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Le papa de Mawda : « Le policier a sorti son arme… Il n’a eu aucune hésitation »

"J’insiste sur le fait que Mawda se trouvait toujours avec sa maman pendant toute la course poursuite. Ma femme et moi, nous n’avons jamais montré un enfant pendant la course-poursuite" a expliqué le père de Mawda. | © BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

Société

Grande émotion ce matin au procès de l’affaire « Mawda » lorsque le papa de la petite fille tuée d’une balle de la police lors d’une course-poursuite a pris la parole au tout début de l’audience du tribunal correctionnel de Mons.


« Je vous remercie du temps d’expression que vous me donnez », a entamé Ali Shamden. « Aujourd’hui, deux ans et demi après le tir qui a tué ma fille, je veux vous communiquer certaines choses. Je voudrais vous dire que deux ans et demi plus tard, c’est comme si j’étais toujours là, je me souviens de tout ce qui s’est passé. Je ne veux pas répéter ce que mes avocats ont dit mais expliquer tout de même ce qui s’est passé dans la camionnette et ensuite quand on en est sorti.

Il y avait une autre famille qui avait un enfant dans les bras. Mawda se trouvait derrière le chauffeur avec sa maman, moi j’étais près de la porte de la camionnette avec mon fils. J’insiste sur le fait que Mawda se trouvait toujours avec sa maman pendant toute la course poursuite. Ma femme et moi, nous n’avons jamais montré un enfant pendant la course-poursuite. C’est l’autre famille qui l’a fait.

Nous sommes descendus les derniers de la camionnette. J’ai pris Mawda des bras de sa maman. Lorsque j’ai pris mon enfant dans mes bras, elle perdait beaucoup de sang, il y avait vraiment une fontaine de sang. J’ai commencé à crier « Ambulance, Ambulance » pour faire comprendre que j’avais besoin d’aide. Les policiers n’ont pas été très polis. Ils ont pris Mawda de mes bras et ils m’ont frappé dans le dos et la sur partie inférieure de mon corps.

Madame, la présidente, je ne peux décrire cette situation par aucun mot, ils nous ont traité de manière très inhumaine. Les secours sont arrivés tard et quand nous avons voulu accompagner notre fille, ils ne nous ont pas laissé monter dans l’ambulance. J’ai fait un dessin qui décrit ou nous nous trouvions dans la camionnette, regardez le Madame la présidente. J’aimerais faire savoir que j’ai vu le policier qui a sorti son arme. Il n’a eu aucune hésitation à sortir son arme. Je l’ai vu tirer une fois et ce tir a touché ma fille. Nous avons perdu un enfant, nous avons désormais des problèmes psychologiques. Nous sommes traumatisés. Mon épouse n’est plus normale et moi non plus. Mon fils pleure quand il croise un policier dans la rue.

Je voudrais faire savoir que nous n’avons jamais remis Mawda à quiconque, elle est toujours restée dans les bras de sa maman. Il n’y a eu qu’un seul tir pas plusieurs comme un prévenu l’a dit hier. Après ma fille fut montée dans l’ambulance, nous avons attendu longtemps pour la revoir, nous avons passé deux jours et deux nuits atroces. Et quand nous l’avons revue, elle avait été autopsiée. Nous ne l’avons plus revue comme elle était avant. Je ne peux pas décrire une telle situation, c’est totalement inhumain. Ma fille est toujours restée avec mon épouse, elle n’a jamais été remise à quelqu’un d’autre. Je voudrais insister sur ce point car nous avons toujours dit la vérité. Nous avons été traité de manière inhumaine. »

Après une interruption d’audience pour sécher ses larmes, la maman de Mawda, Ahmer Phrast a également pris la parole.

« Je vous remercie pour le temps et votre compréhension. (Elle pleure abondamment). Il y a précisément 2 ans, 6 mois, 8 jours et 8 h que le tir a eu lieu. Hier, ce garçon là-bas a raconté qu’il m’avait remis l’enfant mais Mawda est toujours restée dans mes bras. Après l’arrêt de la camionnette, mon mari a vu que Mawda saignait. Je ne vais pas répéter la manière inhumaine dont la police nous a traitée. Malgré les injonctions de la police, mon mari a crié « Ambulance » en essayant de faire comprendre qu’on avait besoin d’aide.

On était couvert de sang, ils savaient qu’il y avait eu un tir. Ils ont pris notre enfant et agressé mon mari. J’aimerais bien que vous entendiez les témoignages des gens qui étaient présents dans la camionnette pour dire comment on a été traité. Mais il n’y a que deux personnes présentes ici, malgré qu’ils sont des trafiquants d’êtres humains ils ont tout vu. L’ambulance est arrivée. J’ai essayé de monter dans l’ambulance mais une policière m’a tiré par les cheveux pour me sortir de l’ambulance. Comment peut-on être si inhumain, même avec des terroristes, on n’agit pas comme cela.

Je veux m’adresser au policier et lui dire quelques mots. (Elle pleure). Il dit qu’il a aussi des sentiments en tant que père. Moi aussi j’ai des sentiments en tant que mère. Ce soir-là, Mawda avais faim, j’avais préparé du lait pour elle. Cela fait deux ans que je le conserve. Deux ans six mois huit jours et 8 heures, que je conserve ce lait. (Elle montre un tissu) Ce tissus, elle l’avait toujours avec elle. Je l’ai conservé, comme cela je peux toujours sentir son odeur. J’ai encore quelques-uns de ses cheveux sur lesquels il y a son sang.

(Elle s’adresse au policier) Même si vous dites que vous ne saviez pas qu’il y avait des enfants à bord pourquoi avez-vous tiré ? Je veux vous demander à vous qui avez des sentiments de père, comment vous vous sentez si vous ne voyez pas vos enfants pendant une journée.

J’ai du respect pour les policiers et leur travail mais je ne souhaite à personne ce qui m’est arrivé. Se les policiers ont fait quelque chose de mal, le monde doit le savoir, ils doivent être punis pour que cela ne se reproduise plus. Il est impossible de n’avoir pas vu qu’un enfant a été vu dans la camionnette mais de toute manière quelqu’un conduisait la camionnette et sa vie aussi avait de la valeur. Je veux répéter que ma fille a toujours été dans mes bras et elle n’a jamais été remise à quelqu’un d’autre. »

L’avocate générale a ensuite pris la parole en disant que « c’était difficile après deux témoignages aussi poignants ».

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