Paris Match Belgique

Eric-Emmanuel Schmitt : « Le fanatisme n’est pas une maladie de l’époque, c’est une maladie de l’homme et de l’esprit »

Dans ce long entretien, Schmitt explique notamment que "c'est pour ça que l'Islam n'est pas le problème en l'occurrence car, à d'autres moments de l'histoire, d'autres convictions religieuses et d'autres pensées politiques ont inspiré les fanatiques". | © Belga

Société

Philosophe, romancier, dramaturge, comédien, Eric-Emmanuel Schmitt se penche notre époque, scrute les événements qui la traverse et les maux qui l’accablent. Animé d’un optimisme lucide, il donne généreusement à comprendre le monde que Paris Match Belgique raconte depuis deux décennies.

Paris Match Belgique. Notre époque vit deux phénomènes qui occupent les esprits : la pandémie de coronavirus et la répétition récente de faits d’intégrisme violent, singulièrement la décapitation d’un professeur pratiquement devant son école. Y voyez-vous des signes des temps ?

Eric-Emmanuel Schmitt. Il y a là du neuf et de l’ancien. Le neuf, c’est la pandémie et notre manière de réagir ; l’ancien, c’est le fanatisme, l’intégrisme, une foi qui se prend pour un savoir, un refus de la pensée et de la liberté de l’autre. Parlons d’abord de ce qui vient de se passer en France, que je qualifie d’ancien parce que, malheureusement, cela existe plus ou moins sourdement dans toutes les sociétés depuis toujours. Il y a toujours eu des gens qui croient savoir là où personne ne peut savoir. Il y a toujours eu des gens qui ont brandi leurs convictions comme la vérité et qui ont pris leur foi pour une certitude rationnelle. En résumé, il y a eu toujours eu des gens qui ont voulu éviter de penser, préférant répéter, rabâcher, crier. En conséquence, l’intégrisme, le fanatisme, ce n’est pas une maladie de l’époque, c’est une maladie de l’homme et même une maladie de l’esprit. C’est pour ça que l’Islam n’est pas le problème en l’occurrence car, à d’autres moments de l’histoire, d’autres convictions religieuses et d’autres pensées politiques ont inspiré les fanatiques. En ce sens, l’Islam n’est pas responsable de l’islamisme. N’importe quelle religion, n’importe quelle pensée peut être défigurée et prendre la grimace de l’intégrisme. On est devant un phénomène anthropologique qui dépasse notre époque, contre lequel il faudra toujours se battre et contre lequel on ne gagnera jamais, car le combat contre l’intolérance et contre la bêtise sont des combats qui ne sont jamais gagnés.

La solution n’est pas du tout que nous apprenions tous à penser la même chose, mais que nous apprenions à vivre avec d’autres qui pensent différemment de nous.

Mais qu’il ne faut cependant pas renoncer à mener ?

Certainement pas. La beauté du combat, ce n’est pas la victoire, c’est la cause. Il s’agit de défendre notre liberté de penser, de douter, d’affirmer une pensée quand l’autre, en face, n’a pas la même et vivre ensemble malgré tout. Ce combat, c’est celui qui rend la société possible. Il est d’autant plus crucial aujourd’hui que nos sociétés ne sont plus uniformes comme dans le passé. Autrefois, une nation pouvait appartenir quasi entièrement à une seule religion ou à une seule pensée politique. De nos jours, tout est métissé. Nos sociétés sont devenues des manteaux d’Arlequin, c’est-à-dire qu’elles sont faites de plusieurs couleurs, de toutes sortes de manières d’aborder la vie, le spirituel, le politique, etc. Dès lors, la solution n’est pas du tout que nous apprenions tous à penser la même chose, mais que nous apprenions à vivre avec d’autres qui pensent différemment de nous.

Vous dites que ce phénomène n’est pas nouveau. Mais n’assiste-t-on pas, depuis au moins ces deux dernières décennies, à une crispation des identités, revendiquées de manière de plus en plus violente ? Peut-être, justement, parce que nos sociétés sont moins homogènes qu’auparavant.

Je crois, en effet, que ce qui est nouveau, ce n’est pas l’intégrisme, mais c’est l’environnement dans lequel il se propage, c’est-à-dire nos sociétés bigarrées. Vous parlez de crispation identitaire, à juste titre, mais il y a crispation dès qu’une personne pense que son identité est fondée sur un seul plan. Lorsqu’elle réduit son identité à sa religion, à sa nationalité, à sa sexualité, à ses convictions politiques, etc. Dès le moment où l’on se simplifie, où l’on se réduit à une identité unique, on abandonne les autres et on est sur la pente du fanatisme. Nous devons prendre conscience que nous sommes faits de plusieurs couches identitaires qui se sédimentarisent en nous et qui ne correspondent pas toujours entre elles. De telle sorte que ce que nous pouvons penser par exemple comme Belge, ne correspond pas forcément à ce que nous pensons comme catholique ou comme musulman. Or, je ne peux pas penser uniquement comme chrétien, uniquement comme artiste, uniquement comme homme et ainsi de suite. C’est le travers des mouvements identitaires communautaristes à l’américaine dans lesquels, un black par exemple, doit penser uniquement comme un black et se définir seulement en tant que black. Ça conduit fatalement au racialisme. Il y a peu, sur Internet, on a beaucoup vu cette vidéo d’une femme noire, en France, invectivant un policier noir sur le thème du « que fais-tu de ce côté-là alors que tu devrais être du nôtre ? ». C’est épouvantable, parce que pour lutter contre le racisme, on tombe dans le racialisme, l’idée que ce policier devrait penser ce que sa couleur de peau lui dicte et rien d’autre. Dès qu’il y a réduction à l’un, le risque existe non pas de supprimer la violence, mais d’en créer davantage.

Pourquoi avons-nous tant de mal à faire société aujourd’hui ? Pourquoi tant de gens ne vivent-ils plus côte à côte, mais face à face ? Quel basculement avons-nous vécu pour qu’on s’essentialise de la sorte, en se réduisant par exemple à son origine ou à sa religion ?

Il y aurait beaucoup à dire, mais l’une des explications réside à mon sens dans les outils qui sont donnés à l’individualisme, singulièrement les médias dits sociaux. Au lieu de lever les barrières entre les gens comme on nous le promettait, ils en ont au contraire créé de nouvelles. Loin de nous rapprocher, ces médias nous séparent. Voyez comment, à l’intérieur d’une même famille et parfois dans une même pièce, chacun de ses membres est absorbé par son écran, sans connexion avec les autres. En rentrant chez moi tout à l’heure, j’ai croisé une dizaine de personnes en rue. Eh bien, j’ai été frappé d’observer que toutes avaient le nez sur leur smartphone, personne n’a dit bonjour à personne, personne n’a levé les yeux. Véritablement, je crois que ce qui est censé nous réunir, nous isole et nous divise en fin de compte. Et une fois que l’on se trouve isolé, on éprouve le besoin d’appartenir à un groupe, à une communauté. Le problème, c’est que les réseaux sociaux créent ces communautés, mais autour de convictions sommaires. A l’intérieur d’elles, on ne discute pas, on ne débat pas, on partage et on like. Ces médias ont profondément modifié notre façon d’être au monde, d’être avec les autres et d’être au milieu des autres.

Les réseaux sociaux ? Ce qui est censé nous réunir nous isole et, en fin de compte, nous divise

Venons-en à la pandémie de Covid-19. Comment l’analysez-vous ?

La pandémie agit comme un révélateur de ce que nous sommes. Je m’explique : pendant des millénaires, rien n’était plus naturel que la mort, tandis qu’aujourd’hui, elle est devenue accidentelle. Je suis frappé d’entendre, partout autour de moi, les gens parler de la mort comme d’un accident et non pas comme d’une donnée essentielle de la vie. Aujourd’hui, on meurt parce qu’on n’a pas pris suffisamment de précautions, on meurt parce qu’on a fait ceci ou qu’on n’a pas fait cela. Jamais, nous n’avons été aussi loin dans le refus de la condition humaine, dans l’aveuglement philosophique. Car c’est la mort qui protège la vie en faisant en sorte qu’elle puisse se perpétuer. Sans la mort, la vie n’existerait pas. La mort est une gardienne de la vie. Maintenant, ces considérations ne signifient pas que j’ai envie de mourir, ni que je désire que des personnes meurent, surtout dans mon entourage. A chaque fois, la mort des autres est pour moi une douleur et un accablement. Ce que je veux dire, c’est que dans nos sociétés, on tente à tout prix d’évacuer la mort, de la rendre accidentelle. Les cimetières sont cachés, les cérémonies funéraires sont de plus en plus brèves, etc. J’y vois une absence de lucidité philosophique. De ce fait, les populations réagissent comme jamais dans l’histoire, en demandant à leurs gouvernants de faire en sorte que la mort n’arrive pas. Et le pouvoir s’est mis au service de ce désir d’immortalité. Ceci étant, je ne suis pas en train de critiquer cette réaction, je suis en train de dire qu’elle est nouvelle. Jamais avant nous une société n’avait fait passer la santé comme valeur numéro un. Or, là, nous vivons un moment historique pendant lequel, à l’échelle planétaire, la santé passe en premier, au point de justifier que tout le reste vienne ensuite, quitte à paralyser toutes les activités humaines, ébranler l’économie, envoyer des milliers de personnes au chômage, notamment des jeunes. Bref, au nom de la santé, nous prenons tous les risques par rapport à d’autres valeurs. Encore une fois, je ne dénonce pas cette attitude tout à fait compréhensible, je l’observe.

 

©Photo by JOEL SAGET / AFP

Observez-vous autre chose ?

Oui, cette pandémie nous révèle également à quel point notre univers est poreux. L’arrêt de nos déplacements nous montre que nous n’avons jamais autant voyagé. Moi-même, depuis une vingtaine d’années, je prends environ 70 avions par an et je ne vous parle pas des trains et des voyages en voiture. Puis, d’un coup, tout s’arrête. Et là, je me rends compte tout d’abord que je ne suis pas malheureux et, ensuite, je réalise qu’il y avait dans tout cela beaucoup d’agitation. C’était possible, alors on le faisait. Le virus nous a au moins enseigné combien nous bougions de manière excessive et irréfléchie. Dans le même temps, nous découvrons que la mondialisation est aussi une réalité dans le domaine sanitaire. Jusqu’à aujourd’hui, nous étions parvenus à circonscrire les maladies dans leurs foyers épidémiques, même s’il y a eu la grippe espagnole, mais à cette époque on n’était pas prêt à tout sacrifier à la santé.

Vous évoquiez l’individualisme de notre société. N’est-il pas particulièrement révélé au travers de cette crise sanitaire que nos comportements aggravent ?

En effet. Nous éprouvons de la difficulté face à la solidarité. Je crois que beaucoup de gens ont eu le confinement égoïste et le déconfinement égoïste. C’est-à-dire qu’ils se sont, dans un premier temps, repliés sur eux et chez eux par crainte de la contamination et, dans un second temps, ils n’ont plus pris aucune précaution afin de profiter de tout ce dont ils avaient été privés. Conclusion : c’est reparti de plus belle. Notez que je ne m’exclus pas de ce constat. La difficulté à faire « nous » est particulièrement sensible en Europe occidentale où nous n’avons plus connu la guerre depuis des décennies. Or, en situation de conflit armé, on apprend à faire front ensemble. La crise que nous traversons révèle le fait que nous avons beaucoup de mal à nous sentir responsable de l’autre, à le respecter en ne le mettant pas en danger et en attendant de lui qu’il ne nous mette pas en danger. Nous semblons avoir perdu cette capacité à fabriquer du « nous ». Mais peut-être que cette pandémie est l’occasion de réapprendre la solidarité. Parce qu’au fond, la solidarité, ce n’est ni de la bienveillance, ni de la gentillesse, ni de la générosité, c’est la prise de conscience d’un danger et la volonté intéressée d’en sortir ensemble. La solidarité n’est jamais désirée, elle est toujours imposée puis voulue. Peut-être allons-nous la retrouver en faisant en sorte de nous protéger les uns les autres au travers de concessions sur nos habitudes, nos élans, notre liberté.

Nos sociétés occidentales sont marquées par un pessimisme généralisé. Beaucoup de nos contemporains, constatant que nous sommes parvenus au carrefour de toutes les crises, sont convaincus que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. Ont-ils tort ou raison de redouter l’avenir ?

Ce pessimisme ambiant, je l’entends, mais j’y vois un manque de recul historique. Car avec ce recul, on se rend compte que jamais on n’a vécu aussi longtemps qu’à notre époque, jamais on n’a soigné autant de maladies, jamais on n’a été autant en capacité de traiter la douleur, y compris celle de nos agonies, jamais on n’a voyagé avec une telle sécurité, jamais on n’a pu lutter avec autant d’efficacité contre la famine, jamais autant de gens n’ont eu accès à l’instruction, etc. De ce point de vue, je suis très partisan de la philosophie de mon ami Michel Serre, lequel refusait catégoriquement la complainte du « c’était mieux avant ». C’est vrai que lorsqu’on voit Trump et Bolsonaro, on peut se demander ce qui nous arrive. Mais souvenons-nous qu’avant il y avait Hitler et Mussolini. Comparaison n’est pas raison, sans doute, mais tout de même, un peu de connaissance historique doit nous permettre de tempérer notre pessimisme. Il y a certes des invariants dans l’histoire, c’est que nous disions en début d’entretien à propos du fanatisme par exemple, mais d’autres choses changent. L’homme n’a certainement pas changé la condition humaine, c’est vrai, mais il l’a cependant beaucoup améliorée. Rien ne fonde ni le pessimisme, ni l’optimisme, qui ne sont d’ailleurs pas des vérités, mais simplement des manières de réagir. Néanmoins, on devrait rééquilibrer le pessimisme actuel à l’aide de considérations positives sur notre époque.

Précisément, c’est souvent à l’aune de ce recul historique que s’exprime cette inquiétude face à l’avenir. Ceux qui mesurent combien la condition humaine s’est améliorée depuis l’après-guerre, s’alarment du fait que notre modèle civilisationnel est en train de la détériorer, en limitant notamment l’accès à l’emploi, à l’éducation, à la santé, etc., ou en produisant des innovations capables de détruire l’humain et la planète.

Je ne suis pas en train de vous dire que tout va bien. Je suis en train de vous dire que tout va mieux. Au regard des siècles, pas au regard des décennies. Chaque outil technologique est une lame de couteau en ce sens qu’il est susceptible de produire autant de bien que de mal. Chaque progrès est en capacité d’être destructeur. Entre le médicament et le poison, c’est juste une question de dosage. A travers l’histoire, chaque progrès dans la diffusion du savoir s’est accompagné de fanatisme et d’obscurantisme. D’où la nécessité absolue de prendre conscience du fait que nous ne devons pas jouer les apprentis sorciers, ne pas nous mettre en situation d’être les victimes de progrès qui peuvent s’avérer délétères. Mais pour moi, il s’agit de lucidité critique à ne pas confondre avec le pessimisme.

Vous parlez de Michel Serre. « Petite poucette », l’un de ses personnages philosophiques, est le symbole de notre génération numérique. Il la montre à la fois heureuse de profiter des nouvelles technologies qui façonnent un monde nouveau et, en même temps, inquiète des conséquences désastreuses qu’elles engendrent. Voyez-vous en elle une figure de l’optimisme tel que vous le définissez ?

Oui, dans la mesure où elle fait le constat que ça ne va pas, pour tout de suite après se demander comment faire pour changer les choses. Le pessimiste, c’est celui qui dit ça ne va pas, ça sera pire demain et donc je me retire. L’optimiste, c’est celui qui dit ça ne va pas, donc je m’engage. Etre optimiste n’empêche pas d’être lucide, critique et offensif. C’est Tristan Bernard qui disait que le comble de l’optimisme, c’est d’entrer dans un restaurant sans un sou et de commander des huîtres en espérant y trouver une perle pour payer l’addition. Çà, c’est la caricature de l’optimisme. Je préfère la formule du philosophe Alain qui disait que l’optimisme, c’est l’intelligence alliée au courage.

Notre époque a progressé de façon extraordinaire dans tous les domaines matériels. Mais aucun objet, si perfectionné soit-il, ne rend heureux, car la quête du sens se fait à mains nues. 

Ce mal-être ressenti à notre époque ne tient-il pas au fait que parmi toutes les crises, celle du sens est peut-être la plus aiguë ? Le progrès matériel n’a pas eu raison de l’angoisse existentielle. C’est finalement le coeur de votre oeuvre.

Oui, c’est tout à fait vrai. Notre époque, depuis grosso modo une centaine d’années, a progressé de façon extraordinaire dans tous les domaines matériels. Mais aucun objet, si perfectionné soit-il, ne rend heureux, car la quête du sens se fait à mains nues. Je dirais même l’esprit nu. Le progrès matériel ne doit pas dissimuler à chaque individu qu’il a un chemin spirituel à faire, un chemin de sagesse. Ca n’est jamais donné. N’importe quel objet peut être donné, la sagesse ne peut pas l’être malheureusement, sinon de nous-mêmes à nous-mêmes. Dans l’ordre du spirituel, rien ne peut être donné, tout doit être produit par soi-même au prix d’un trajet comprenant parfois des haltes et des retours en arrière. Aucune époque ne peut empêcher un homme d’être un homme et d’avoir des soucis d’homme et de faire un chemin d’homme pour aller vers la sagesse. En sachant qu’on ne fait jamais que tendre vers la sagesse, on éprouve un désir de sagesse, ce qui nous fait avancer. Mais dans nos sociétés, ce n’est pas la première chose que l’on dit à quelqu’un. On lui dira plutôt qu’on va combler tous ses désirs avec un chèque, une jolie voiture ou la promesse de vacances de rêve. On ne parle pas du tout de l’essentiel. En revanche, dans des sociétés plus rustiques, dépourvues de technologies, on va au contraire tout de suite à l’essentiel, parce que la fausse illusion de complétude donnée par les objets n’existe pas. Dans certains endroits où les gens n’ont rien, leur acceptation de la condition humaine est remarquable. Tandis que chez nous, les objets qu’on nous présente comme des buts et des moyens de nous réaliser, sont en réalité souvent des obstacles à la réalisation intime et spirituelle.

Au cours des vingt dernières années, quelle personnalité vous a marqué ?

Je vais sans doute vous surprendre, mais je songe à Michael Jackson. Je vois en lui un personnage emblématique de notre temps. Parce que cet homme a voulu tout refuser de la nature et de la condition humaine : sa couleur de peau, son âge, sa virilité, sa décréptitude physique, au point de transformer profondément son corps, de vivre dans un parc d’attraction et de dormir dans un caisson de décompression. Il possédait bien sûr un talent hors norme de danseur et de chanteur. C’était un showman fabuleux devant lequel je suis éperdu d’admiration. Mais il incarne tout ce que notre époque peut avoir de rêves anti-nature, de rêves anti-vie, de désirs d’ivresse technologique et scientifique. Il personnifiait également le pathétique de ce que notre société actuelle propose. Je parle de ce leitmotiv pathétique qui consiste à dire aux gens refusez-vous et réinventez-vous, devenez votre propre auteur. Rien n’est plus faux. On ne peut pas être l’auteur de soi-même, nous sommes tous la suite d’une histoire qui a commencé bien avant nous. Si nous n’avons pas la sagesse d’admettre cela, alors nous sommes condamnés à ressembler à Michael Jackson en faisant l’expérience de la détresse et du malheur. Ce refus absolu de la condition humaine l’a conduit à mourir jeune et drogué aux antidépresseurs.

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