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De Standing Rock à Bruxelles, un mouvement amérindien à l’attaque des banques

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Deux « indiens » dans la ville. Nataanii et Wašté sont Sioux et ont rallié Bruxelles à l’occasion de la venue de Donald Trump, afin de faire connaitre le combat environnementaliste des peuples amérindiens. 

 

L’image est forte. L’image et le son, à vrai dire : d’un côté un jardin aux portes de l’été, en plein centre de Bruxelles, comme un ilot vert et paisible. De l’autre, des sirènes de police et le bruit assourdissant des pales d’un hélicoptère, au-dessus des têtes. « L’hélicoptère, c’est normal pour moi », lâche Nataanii Means, assis sur un banc en bois dans le jardin. Membre de la tribu des Oglalas, l’un des sept clans amérindiens formant la tribu des Sioux Lakotas, il fait partie de la délégation des « protecteurs de l’eau », venus en Europe pour défendre la cause de Standing Rock. « La cible est à l’intérieur de moi, la cible c’est mon camp, ma maison », précise-t-il, symbolique.

Comme des milliers d’autres, le jeune activiste aux cheveux tirés en arrière est passé par le camp d’Očeti Šakowin, jusqu’à l’expulsion des militants en février dernier. Le campement était le dernier bastion physique des protestations indigènes contre la construction d’un oléoduc, le pipeline « Dakota Access », près de la réserve de Standing Rock. Malgré des mois passés à tenir pacifiquement les lieux et à marcher à travers tout le pays pour faire entendre leur voix, la nouvelle administration Trump a fait fi de leur opposition au projet. L’oléoduc terminé en mars 2017, le pétrole circule dans les larges conduites de ce « serpent noir » depuis le 14 mai. Le pipeline passe notamment sous la rivière Missouri, menaçant les réserves d’eau dont dépendent les indigènes.

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©AFP PHOTO / Robyn BECK

Une dizaine de jours plus tard, Nataanii est bien loin de chez lui, dans une capitale belge bourdonnante qui attend d’un instant à l’autre l’arrivée du président américain. Du côté du petit groupe d’Aborigènes, l’attention est focalisée sur une autre mission : « Nous sommes ici pour informer les Européens, mais aussi les gens de chez nous, sur ce dans quoi les banques investissent. Des projets comme le pipeline Dakota Access ou l’oléoduc Keystone… Ce que financent et soutiennent les banques », explique celui qui est également un artiste hip hop.

C’est la lutte tribale

Car, bien que la bataille contre le Dakota Access ait été perdue, la lutte continue pour ces autochtones. Un combat qui les a placé rapidement et naturellement en tête de gondole du mouvement écologiste américain. « Native Nations Rise » – « les Premières nations se lèvent », adoptant naturellement la cause environmentale, indissociable du respect de leurs droits.

« C’est fou de penser qu’on a élevé la voix pour de l’eau et que c’est devenu un mouvement si important », note Wašté Win Young, qui fait partie des tribus de Wichiyena Dakota et de Hunkpapa Lakota. D’août 2016 à février 2017, elle a campé avec sa famille au confluent des rivières de Cannonball et Missouri, l’épicentre du mouvement #NoDAPL (« non au Dakota Acces Pipeline ») – aussi connu sous le nom de camp de Očeti Šakowin.

Bruxelles comme porte-voix

« On dirait que les Européens se soucient plus de l’environnement, des droits de l’Homme et de ceux des Indigènes que les Américains », affirme Wašté. Elle aussi s’est rendue ce 24 mai à Bruxelles dans l’espoir de faire passer le message des Amérindiens, notamment à l’occasion de la marche bruxelloise contre Donald Trump durant laquelle son groupe prendra la parole.

Mais la proximité avec son président n’émeut pas Nataanii. « La seule raison pour laquelle le reste du monde a peur de Donald Trump, c’est parce que tous commencent à être traités comme nous l’avons été« , professe-t-il dans un sourire – jaune. « Pour moi, c’est devenu normal. Mais vous, êtes-vous prêts à vous battre ? C’est ainsi que les révolutions commencent ».

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