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Irak : la Belgique en première ligne face à Daech

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La guerre contre Daech déchire le nord de l’Irak. Entrés dans leur ultime phase, les combats font rage pour la reprise de Mossoul, capitale autoproclamée du « califat ».

La Belgique, partie prenante au conflit, est engagée sur un double front militaire et humanitaire. Sur le premier, notre  unité d’élite prête main forte à la coalition internationale, aux troupes irakiennes et aux Peshmergas kurdes. Sur le second, l’antenne belge de Médecins Sans Frontières (MSF) lutte pour sauver des vies.

Fuyant les combats qui se concentrent à présent dans la vieille ville de Mossoul, où les dernières centaines de djihadistes acculés dans ce réduit ont pris à leur piège mortel 250 000 habitants, les civils des quartiers libérés quittent la ville en masse. Ils remontent vers le nord en traversant les ponts flottants jetés sur le fleuve Tigre pour rejoindre notamment les camps de réfugiés où s’entassent des dizaines de milliers de personnes.

Libérée il y a six mois par les forces irakiennes, Hammam Al Alil, dans les faubourgs de Mossoul, offre le spectacle contrasté d’une ville meurtrie où la vie s’entête à renaître malgré la désolation générale. Dans les rues empoussiérées, les fantômes de Daech errent encore.

MSF Belgique a pris ses quartiers dans l’agglomération, important carrefour de transit pour les blessés et les réfugiés qui évacuent Mossoul. Opérationnelle dès le début de l’offensive pour la reconquête de l’ouest de la ville, l’équipe de médecins et d’infirmiers de l’ONG livre nuit et jour, et parfois jusqu’à l’épuisement, une bataille pour la vie. En trois mois, ils ont secouru 2500 blessés.

Les histoires entendues sur place constituent la chronique de l’horreur ordinaire de la clinique MSF. Celle de Roqaya (6 ans), Madiha (8 ans), Ali (4 ans) et leur oncle, Abdul Razaq, est effroyable. Leur famille a été victime d’un piège explosif de Daech dans Mossoul au moment où les forces irakiennes libéraient leur quartier d’Al-Rifai. L’aînée de la fratrie, Abeer (13 ans) a été tuée dans l’explosion. Leur mère, enceinte, a perdu son enfant. Elle et son mari sont blessés, mais vivants. La sœur de l’oncle est décédée également, ainsi que leurs voisins, pulvérisés par la bombe.

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« Les familles détruites, c’est le quotidien », confirme Martial Ledecq.  À 69 ans, ce chirurgien originaire de la province du Luxembourg, est un vieux routier des missions MSF. Il a une longue expérience des théâtres de guerre. Mais selon lui, celui de Mossoul est particulièrement dramatique. « Au début surtout, ce que je voyais était bouleversant », dit-il. « Les combats ont d’abord fait de nombreuses victimes chez les militaires, puis ça a été le tour des civils et ça continue. Nous sommes confrontés à deux type de blessures : celles causées par les explosions au sol ainsi que par les frappes aériennes – qui font de gros dégâts quoi qu’on en dise !-, lesquelles disséminent des éclats dans tout le corps ; celles infligées par les tirs de sniper, une seule balle mais qui fait des ravages ».

Daech dans le viseur

Présente également sur le front de la guerre, la Défense belge a déployé une trentaine d’hommes appartenant à une troupe d’élite. Leur mission dure trois mois jusqu’à la relève. Au cours de celle-ci, ils procèdent à tour de rôle à des rotations de quinze jours entre Erbil, le chef-lieu du Kurdistan irakien autonome, et un poste d’observation mobile situé au plus près des positions militaires de Daech, à l’ouest de Mossoul.

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Ce poste se trouve dans les replis d’une solide structure défensive tenues par les combattants kurdes Peshmergas. Sept hommes aguerris y forment la première ligne invisible de cette unité d’élite qui mène essentiellement une guerre de renseignement. À l’aide de moyens d’observation et de détection sophistiqués, ils renseignent en priorité l’armée irakienne et la coalition internationale dirigée par les États-Unis sur l’anatomie de l’ennemi qui leur fait face.

« On détecte les mouvements de véhicules armés, on identifie les djihadistes, on capte un maximum d’infos sur leurs déplacements, l’installation de checkpoints sur les différents axes, le creusement de tunnels au nord de l’agglomération, etc », explique l’opérateur assis derrière des jumelles à longue portée dans le viseur desquelles grossit la localité occupée par Daech depuis trois ans. Lorsque la nuit recouvre les fortifications, l’observation se poursuit à l’aide de moyens de vision nocturne. « Les informations que nous récoltons servent à planifier des frappes aériennes et, grâce à nos recoupements de terrain, éviter les dommages causés aux populations civiles ».

Les militaires belges ont également recours au RQ-20 Puma, un drone (UAV en langage militaire) loué à l’armée américaine qui l’a conçu. Avec un rayon d’action de 20 km et une autonomie de deux heures, ce petit aéronef de six kilos, de 1 m 40 de long et d’une envergure de 2 m 80, est un bijou de technologie. « Cet engin, c’est l’avenir », s’enthousiasme Adri, son pilote. « Sa petite taille et son faible poids permettent de le transporter quasi dans un sac à dos et de le faire décoller partout sans se soucier de l’état du terrain. Son autre grande qualité, c’est la précision de la caméra embarquée, équipée d’une vision infrarouge pour l’observation nocturne ».

Le rôle des membres de ce petit détachement tient plus de la vigie que du combattant, mais il n’en reste pas moins crucial.

Voir notre reportage intégral dans le Paris Match Belgique du 24 mai 2017

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