Briser le tabou sur les personnes intersexuées

Briser le tabou sur les personnes intersexuées

Je suis intersexe. Sais-tu seulement ce que cela signifie ? | © Marise Ghyselings

Société

Souvent oubliée, la dernière lettre du sigle LGBTQI tente de sortir de l’ombre. Pratiques mutilantes et traitements « normalisateurs », les intersexes dénoncent ce qu’ils subissent sans pouvoir donner leur avis, ni même avoir les éléments pour comprendre la situation.

« C’est une fille ou un garçon ? » La question est inévitable après une naissance et suppose qu’il existe seulement deux groupes de personnes, masculin et féminin, dans la société. Pourtant, ce n’est pas toujours le cas. Certains enfants naissent chaque année en présentant des caractéristiques sexuelles difficiles à déterminer selon ce système binaire mâle/femelle, les rendant « hors-normes » aux yeux des médecins qui doivent enregistrer l’enfant sous M ou F, et rien d’autres.

Emplacement atypique de l’urètre, vagin fermé ou très peu profond… Si les variations sont multiples, Londé Ngosso, membre fondateur de l’association Genres Pluriels, précise que « c’est viable mais les médecins informent les parents d’une anomalie, qu’ils vont devoir corriger ». Beaucoup subissent alors des opérations chirurgicales et des traitements hormonaux dans le but de les « normaliser ». Des pratiques médicales invasives, irréversibles, considérées par l’ONU comme des mutilations. L’objectif des associations intersexes est tout d’abord d’interdire ces opérations qui ne présentent aucune nécessite médicale, comme c’est déjà le cas à Malte.

On ne m’a jamais expliqué ce que c’était, on m’a juste dit que c’était pour me soigner.

Lui-même intersexe, Londé n’a pas subi d’opérations mais il a dû prendre des médicaments, « des castrateurs chimiques. On ne m’a jamais expliqué ce que c’était, on m’a dit que c’était pour me soigner. J’avais 15 ans ». Presque 30 ans plus tard, l’informaticien se bat pour que les choses évoluent.

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Flickr/draculesti27

Des pratiques forcées

Les enfants sont trop jeunes pour pouvoir donner leur avis. Il revient alors aux parents la lourde tâche de décider si leurs enfants vont être opérés ou non, alors que bien souvent, ils ne disposent pas des informations suffisantes pour prendre une décision éclairée, comme le rappelle Amnesty International. Sans qu’il n’y ait aucune urgence, des milliers d’enfants subissent alors ces interventions pour les rendre conformes aux attentes de la société. Un choix précoce à l’origine de souffrances physiques et psychologiques.

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Lutter pour l’autodétermination

« L’enfant devrait être assez vieux pour décider lui-même », souligne Hanne Gaby Odiele, mannequin belge qui a révélé être « fière d’être intersexe » au magazine USA Today en janvier dernier. À l’âge de 10 ans, elle a subi plusieurs opérations pour retirer ses testicules, encore invisibles. « On avait dit à mes parents que je risquais d’avoir un cancer sans cette opération et que je ne me développerais pas comme une fille normale », racontait-elle au magazine américain. « C’est comme demander à toutes les femmes d’enlever leurs seins parce qu’il y a un risque de cancer. C’est ridicule », explique-t-elle lors du débat organisé par Genres Pluriels et Genres d’à côté ce vendredi 19 mai, dans le cadre du Pride Festival. « Plus tard, après l’opération, j’ai su que je ne pourrais pas avoir d’enfants car je n’avais pas mes règles ».

On me demandait de garder ça secret. Alors je me disais ‘Qu’est-ce qui cloche chez moi ?’ Aujourd’hui, je suis libérée d’un poids.

À 18 ans, elle décide alors d’entreprendre une reconstruction vaginale très douloureuse. Ces interventions traumatisantes l’ont poussée aujourd’hui à lutter pour que les enfants aient le choix de suivre ce lourd traitement médical ou non, aux côtés de l’association interACT Advocates for Intersex Youth.

Il faut tout de même préciser que l’intersexuation n’est pas réservée qu’aux enfants. D’autres personnes découvrent qu’elles sont intersexuées à l’adolescence, voire même plus tard. C’est par conséquent leur anatomie reproductive interne qui est atypique. À la différence de l’hermaphrodisme, qui n’existe pas chez les humains, l’intersexuation ne présente pas deux types d’organes génitaux, masculins et féminins, parfaitement développés.

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Tous les genres sont dans la nature

On estime à 1,7% de la population mondiale le nombre de personnes nées intersexuées. « Le même pourcentage que les roux et on connaît tous un roux, non ? », ironise Hanne sur l’invisibilité des intersexes dans la société. Cette dernière leur impose son idée d’une certaine « normalité », loin d’être en accord avec la réalité.

Aujourd’hui, grâce aux progrès timides de personnes trans, les intersexués sortent petit à petit de l’ombre. Solidaires depuis peu, ces deux groupes sont victimes des mêmes discriminations mais présentent pourtant des caractéristiques opposées. Alors que les personnes transgenres militent pour des opérations chirurgicales, les intersexes n’en veulent pas. Comme le résume si bien Vincent Guillot, fondateur de l’Organisation Internationale des Intersexes : « Nous, on veut juste qu’on laisse nos corps tranquilles : on ne touche à rien tant que la personne n’est pas en capacité de s’autodéterminer ».

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