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Enquête dans le réseau des black mafias : « Ils nous faisaient boire notre propre sang »

Si la capitale, Benin City, est le terrain de chasse de la plupart de ces groupes, c’est en Italie que le plus puissant d’entre eux, le Black Axe, contrôle des pans entiers de territoires. Notamment, à Palerme où cette mafia tient le cœur historique, Ballaro. | © Max DeVa/Flickr

Société

De la Sicile jusqu’au nord de la péninsule italienne, des mafias africaines ont scellé des pactes avec Cosa Nostra, la Camorra et la ’Ndrangheta. Les enquêteurs italiens les appellent les « cultisti ». Ces sectes, appelées « cults » au Nigeria, mêlent des croyances inspirées du christianisme à des pratiques de sorcellerie.

De notre envoyé spécial au Nigeria Samuel Kingsley, paru initialement sur Paris Match France, dans un article de Piero Messina et François de Labarre

David (prénom d’emprunt) est membre du Black Axe depuis sa première année à l’université de Benin City, là où est né le groupe criminel dans les années 1970.

Paris Match. Racontez-nous votre intronisation dans le Black Axe.
David. Ils nous emmènent dans les bois puis nous battent, prennent notre sang et nous le font boire. Ils nous donnent un surnom, un nom de code que seuls les membres peuvent connaître. Après nous dansons autour d’un pot rempli de sang et ils nous lancent des sortes de sortilèges.

Quelles sont vos missions ?
Nous avons le droit de faire ce que nous voulons à une personne à partir du moment où elle est perçue comme une menace. Parfois les ordres sont plus précis, il faut éliminer des cibles. Nous exécutons le plus souvent avec des armes blanches dans les gares, les fêtes et les cafés. Nous n’utilisons d’armes à feu qu’en cas de nécessité absolue dictée par les circonstances. En Europe, elles peuvent être facilement traçables ; au Nigeria elles sont fabriquées localement et ne sont pas enregistrées, c’est plus facile.

Pour atteindre le rang de big boss ou de leader, il faut savoir se montrer cruel.

Avez-vous voyagé pour le compte du Black Axe ?
Oui je suis allé en Italie en passant par le Niger et la Libye. À chaque étape du voyage, des responsables locaux me prenaient en charge. C’est comme ça pour tous les membres du « cult », qui se retrouvent à chaque étape. Après la traversée, on se repère avec des messages codés en se serrant la main. On utilise des mots à nous, des surnoms. Dans les centres d’accueil, on forme des groupes en fonction de nos cults. Dehors, c’est une autre organisation. Il y a un big boss pour le pays et un leader par région. Pour atteindre ce rang, il faut savoir se montrer cruel.

Que signifie “bucha” ?
C’est un mot en pidgin [le créole anglais de la rue parlé en Afrique] qui signifie tueur. Les bucha sont les plus dangereux, on les appelle aussi les « killers ».

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Quel est votre rang ?
Je suis chef de section. Pour chaque chose volée ou dérobée, je prends la part la plus élevée. Mes gars me protègent et les autres personnes me craignent vraiment.

Que faisiez-vous pour le Black Axe en Italie ?
Je livrais des paquets à des personnes, dont des membres des mafias blanches. Je devais jurer de ne pas révéler de noms. Je recevais un salaire et nous nous réunissions tous les mois pour assister à des rites d’initiation. En Europe, il y a plus d’argent à faire qu’au Nigeria grâce au trafic de drogue et aux filles qui travaillent pour nous. On les achète aux personnes qui les amènent en Europe. Elles se prostituent, y compris avec les mafieux blancs, et parfois elles distribuent la drogue à la place des gars, quand ils sont surveillés par la police. Le Black Axe ne cherche pas les problèmes, mais celui qui nous marche sur les pieds doit en assumer les conséquences.

Que savez-vous des activités du Black Axe à l’étranger ?
Le Black Axe a des membres dans toutes les grandes villes d’Europe. Le leader de chaque ville paie le boss du pays. Ils se retrouvent une fois par an pour une réunion en dehors de l’Europe, la plupart du temps aux Etats-Unis.

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