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Marius Gilbert : « Nous entamons une course contre la montre face au variant britannique »

Marius Gilbert : « Le variant britannique va se répandre en Belgique, cela fait peu de doute. Je ne vois pas de raison pour imaginer que ce qui s’est passé au Royaume-Uni ne puisse se produire chez nous. Mais on voit que, là-bas, ce variant a eu besoin de plusieurs semaines pour se propager, ce qui nous laisse un peu de marge .» | © Belga/Olivier Pollet

Société

« Les prochaines semaines demanderont encore une extrême vigilance », prévient Marius Gilbert. L’épidémiologiste évoque aussi le « monde d’après » : « J’espère que nous resterons sensibles à ce que nous avons appris ou réappris pendant cette crise. Que ce soit à l’égard de nos failles sociétales, de l’importance de protéger les plus fragiles, de préserver les liens entre les générations et un accès aux soins de qualité, d’arrêter de détruire l’environnement. Par-dessus tout, ce virus a démontré notre capacité à faire avancer ce monde par la force du collectif » .

Au tout début de la crise sanitaire, nous étions dubitatifs lorsque Marius Gilbert nous déclarait qu’il faudrait sans doute « cohabiter avec le virus pendant des mois, voire un an ». Mais voilà que nous sommes déjà au-delà de cette prévision : les autorités chinoises signalèrent les premiers cas d’infection par un microbe inconnu à la toute fin du mois de décembre 2019. Quelques jours plus tard, l’Organisation mondiale de la santé évoquait une quarantaine de contaminations liées à des expositions sur un marché aux poissons à Wuhan. « A ce stade, il n’y a pas de preuve évidente de transmission interhumaine », disait alors l’OMS…

Le 12 janvier 2020, la Chine communiquait la séquence génétique du SARS-CoV-2, la nouvelle forme du « syndrome respiratoire aigu sévère ». L’ère du « nouveau coronavirus » commençait. Personne n’imaginait encore à quel point le monde allait être affecté. Personne n’anticipait qu’en une année à peine, cet intrus inattendu allait tuer près de deux millions de fois dans le monde, dont plus de 20 000 fois en Belgique. Des morts, trop de morts. Et des mots qui sont entrés dans nos vies : confinement, déconfinement, reconfinement, distanciation sociale…

C’est peu d’écrire que le coronavirus nous a stupéfié, qu’il nous a forcé à (re)prendre conscience de nos fragilités, de nos failles pourtant déjà dénoncées par la « génération Greta » avant cette crise. Le tribut réclamé par le virus est lourd : économie en berne, vie sociale au rabais, culture en déconfiture, familles en difficulté, inflation des problèmes de santé mentale… Alors on se nourrit d’espoir, de rêves d’un « monde d’après », où les hommes plus « collectifs » vivraient sur une planète plus respectée. Mirage ? On en parle à la fin de cette nouvelle conversation avec Marius Gilbert. Mais, d’abord, l’épidémiologiste commente l’état de la crise sanitaire. Retrouvera-t-on bientôt une « vie normale » ? Comment appréhender le taux de contamination qui augmente à nouveau en Belgique ? A quel point doit-on être alerté par l’arrivée du « variant britannique » ?

« On pourrait se retrouver dans une configuration où des personnes ayant bénéficié de la première phase de vaccination ne seraient plus totalement protégées pendant l’hiver prochain »

Paris Match. Le retour à un semblant de « vie normale », c’est pour quand ?

Marius Gilbert. Il y a encore beaucoup d’incertitudes mais, dans le champ des possibles, l’espoir le plus réaliste est que, d’ici l’été prochain, peut-être déjà en mai-juin, toutes les personnes dites « à risque » soient vaccinées. Si cet objectif est atteint, ceux qui sont le plus exposés à la potentialité de complications sévères seront protégés et, par conséquent, le risque de saturation du système hospitalier qui nous a hanté depuis le début de la crise sanitaire sera écarté. Dans cette configuration, le virus circulerait encore, mais avec un impact beaucoup moins important en termes d’hospitalisations et de mortalité ; on se rapprocherait d’une situation sanitaire qu’on peut rencontrer en période de grippe saisonnière. Ce qui permettrait d’envisager le retour d’une « vie normale » impliquant un accès complètement rétabli aux lieux de culture, à l’ensemble des commerces, aux écoles… Cet espoir est renforcé par le fait qu’en été, le climat plus clément incite à vivre plus à l’extérieur et permet de mieux ventiler les habitations, ce qui limite la propagation du virus.

Le ministre fédéral de la Santé estime que le fameux seuil de 70 % de personnes vaccinées permettant le développement d’une immunité collective pourrait être atteint dans le courant du mois de septembre 2021. N’est-ce pas très optimiste ?

Cette annonce nous donne de l’espoir. On en a besoin après ces mois de crise sanitaire. Mais, de fait, il s’agit d’une vision de l’avenir très optimiste, alors que subsistent un certain nombre d’inconnues qui ne sauraient être minimisées. Il ne peut être exclu que des difficultés se présentent en termes de livraison de vaccins. Aussi, il reste à mettre en place quelque 200 centres de vaccination. De plus, on ne sait pas quel sera le taux d’adhésion de la population au processus de vaccination. Pour l’instant, celui-ci semble élevé, mais il faut tenir compte du fait qu’on cible des personnes à risque et qu’on va à leur rencontre dans les maisons de repos. Mais comment se positionnera une population plus jeune à laquelle on dira en plein été de se rendre volontairement dans des centres de vaccination ? Par ailleurs, on ne connaît pas encore la durée de protection qu’offrent les vaccins. Dans un scénario pessimiste que je ne privilégie pas mais qui, en même temps, ne saurait être totalement écarté, on pourrait se retrouver dans une configuration où des personnes ayant bénéficié de la première phase de vaccination ne seraient plus totalement protégées pendant l’hiver prochain. Enfin, il n’est pas totalement exclu que, d’ici à l’été, nous puissions être confrontés à de nouvelles souches du virus pour lesquelles les vaccins se montreraient moins efficaces. Encore que cette inconnue-là m’apparaît moins préoccupante, dans la mesure où la technologie des vaccins à ARN messager permet de s’adapter très rapidement aux nouvelles souches.

Marius Gilbert : « On ne connaît pas encore la durée de protection qu’offrent les vaccins » ©PHOTOPQR/LE PROGRES/Catherine AULAZ 

La durée et la qualité de la protection immunitaire offertes par les vaccins seront donc des questions clés durant ces prochains mois ?

Tout à fait. Si, par bonheur, la protection immunitaire dure un an ou plus, comme on peut aussi l’espérer, et que le ministre de la Santé atteint l’objectif ambitieux qu’il vient d’annoncer, on pourra mettre fin à la transmission de manière durable dès la fin de l’été.

Encore faudra-t-il aussi que tous les vaccins proposés soient sans effets secondaires. Quel est le degré de certitude à cet égard ?

On dispose d’assez de données pour être très confiants. Les effets secondaires observés sur les essais de phase 3 sont bénins (fièvre modérée, douleurs momentanées, céphalées). Il n’est pas exclu formellement que des effets plus graves puissent être constatés, mais ils devraient être très peu fréquents, puisqu’ils ne sont pas apparus lorsque les vaccins ont été testés sur de larges cohortes de patients. De plus, au fil des mois prochains, on accumulera un savoir sur les populations vaccinées qui permettra de prévoir dans quelles circonstances ces effets secondaires sont susceptibles de se produire.

Mais faut-il craindre de potentiels effets secondaires à long terme ?

On ne peut rien exclure, mais les mentions d’effets secondaires à long terme sont rares dans la littérature sur les vaccins. Généralement, ceux-ci se déclarent quand les personnes produisent leur réaction immunitaire. De plus, ils sont susceptibles de toucher des catégories de patients clairement identifiées lors de précédentes campagnes de vaccination. Enfin, les vaccins validés par l’Union européenne ont subi des tests cliniques sur des cohortes très importantes de sujets. A mon sens, on peut vraiment être confiant quant à leur innocuité.

Evoquer aujourd’hui le retour à la « vie normale », n’est-ce pas mettre la charrue avant les boeufs ? Tant il est évident qu’on peine à sortir de la seconde vague…

Certes, on n’est pas encore sorti de cette seconde vague et on observe aujourd’hui une reprise des cas positifs, visiblement liée au dépistage des personnes qui sont allées à l’étranger pendant les congés d’hiver. Mais la situation n’est pas si négative : les hospitalisations restent stables, alors qu’on aurait pu craindre un rebond bien plus important après les fêtes de fin d’année. Toutefois, se présente maintenant une nouvelle inconnue qui pourrait compliquer la donne : le variant B117, d’origine britannique.

En conséquence de quoi certains scientifiques prédisent une inévitable troisième vague. C’est le cas de l’immunologue Hans-Willem Snoeck (Université de Columbia) qui, additionnant la réouverture des écoles, la reprise d’activité dans le monde du travail et l’arrivée du variant britannique, se demande pourquoi on pense encore que ce qui arrive chez nos voisins n’arrivera pas en Belgique. Il a même eu cette formule choc sur les antennes de la VRT : « Nous sommes dans une situation où il y a un feu de forêt à l’horizon, et nous pouvons déjà sentir l’odeur du feu. »

Je relativiserai ce point de vue, car il faut tenir compte du fait que les pays où cela flambe actuellement n’ont pas connu une seconde vague aussi importante que la nôtre. On peut formuler l’hypothèse que cette circonstance joue en notre faveur.

De quelle manière ?

Nous avons eu une proportion relativement importante de la population qui a fait une infection au coronavirus pendant le mois de novembre. Dans certaines localités, le taux d’infection a pu atteindre les 20 % ou 30 %. Il n’est pas du tout question de parler d’immunité collective à ce stade, mais on peut estimer raisonnablement que ce nombre de personnes qui disposent d’anticorps contribuera à limiter la propagation de l’épidémie dans les semaines à venir. C’est aussi ce qui pourrait expliquer la situation plus favorable de la Belgique en ce moment par rapport à nos voisins.

« Le variant britannique pourrait nous forcer à prendre de mesures de prévention complémentaires pour éviter un nouveau rebond de l’épidémie »

S’agit-il de crier victoire ?

Surtout pas. Les prochaines semaines demanderont encore une extrême vigilance. L’immunologue que vous citiez le souligne à raison : il faudra être attentif à l’impact de la reprise après les vacances d’hiver, en ce compris la réouverture des écoles et des activités professionnelles. Inévitablement, cela se va se traduire par une augmentation du nombre de contacts sociaux. De même, il est fort probable le variant B117 finisse par se propager de manière importante en Belgique. Or, il est vrai que les informations dont on dispose à son égard sont inquiétantes : il serait nettement plus contagieux que les autres versions du virus qui ont circulé jusqu’ici. Pour les semaines à venir, il y a donc aussi une possibilité de scénario moins favorable : le variant britannique pourrait nous forcer à prendre de mesures de prévention complémentaires pour éviter un nouveau rebond de l’épidémie.

Vous nous parlez d’une possibilité de reconfinement total ?

Il faudra aviser en fonction des circonstances épidémiologiques. La vigilance et l’adaptabilité s’imposeront encore tant qu’on n’aura pas vacciné un nombre suffisant de personnes en Belgique. Nous entamons une course contre la montre face au variant britannique : il faut vacciner le plus vite possible pour limiter son impact. A ce jour, il n’y a pas de raison de penser que le vaccin qui est distribué actuellement soit inefficace contre le B117.

Cette « course contre la montre » a commencé à un rythme fort lent, ne trouvez-vous pas ?

Il y a en effet encore des problèmes de logistique et d’approvisionnement qui sont loin d’être réglés, mais c’est difficilement évitable dans les premières phases d’une campagne de vaccination de cette envergure. De plus, il faudra aussi évaluer la capacité des vaccinés à être encore contagieux ou pas. C’est une autre inconnue importante qui s’ajoute à celles que j’ai déjà évoquées.

« Ce serait une bien mauvaise idée de favoriser l’émergence d’une société à deux vitesses en précipitant l’instauration d’un « passeport sanitaire  »

Vu que les vaccinés seront éventuellement encore porteurs, ne faudra-t-il pas qu’ils continuent à être prudents pour les autres ?

Oui, bien entendu. Il est heureux qu’au niveau politique, personne n’envisage de créer des règles spécifiques pour vaccinés et non-vaccinés. A mon sens, que l’Etat autorise des accès à des lieux ou à des événements en fonction du statut de vaccination des personnes poserait des questions éthiques nécessitant un débat en profondeur. Ce serait une bien mauvaise idée de favoriser l’émergence d’une société à deux vitesses en précipitant l’instauration d’un « passeport sanitaire ».

Mais ces catégories ne sont-elles pas déjà envisagées par des acteurs privés ?

Inévitablement, ce débat viendra à l’agenda. Entre autres exemples, on peut imaginer que, dans les prochaines semaines, des compagnies aériennes décident de n’accepter que des passagers pouvant prouver leur vaccination. On entrevoit aussitôt les questions que cela suggérerait en termes de liberté de déplacement des personnes. L’enjeu sociétal sous-jacent est évident : évitons que la campagne de vaccination nous divise.

Dans le contexte actuel, ne faudrait-il pas interdire tout voyage non essentiel à l’étranger ?

D’évidence, alors que notre situation est plus favorable que dans nombre de pays et que se présente la question du variant B117, il faut maintenir, voire renforcer les mises en quarantaine ainsi que le dépistage des personnes qui reviennent d’un voyage à l’étranger. Peut-être même faudrait-il aller plus loin : cela n’aurait pas de sens de devoir maintenir des mesures de type couvre-feu en Belgique pour permettre à certains de voyager sans limite. On en revient toujours à ce jeu d’équilibrage que nous avons évoqué à plusieurs reprises dans nos conversations : plusieurs vannes peuvent être ouvertes et fermées pour limiter la transmission. Il s’agit toujours de choix de société.

En Belgique, nombre de scientifiques et de politiques martèlent que « les écoles ne sont pas le moteur de l’épidémie » et que « les jeunes sont moins sujets à des complications graves liées à une contamination par le SARS-CoV-2 ». Mais le Premier ministre anglais vient de déclarer lors du reconfinement de son pays pour plusieurs semaines qu’il fallait « fermer les écoles parce qu’elles peuvent être le vecteur de transmission du virus dans les familles ». Se trompe-t-il ?

On ne trouvera pas un épidémiologiste pour affirmer que le maintien des écoles ouvertes ne contribue pas à la transmission du virus dans la société. Le choix assumé de privilégier la qualité de l’enseignement, la sociabilisation et la santé mentale des élèves n’est donc pas neutre sur le plan sanitaire. Cependant, on est arrivé depuis les vacances de Toussaint à contrôler la transmission dans la société, et les écoles, bien qu’ouvertes, ne sont pas devenues des foyers importants de l’épidémie. Ce qu’on observe plutôt, c’est qu’il y a une corrélation entre le niveau de transmission dans les écoles et celui qu’on constate plus généralement dans le reste de la société. Dans ces dynamiques parallèles, il n’est vraiment pas simple de distinguer l’oeuf de la poule.

Le variant britannique n’est-il pas plus transmissible dans les populations jeunes ?

Il est plus transmissible d’une manière générale, mais il est encore trop tôt pour trancher la question d’une contagiosité particulière pour les enfants. C’est toutefois un point d’attention qu’il faudra maintenir. Durant ces dernières semaines, on a vu une transmission plus importante dans les écoles anglaises, qui s’est manifestée en parallèle de l’apparition du variant B117. Toutefois, on relèvera que l’enseignement était l’un des derniers secteurs encore ouverts en Angleterre. Il est donc possible que ce mutant soit plus transmissible pour tout le monde, mais que cela a été plus remarqué dans les écoles parce que c’était un des derniers endroits où il y avait encore des contacts sociaux importants. Cela dit, dans le contexte alarmant que connaît son pays, je comprends parfaitement la décision du Premier ministre anglais de fermer les écoles en parallèle de toute une série d’autres mesures. Les autorités sanitaires britanniques étaient dans une situation de dernier recours et devaient absolument reprendre le contrôle de l’épidémie.

Permettez-nous d’insister : le nouveau variant du virus venu d’Angleterre ne risque-il pas de nous impacter fortement ?

Le variant britannique va se répandre en Belgique, cela fait peu de doute. Je ne vois pas de raison pour imaginer que ce qui s’est passé au Royaume-Uni ne puisse se produire chez nous. Mais on voit que, là-bas, ce variant a eu besoin de plusieurs semaines pour se propager, ce qui nous laisse un peu de marge. Comme je le disais, on peut limiter les voyages à l’étranger et accélérer autant que possible la vaccination dans l’espoir qu’il fasse le moins de dégâts possible. Pour le reste, les armes à notre disposition sont celles qui sont déjà en place : distanciation sociale, dépistage, mise en quarantaine, etc.

Dans le contexte actuel où se présente la menace du nouveau variant et où l’on constate une hausse de la transmission, est-ce le moment d’évoquer un assouplissement des mesures ?

Certainement pas !

Marius Gilbert : « Cela n’aurait pas de sens de devoir maintenir des mesures de type couvre-feu en Belgique pour permettre à certains de voyager sans limite. On en revient toujours à ce jeu d’équilibrage que nous avons évoqué à plusieurs reprises dans nos conversations : plusieurs vannes peuvent être ouvertes et fermées pour limiter la transmission. Il s’agit toujours de choix de société. » ©PHOTOPQR/LE PROGRES/Maxime JEGAT

Le calendrier de vaccination des Belges a été beaucoup débattu. Quel est votre regard sur la question éminemment éthique de savoir qui doit être vacciné en premier, alors que le nombre de doses disponibles est insuffisant ?

A mon sens, les balises mises en place par le comité de bioéthique et les choix politiques qui en résultent sont bons : donner la priorité aux personnes âgées et à celles qui sont les plus « à risque ». La décision récente d’accélérer autant que possible la vaccination du personnel soignant va aussi dans la bonne direction, car il faut absolument limiter les transmissions toujours possibles en milieu médical et contrecarrer l’absentéisme pour cause de mise en quarantaine ou de maladie, qui complique encore un peu plus la tâche du secteur hospitalier.

Des voix se sont élevées pour critiquer les responsables politiques belges et plus généralement ceux de l’Union européenne, qui n’ont pas fait assez pression sur les entreprises pharmaceutiques afin qu’elles fournissent des doses en suffisance. Votre collègue Yves Coppieters a notamment eu cette phrase : « On ne devrait pas être dans cette situation où l’on est forcé de choisir des priorités en termes de vaccination. »

Sur le principe, je partage évidemment cet avis, mais on ne peut sous-estimer le fait que d’innombrables pays cherchent à se procurer ces vaccins. Dans ce rapport de force, la Belgique ne pèse pas tellement. Cela dit, la Commission européenne vient d’annoncer qu’elle a trouvé un accord avec BioNTech et Pfizer pour élargir son contrat de précommande. Les Etats membres pourront donc compter sur 300 millions de doses supplémentaires, en plus des 300 millions comprises dans l’accord initial. De plus, le vaccin Moderna vient d’être autorisé. On avance.

« Il serait profitable et légitime qu’à l’effort collectif succède une réflexion vraiment collective sur le monde de demain »

Comment se fait-il que certains pays disposent de bien plus de doses que d’autres ?

C’est lié au fait que des gouvernements ont fait le choix stratégique d’investir dans l’achat de ces vaccins avant même qu’on dispose de tous les résultats des études cliniques de phase 3. Ils ont donc pris un gros risque : celui de payer très cher des vaccins qui, in fine, auraient pu s’avérer peu efficients. Ce pari a payé, mais les gouvernements qui ont fait ces choix auraient pu tout aussi bien se trouver en délicatesse avec leur opinion publique.

Pendant cette crise sanitaire, on a placé beaucoup d’espoir dans l’émergence d’un « monde d’après » plus centré sur des valeurs de solidarité que de performance, plus respectueux des hommes, de l’environnement, de notre planète. Ne s’est-on pas payé de mots ? Voyez-vous poindre ce nouveau monde ?

Aujourd’hui, nous aspirons tous à revivre le plus vite possible comme avant, c’est-à-dire à pouvoir revoir les gens qu’on aime sans entrave, à retrouver une vie sociale, culturelle, collective. C’est assez basique et éminemment humain. Mais quand nous aurons atteint cet objectif, je ne pense pas que ce sera le souvenir de cette aspiration actuelle qui restera ancré dans notre imaginaire. Je crois, et j’espère, que nous irons au-delà de cela et que nous resterons sensibles à ce que nous avons appris ou réappris pendant cette crise. Que ce soit à l’égard de nos failles sociétales, de l’importance de protéger les plus fragiles, de préserver les liens entre les générations et un accès aux soins de qualité, d’arrêter de détruire l’environnement. Par-dessus tout, ce virus a démontré notre capacité à faire avancer ce monde par la force du collectif. Ainsi, il est heureux que notre société se soit mobilisée pour sauver les personnes les plus âgées. Et à ce titre, le « monde d’après » nous imposera un devoir de solidarité identique à l’égard des jeunes générations, qui ont aussi payé un tribut à cette crise en termes d’éducation et de santé mentale. Dans leur immense majorité, les jeunes ont contribué à l’effort collectif et ce serait une grosse erreur de ne pas entendre les revendications qu’ils formulent à propos du climat, à propos de cette planète que l’on ne préserve pas assez, au risque de condamner leur avenir. D’une manière générale, il serait profitable et légitime qu’à l’effort collectif succède une réflexion vraiment collective sur le monde de demain.

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