupe la tête. D’ailleurs, si un ami tchéchène me dit qu’il est homo je lui couperai la tête moi-même pour pas qu’il salisse ma race’. Recevoir ça en pleine face, c’était horrible ». Tom raconte : « Une fois, un jeune garçon m’a balancé, je vous respecte mais je pense que vous brûlerez en enfer…. ».

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©Jehanne Bergé – Stanislas Ide.

Chacun a ses petites anecdotes du genre. Mais même face aux élèves les plus difficiles, l’important est de partager des points de vue, des idées. L’essentiel est que les élèves entendent un autre discours que celui de leur entourage. Le GrIS ouvre des horizons en posant des questions. Bien évidemment, il y a aussi beaucoup de positif. Stanislas raconte : « Presque à chaque fois, à la pause ou à la fin, des élèves viennent vers nous pour se confier sur leur sexualité. On sent que c’est vraiment quelque chose pour eux d’en parler, c’est très touchant ». Les bénévoles insistent sur « les petites pépites d’humanité » qu’ils découvrent pendant les échanges.

Libération de la parole homophobe

Au niveau législatif, la situation s’améliore véritablement et pourtant la parole homophobe, elle, a le vent en poupe. « Ce que je constate c’est qu’il y a plus de libération de parole homophobe parce que l’homosexualité est plus visible. Aussi la crise économique et le repli identitaire entrainent un discours rétrograde et réactionnaire », avance Thibault. Bea aussi va dans ce sens : « Ce qu’il s’est passé autour du mariage pour tous en France ça m’a fait du mal. J’y croyais à ce truc Liberté, Égalité, Fraternité, mais voir tous ces gens défiler contre mes droits, c’était terrible ». Certains ne se sentent pas assez en sécurité pour s’aimer au grand jour. « Moi, je ne montre jamais rien, je ne tiens jamais la main de ma copine, je ne l’embrasse jamais en public parce que j’ai peur des agressions. Du coup, on laisse le confort aux homophobes de croire qu’on n’existe pas alors qu’on représente 10% de la population mais c’est comme ça, j’ai peur », confie Anne.

©Jehanne Bergé – Tom Devroye.

À ceux qui pensent que l’homophobie est un problème du passé, il suffit d’écouter la voix des minorités pour comprendre que définitivement, rien n’est acquis. « Je rêve qu’un jour notre association n’existe plus, que tout le monde trouve ça tellement normal l’homosexualité qu’il ne faille plus en parler. Ce serait génial mais en l’occurrence ce n’est pas le cas pour le moment…», conclut Tom. A partir de la rentrée prochaine, le GrIS assurera un minimum de 90 animations par an pour toucher plus de 2 500 élèves et jeunes en Wallonie et à Bruxelles.

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