Paris Match Belgique

Interdites d’avortement, les Polonaises cherchent l’accès à l’IVG à l’étranger

Interdites d'avortement, les Polonaises cherchent l'accès à l'IVG à l'étranger

À Berlin, des manifestantes apportent leur soutien aux femmes polonaises. | © Tobias Schwarz / AFP

Société

Environ 200 000 IVG seraient réalisées illégalement, ou effectuées à l’étranger, chaque année.

 

La décision est tombée le mois dernier : même en cas d’anomalies fœtales graves, il sera désormais interdit d’avorter en Pologne. Depuis ce durcissement de la législation sur l’IVG, les téléphones des organisations d’aide aux femmes décidées à arrêter leur grossesse sonnent bien plus souvent.

Pour Ciocia Basia, une ONG basée à Berlin qui soutient les Polonaises choisissant d’avorter en Allemagne, la décision du Tribunal constitutionnel aggrave une situation déjà compliquée à cause de la pandémie. « Nous avons eu une forte recrudescence des appels. Trois fois plus qu’auparavant », déclare à l’AFP Ula Bertin, bénévole chez Ciocia Basia.

Conformément aux souhaits du parti conservateur au pouvoir, le tribunal polonais a invalidé une disposition légale qui autorisait les avortements en cas d’anomalies fœtales graves. Même si ce verdict n’est pas encore entré en vigueur, les médecins sont d’ores et déjà plus réticents à pratiquer les avortements légaux, pour éviter d’éventuelles sanctions.

Après la décision du Tribunal, l’ONG a reçu plusieurs demandes d’aide de femmes qui « étaient déjà en train d’organiser un avortement en Pologne et que maintenant personne ne voulait faire », explique Ula Bertin. « Ces femmes sont épuisées mentalement, traumatisées. » « Elles sont punies doublement parce que l’enfant qu’elles attendaient s’est avéré être malade et ne survivra peut-être pas et qu’on les oblige à accoucher. C’est une torture émotionnelle », dit-elle encore.

Lire aussi > La Pologne rend l’avortement quasiment illégal

D’autres organisations notent aussi une hausse de demandes d’aide malgré les difficultés des déplacements transfrontaliers en raison de la pandémie. Avortement sans frontières (AWB), une coalition multinationale d’ONG, indique avoir depuis le verdict aidé 40 Polonaises à se rendre à l’étranger pour y avorter ou à préparer un tel voyage. Un chiffre qui représente déjà le double de la moyenne mensuelle. Selon Mara Clarke d’AWB, l’augmentation soudaine des appels de Pologne est également due au fait que « le nom de l’organisation et son numéro de téléphone ont été scandés » lors des manifestations de masse à l’échelle nationale déclenchées par la décision de la justice.

À la recherche d’une autre solution

Lancé en décembre, le réseau a depuis fourni des informations sur la façon d’accéder aux pilules abortives à des centaines de Polonaises, leur permettant de procéder à un avortement médical à domicile, qui n’est officiellement ni autorisé ni interdit par la loi polonaise, trop ancienne pour le prendre en compte.

Pour les femmes qui ont besoin d’une intervention chirurgicale, la coalition offre un soutien logistique et financier permettant d’effectuer une IVG en Autriche, Grande-Bretagne, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Kasia Roszak, du groupe néerlandais Abortion Network Amsterdam, dit avoir reçu récemment de nombreux appels de femmes qui attendaient leur IVG légale dans les hôpitaux polonais et qui ont été « en quelque sorte laissées à elles-mêmes ». « Elles ont dû chercher une autre solution », a-t-elle déclaré à l’AFP.

La Pologne, un pays de 38 millions d’habitants, de forte tradition catholique, est déjà dotée d’une loi anti-avortement qui compte parmi les plus restrictives d’Europe. Il y a moins de 2 000 avortements légaux par an dans le pays, selon les données officielles. Les organisations féministes estiment que 200 000 IGV sont réalisées illégalement, ou effectuées à l’étranger, chaque année.

Avec l’AFP

Mots-clés:
IVG avortement pologne ONG
CIM Internet