Paris Match Belgique

« Il faut parler de la mort à temps, tant qu’il fait beau »

"Il faut parler de la mort à temps, tant qu'il fait beau"

Gabriel Ringlet, pretre, auteur, ancien vice-recteur de l'UCL. | © Alexis Haulot

Société

Prêtre, théologien, écrivain, poète, Gabriel Ringlet a été professeur de journalisme et vice-recteur de l’UCLouvain. Depuis longtemps, il accompagne, parmi d’autres, ceux qui quittent la vie. À l’heure où beaucoup s’en vont, emportés par le coronavirus, Paris Match Belgique l’a interrogé sur le sens à trouver dans cette crise sans précédent. L’auteur de La grâce des jours uniques en voit-il au travers de ceux que nous vivons ?

 

Paris Match Belgique. Le coronavirus oblige de nombreuses personnes, et leurs proches, à regarder la mort en face. Longtemps, cette attitude a semblé naturelle. Or, de nos jours et dans notre société, on s’efforce de nier la mort, de la faire disparaître, comme si elle n’était pas une donnée essentielle de la vie.

Gabriel Ringlet. Regarder la mort en face, oui. Et pour la regarder en face par temps de pandémie, il faudrait la regarder en face dans les jours les plus ordinaires. À ce propos, je repense à une émission de radio qui m’avait beaucoup marqué en son temps. C’était un jour de Toussaint. Le journaliste qui présentait un sujet sur la mort a commencé son émission par ces mots : « Amis auditeurs, il fait beau : parlons de la mort ! « . Cette formule légère qui se voulait un simple accrochage journalistique, je me suis permis de la récupérer car, à mes yeux, elle révèle un combat essentiel : il faut parler de la mort, il faut en parler à temps, « tant qu’il fait beau », quand nous allons bien, quand nous sommes en forme, et en parler, notamment, avec les plus jeunes, y compris les très petits. Si la mort n’est pas une conversation « naturelle » dès la plus tendre enfance, on sait comme elle peut nous laminer quand elle surgit. Et pas uniquement par temps de corona. Elle peut surgir brutalement, en quelques secondes : un suicide, un accident de la route, une rupture d’anévrisme, etc. Raison de plus d’en parler avant. Tant qu’il fait beau. En fait, l’enjeu, pour chacune, pour chacun d’entre nous, je veux dire l’enjeu d’une vie vraie et belle, c’est de devenir capable de mettre la mort au monde.

Je suis convaincu qu’une société qui n’apprend pas à mourir toute sa mort n’est pas capable de vivre toute sa vie.

Qu’entendez-vous par là ?

Là encore, j’ai souvenir d’une « anecdote » un peu ancienne au moment de la guerre à Sarajevo. L’hôpital de Dobrinja, un des quartiers de la ville, est complètement dépassé. Ce tout petit hôpital voit arriver chaque jour une cinquantaine de blessés, et notamment, ce jour-là, un jeune atteint par de multiples éclats et qui doit être opéré pendant six heures par les chirurgiens tandis que derrière le rideau, une jeune femme est en passe d’accoucher. Lorsque le blessé se réveille après l’intervention, on entend vagir le bébé qui vient justement de naître. Le jeune homme interpelle alors le chirurgien qui prend de ses nouvelles et lui demande avec le plus grand sérieux : « Dites, docteur, est-ce moi qui viens d’accoucher ? ». C’est là que, personnellement, je situe le cœur de la réflexion : face à la mort, face à la mort de l’autre, face à ma propre mort, une question essentielle se pose : est-ce moi qui viens d’accoucher ? Personne n’échappe à cette mise au monde. Mais comment la faciliter ? Il me paraît important, au départ, de réaffirmer une chose toute simple, que nous oublions quelquefois : la mort ne vient pas de l’extérieur ; la mort est en nous, la mort est une partie intime de nous-mêmes. Je suis convaincu qu’une société qui n’apprend pas à mourir toute sa mort n’est pas capable de vivre toute sa vie.

"Il faut parler de la mort à temps, tant qu'il fait beau"
© JC Guillaume

Mais alors la question rebondit : comment mourir toute sa mort ?

Je vais risquer une proposition qui tient en deux formules : devancer l’adieu et accompagner la mort. Devancer l’adieu, tout d’abord. J’emprunte l’expression au romancier Jean Sulivan qui a consacré un livre à la mort de sa mère intitulé « Devancer tout adieu » (Gallimard). « Ceux que l’on aime », dit-il dans ce livre exigeant, parfois déconcertant, « il vaut mieux leur dire adieu bien longtemps avant l’heure dernière, en pleine santé, pour les retrouver autrement, mieux. » Je voudrais être sûr que nous nous comprenons bien : Sulivan ne veut pas du tout donner mauvaise conscience à celles et ceux qui auraient « laissé partir » un proche sans lui dire adieu. C’est beaucoup plus fondamental que cela. L’invitation à « devancer tout adieu » s’adresse à nous, maintenant. Ça concerne notre vie quotidienne. Devancer l’adieu, c’est une manière de vivre, de se faire libre intérieurement, de s’alléger. Devancer l’adieu, c’est inviter les vivants à vivre encore plus intensément l’aujourd’hui de la rencontre. « Chacun veut croire qu’il y a le présent, le passé et l’avenir, que la mort et l’éternité sont au bout. » Non, dit encore Sulivan, « elle n’est pas au bout du chemin la mort. Elle fait partie. Elle marche avec nos pas. Elle prépare le café du matin, rit, chante ou pleure avec nous. » En d’autres termes, le véritable enjeu, c’est d’être vivant avant la mort. Car « si nous ne sommes pas éternels au moment de notre mort, nous ne le serons jamais », dit le théologien Maurice Zundel. Ensuite, accompagner la mort. Accompagner, cum pane, cela veut dire partager le pain. Ou, si vous préférez, viatique, faire route avec. Nous avons besoin de quelqu’un pour entrer dans ce monde. Personne ne va contester cela. Nous avons aussi besoin de quelqu’un pour en sortir. Accompagner, c’est faciliter le passage. Et cela s’apprend, devenir passeur. Je voudrais même, personnellement, que cela s’apprenne dès l’enfance. Ce qui est terrible avec la crise du corona, c’est que, parfois, l’accompagnement de ce passage est devenu très difficile, voire impossible.

Devancer l’adieu, c’est inviter les vivants à vivre encore plus intensément l’aujourd’hui de la rencontre

Cette crise révèle aussi le fait que la santé s’est hissée au premier rang des valeurs de notre société. Doit-on pour autant tout lui sacrifier ?

La santé est une question essentielle pour chacune et chacun de nous. Et nous savons à quel point, quand ça nous arrive, la maladie peut nous désagréger. On a le sentiment qu’un étranger est entré en nous, et qu’il nous rend étranger aux autres et à nous-même. Mais la santé n’est pas qu’une affaire physique. On a l’impression que souvent, durant cette pandémie, la vie a surtout été regardée à travers sa dimension biologique alors que sa dimension symbolique est tout aussi essentielle. En fait, pendant le corona, on a tenté de protéger au maximum une seule dimension de l’existence alors que la mort frappait bien plus largement et continue d’ailleurs à frapper dans le silence des lieux les plus précarisés : cachez cette mort que je ne saurais voir ! Comprenez-moi bien. Je ne nie pas la nécessité d’une prudence sanitaire. Mais cette extrême prudence ne doit pas passer sous silence ce qu’il en coûte d’être privé de symbolique. Protéger notre santé physique, c’est bien. Mais a-t-on suffisamment pensé à protéger aussi notre santé morale, relationnelle, spirituelle ?

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Voyez-vous une volonté de toute puissance dans les mesures prises ?

J’y vois d’abord une faiblesse d’analyse de ce qu’est une vie bonne. Mourir de solitude est encore bien plus grave que mourir du corona. Et cela, il faudra absolument le retenir, même quand le Covid-19 s’éloignera vraiment. L’isolement, la précarité, la souffrance morale, la souffrance spirituelle de bien des citoyens ne va pas s’éloigner comme par enchantement. Et je ne connais pas de laboratoire qui travaille à un vaccin pour se prémunir de la solitude. Par contre le « vaccin » de la fraternité, de la solidarité, nous en disposons déjà.

Le « vaccin » de la fraternité, de la solidarité, nous en disposons déjà

Le refus de la mort et de la maladie, finalement de la condition humaine, ne trahit-il pas notre rêve d’immortalité, celui que les prophètes du transhumanisme nous disent à portée de main ?

Il ne faut pas se tromper d’immortalité ! « L’espoir d’une survie éternelle me paraît aussi redoutable qu’illusoire », m’écrivait un lecteur sincèrement soucieux de dialogue. « Redoutable », j’accepte. Une femme en sait quelque chose devant le tombeau vide. Et face à ce vide, elle « imagine » le christianisme. « Redoutable », en effet. Mais « Illusoire » ? Pour trouver un sens, et parce qu’il est trop pénible de se heurter au mur de l’insupportable finitude, et parce qu’il n’est pas facile de voir l’autre qu’on aimait tant rejoindre le néant, pour se consoler, on aurait inventé la suite de la partition. Ou alors, dans le délire transhumaniste, la volonté d’une partition qui ne s’achève pas. Oui, peut-être, si on regarde la vie éternelle de façon individualiste, et surtout si on la situe uniquement « à la fin ». Mais si l’éternité se jouait dans l’instant ? Si elle était déjà à l’œuvre maintenant ? Si la résurrection commençait avant la mort ? Si l’ »au-delà » était d’abord un « en dedans » ? Doit-on parler de vie « éternelle » ou de vie « internelle » ? Pour toucher au mystère, il faut oser frapper à la porte de l’imaginaire. Comme le dit le théologien et exégète Daniel Marguerat, seule une approche poétique permet de donner sens à l’éternité sans la violer.

Et si l’éternité se jouait dans l’instant ?

Vous parliez de cette mort que l’on ne saurait voir. Derrière les murs des hôpitaux et surtout des maisons de repos, cette mort « cachée » a provoqué une véritable hécatombe parmi les plus âgés. Cela nous interroge sur le statut du « vieux » aujourd’hui. La science prolonge nos jours, mais pour quoi faire ? Pour attendre plus longtemps la fin au soir d’une vie qui a perdu toute sa saveur ? 

Là encore, la question du sens est posée dans toute son ampleur : en quoi le « vieux » est-il un poids ou une chance, je dirais même une grâce pour les générations qui suivent ? Quel regard porte-t-on sur sa fragilité, sa dépendance ? Quel temps est-on prêt à lui accorder pour alléger sa vulnérabilité ? Il reste beaucoup à faire en termes d’imagination du soin du côté gériatrique. Et cela ne contredit pas la nécessité, en parallèle, d’une réflexion sur le sens d’une prolongation « jusqu’au-boutiste » de la vie, ce qui ne vaut d’ailleurs pas que pour les vieux. J’ai souvenir que lors d’une conférence autour des soins palliatifs, le professeur Régis Aubry nous a raconté l’histoire d’une jeune femme dont le cancer du sein provoquait des métastases dans les os et le cerveau. L’oncologue qui lui appliqué un nouveau traitement vient lui dire : « Magnifique ! Le traitement fonctionne. Le cancer est stoppé. Il y a dix ans, vous n’auriez pas survécu ». Réponse de la jeune dame : « Dans mon état de survie, j’aurais préféré mourir ». Et le professeur Aubry de s’interroger : « La médecine progresse technologiquement de manière spectaculaire. Elle va pouvoir, grâce à ses traitements, maintenir en vie quelqu’un atteint du cancer pendant vingt ou trente ans, dans une extrême fragilité. Quel est le sens ? ». Oui, quel est le sens de produire de la vie en produisant aussi de la souffrance ?Heureusement, les soins palliatifs peuvent faire éclater le champ de la médecine et amener à soigner autrement. Mais cette approche plus lente, qui prend son temps et accompagne sur plusieurs plans, est très exigeante. C’est aussi pour sauvegarder la santé des soignants qu’il faut encourager la médecine à prendre certains tournants.

"Il faut parler de la mort à temps, tant qu'il fait beau"
© Belga Photo / BENOIT DOPPAGNE

Les soignants justement, la pandémie a montré plus que jamais qu’ils sont les laissés-pour-compte d’un système déshumanisé et miné par la culture du rendement.

C’est déjà et ce sera, de plus en plus, une des grandes leçons de cette crise : la solidarité en acte du monde des soignants qui n’a pas attendu la crise du Covid pour se montrer proche des plus souffrants, et dans des conditions de beaucoup trop grande précarité. Mais il est important d’élargir la notion de soin et de ne pas la regarder uniquement à travers les hôpitaux ou les maisons de repos. Le soin dont nous avons besoin touche à la santé dans un sens très large : soin du corps, de l’esprit, de la relation, et soin de l’âme aussi. Dans mon Prieuré de Malèves-Sainte-Marie, à côté de « L’École des rites » qui s’ouvrira dès que le corona s’écartera, nous voulons aussi ouvrir une « École du prendre soin ». Au sens où Cynthia Fleury dit si justement que « le soin est un humanisme ». Elle veut rendre ses lettres de noblesse à la vulnérabilité et rappeler que soigner est une chose difficile, parfois ingrate, parfois gratifiante mais qui, toujours, prend du temps. Ce temps qu’un système déshumanisé nous confisque. La pandémie nous révèle qu’il est urgent de soigner l’incurie du monde. « Quand la civilisation n’est pas soin, elle n’est rien », dit encore la philosophe et psychanalyste qui plaide pour une nouvelle vision imaginative du prendre soin.

Vous attachez beaucoup d’importance aux rites. Quelle doit être leur place dans les services hospitaliers dédiés à l’accompagnement de ceux qui s’en vont ?

Cet accompagnement est fondamental et peut s’exprimer de multiples manières, y compris à travers les gestes les plus simples du quotidien. À commencer par l’accompagnement esthétique. Je pense au soin des cheveux. J’ai vu la joie qu’apportait à « ceux qui s’en vont » le passage du coiffeur ou de la coiffeuse. Et dire que nos gouvernants considèrent cela comme non essentiel ! J’ai vu le bonheur d’un verni à ongles chez une dame qui allait mourir le lendemain. Quelle chance pour elle, pour ses proches, d’être ainsi partie dans la coquetterie. Mais je pense aussi, bien sûr, que le rite trouve toute sa place au moment du grand départ. Je suis témoin, très régulièrement, du bel encouragement que représente un moment rituel, même dans l’étroitesse d’une petite chambre. Déposer un linge blanc sur une table et le parsemer de pétales de fleurs, allumer une bougie, écouter une musique, échanger quelques photos, dire quelques mots, offrir une onction d’huile parfumée, sur le front, sur les mains, donner une bénédiction, etc. En fait, le plus longtemps possible, jusqu’au bout d’une existence, encourager l’imagination pour mettre tous les sens en éveil. On ne mesure pas assez à quel point la force du symbolique, la grâce du rituel, le soin de l’âme apportent de la sérénité et encouragent la traversée, quelles que soient les convictions particulières. Car l’accompagnement spirituel dont je parle est d’abord, fondamentalement, humaniste.

Au lieu de fustiger nos jeunes, il serait temps de leur demander pardon !

Nous parlons des « vieux », mais les « jeunes », ne paient-ils pas, eux aussi, un tribut au covid ?

J’ai lu à ce propos, dans la magazine L’Appel de décembre, une réflexion de l’écrivaine Isabelle Bary, qui m’a beaucoup touché et que je rejoins largement quand elle dit qu’au lieu de fustiger nos jeunes, il serait temps de leur demander pardon ! Elle évoque ces jeunes « muselés, bridés, privés de joie, de sorties, de révolution, d’un apprentissage digne ». Et on les traite d’égoïstes ! s’exclame-t-elle. On leur dit : « Ne sortez pas, ne touchez pas, n’embrassez pas, ne faites plus de sport, ne vous cultivez plus, n’étudiez plus, ne voyagez plus… Enfermez-vous ! ». Et surtout : « Ne tuez pas vos grands-parents ! », comme titrait un journal. Et Isabelle Bary d’ajouter encore : « Cette nouvelle génération est notre porte de sortie. Elle seule peut réinventer demain (…) Libérons nos jeunes de la culpabilité ! Laissons-les à leur idéalisme, à leur joie et leur créativité « .

La crise sanitaire confirme-t-elle l’individualisme forcené de notre époque ? Ou bien montre-t-elle également que des solidarités sont encore possibles ?

Dans son tout récent livre, « Un temps pour changer », le pape François répond bien, je trouve, à votre question. D’un côté, il dénonce une sorte de « je m’en-foutisme » (menegreghismo en italien) qui empêche ou retarde la solidarité. Un repli identitaire où l’individualisme, de fait, le narcissisme et même l’indifférence semblent l’emporter. Mais d’un autre côté, cette crise a fait naître de nouvelles lucidités. La pandémie du corona a révélé toutes « les autres pandémies de notre temps », dit encore le pape : la faim, la violence, le changement climatique… Sans parler de tous nos « Covid personnels », dit-il encore, où nous voilà interrogés dans nos propres souffrances, nos certitudes trop simplistes, nos idéologies. Oser quitter ses zones de confort et partir en exil à l’intérieur de soi-même, voilà qui peut ouvrir l’espace, désigner un nouvel horizon, favoriser de nouvelles solidarités.

Serons-nous, au sortir de cette crise, des sages-femmes, et des sages-hommes capables d’aider à de nouveaux accouchements collectifs ?

Qu’espérez-vous que la pandémie et le confinement puissent nous enseigner ? De quelles interrogations peuvent-ils être porteurs ?

C’est peut-être le sens de la naissance que la crise du Covid-19 est venue interroger de plein fouet. À ce propos, je rejoins la réflexion de Delphine Horvilleur, rabbin à Paris. J’ai découvert un texte d’elle où elle explique que le mot crise, en hébreu, se dit mashbèr, un terme qui désigne aussi le tabouret sur lequel, traditionnellement, les femmes s’installaient pour accoucher. Autrement dit, il y a, jusque dans la langue elle-même, une relation étroite entre la crise et la salle d’accouchement. Je me suis trouvé moi-même, il y a quelques temps, dans une salle d’accouchement, pour la naissance d’un tout petit. Nous sommes là, dans le confinement, au cœur de la fragilité. On mesure, à ce moment-là, de manière très concrète, en voyant arriver le bébé, notre propre petitesse, notre propre vulnérabilité. Alors, j’espère que cette pandémie va nous secouer sur deux plans. Nous rappeler d’abord le peu de choses auquel tient la vie. Ce n’est pas péjoratif ce « peu » là. C’est redire que la grandeur de l’homme s’inscrit dans la fragilité de ce peu. Et ensuite nous encourager à faire naître et à faire grandir davantage cette humanité qui est en nous. Mais qui est aussi plus large que nous. Serons-nous, au sortir de cette crise, des sages-femmes, et des sages-hommes capables d’aider à de nouveaux accouchements collectifs ? Cette crise est peut-être venue nous dire aussi quelque chose de la force de l’étroitesse. Je marche sur des œufs en affirmant cela. L’étroitesse d’une toute petite chambre de maison de repos, sans visite, n’est pas une force ni une chance, mais un drame. Par contre, le confinement nous a parfois aidés à découvrir des régions de nous-mêmes que nous ne connaissions pas, ou que nous avions délaissées. On a vu surgir pas mal d’inventivité dans l’étroitesse. Certaines et certains ont retrouvé une force d’émerveillement, une capacité de poésie, une liberté intérieure qu’ils ne soupçonnaient peut-être pas. Si le virus pouvait nous avoir révélé des qualités appartenant à nos propres terres et, jusqu’ici, trop peu exploitées, ce serait une très bonne nouvelle.

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