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Esmeralda de Belgique en live ce jeudi sur EarthXtv : « Sauvons l’Amazonie, poumon vert de la terre »

Esmeralda de Belgique, auteure, journaliste, environnementaliste : "L’Amazonie se trouve en état d’urgence absolue… Le live “Protégeons l’Amazonie” engage les citoyens du monde à se mobiliser auprès des peuples indigènes et en solidarité avec eux ». DR

Société

La princesse Esmeralda, Jane Goodall, Anuna De Wever, Nicolas Hulot, Pierre Richard sont, entre autres, à l’affiche d’un live sur la chaîne américaine EarthXtv, ce jeudi 18 février. La princesse activiste et environnementaliste nous parle de cette émission hors normes qui met notamment en lumière les témoignages d’autochtones.

 

« L’Amazonie se trouve en état d’urgence absolue… », rappelle Esmeralda. « Le live “Protégeons l’Amazonie” engage les citoyens du monde à se mobiliser auprès des peuples indigènes et en solidarité avec eux. Ce sont les meilleurs gardiens de la biodiversité. Nous sommes à un point de basculement où la forêt devrait disparaître et devenir une savane, cela va influencer le climat au niveau planétaire. Cela devrait interpeller tout le monde car ça nous concerne tous. »

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La Princesse est comme on sait engagée de longue date dans la cause environnementale. Aux côtés de Nicolas Hulot, de l’éthologue Jane Goodall, de Gert-Peter Bruch, fondateur de Planète Amazone, de Leila Salazar-Lopez, directrice exécutive d’Amazon Watch, d’Anuna De Wever et Adelaïde Charlier, de Youth for Climate Belgium, du cacique Raoni Metuktire, de Franca Sciuto, co-fondatrice avec Sting de la Rainforest Foundation, de l’activiste Paul Watson, fondateur de l’ONG Sea Shepherd, qui lutte depuis des décennies pour la préservation des océans, de David Suzuki, le généticien et environnementaliste canadien, du comédien Pierre Richard, du chanteur Bernard Lavilliers et d’autres personnalités de poids, elle relaie ce message global “Protégeons l’Amazonie maintenant”.

25 minutes de « Terra Libre » narrées par Paul Watson et Pierre Richard

Deux extraits inédits du film Terra Libre de Gert-Peter Bruch, aborde la démarcation des terres indigènes seront dévoilés lors de cette émission diffusée en live sur EarthXtv qui compte une affiche éclectique et transgénérationnelle. Le film est raconté en anglais par Paul Watson, l’homme que le Time magazine a désigné comme l’un des vingt plus grands héros écologistes du XXe siècle, en anglais et en français par Pierre Richard. « Je suis souvent au Brésil, ma femme est de là-bas. Quand je vois qu’on dévaste des forêts d’Amazonie et qu’on se conduit avec les populations locales comme au XVIIIe siècle, le tout dans la plus grande indifférence, ça me fait sortir de mes gonds », nous disait le comédien français lors d’un entretien pour Paris Match en 2017.

Le comédien Pierre Richard et son épouse lors de la cérémonie des Magritte du Cinéma à Bruxelles, le 7 février 2015 à Bruxelles. © Laurie Dieffembacq/Belga

Fondée en 2011 sous le nom de Earth Day Dallas par l’écologiste et homme d’affaires Trammell S. Crow, EarthX est une organisation à but non lucratif basée au Texas qui promeut la sensibilisation et l’impact environnementaux. EarthXtv est une plate-forme web lancée à l’automne 2020 qui distribue en direct, et en replay du contenu lié à ces thèmes. L’émission au casting riche est produite en collaboration avec Planète Amazone (l’ONG française engagée aux côtés des peuples autochtones d’Amazonie pour la préservation des forêts et du vivant), avec le Fonds Léopold III, Amazon Watch (organisation à but non lucratif fondée en 1996 pour protéger la forêt d’Amazonie et les droits des peuples indigènes) et la Fédération du peuple Huni Kui de l’Acre (Fephac).

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Le roi Léopold III, père d’Esmeralda, fut l’un des premiers Européens, dès le début des années 1960, à s’intéresser au cacique Raoni et aux peuples du Xingu. Le Fonds qui porte son nom et est présidé par Esmeralda privilégie l’étude scientifique et la protection de la biodiversité actuelle, ainsi que des populations humaines proches de la nature.

Les récits puissants de leaders indigènes

« Nous avons voulu donner la parole aux leader indigènes, dont le témoignage est bouleversant. Beaucoup parlent de la situation sanitaire et de l’extrême danger dans lequel ils se trouvent à cause du gouvernement actuel au Brésil. L’émission en live, qui rassemble pour la première fois leurs témoignages, vise à conscientiser le grand public sur la situation dramatique et d’extrême urgence des peuples autochtones au Brésil, en proie à la pandémie et aux assauts toujours plus nombreux sur leurs terres », souligne Esmeralda. « Il s’agit aussi d’apporter des solutions concrètes à court terme. Nous devons être solidaires de leur lutte et les traiter en partenaires pour sauver l’Amazonie, la biodiversité et pour notre avenir commun. »

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En janvier 2021, les peuples autochtones d’Amazonie brésilienne, chef Raoni en tête, ont introduit une plainte à la Cour pénale internationale contre Jair Bolsonaro pour crimes contre l’humanité en réaction à sa politique anti-indigènes et ouvertement climato-sceptique, comme le rappelait notamment Esmeralda dans une grand entretien du chef Raoni réalisé pour Paris Match Belgique.

Roani est à l’affiche du programme de deux heures, coprésenté par le cacique Ninawa Huni Kui, Mindahi Bastida (gardien de la philosophie et des traditions du peuple Otomi au Mexique), Esmeralda de Belgique, Leila Salazar-Lopez (directrice d’Amazon Watch) et Gert-Peter Bruch (président de Planète Amazone).

Esmeralda de Belgique, avec Daiara Tukano, activiste indigène brésilienne ( à droite). DR

La Belgique entend inscrire le crime d’écocide dans le droit international

La déforestation a des répercussions planétaires. La Belgique, comme tant d’autres États, joue un rôle étroit dans ce désastre persistant. «Le pays a un lourd impact dans ce mécanisme. Nous sommes de grands consommateurs de soja et de bois », précise la Princesse activiste. « La visibilité de cette cause, qui a un effet sur nos vies, est essentielle. Il faut montrer que nous entendons travailler avec les peuples autochtones en tant que partenaires et que nous ne prendrons plus de décision de premier plan sans les consulter », insiste-t-elle.
Les liens avec le Plat pays sont nombreux. « Le Mercosur (communauté économique qui regroupe plusieurs pays d’Amérique du Sud) va être discuté à Bruxelles. La Belgique est un des pays qui entend déclarer l’écocide comme crime contre la paix et l’humanité au même titre que lé génocide ou le trafic d’êtres humains. Elle est le premier pays européen à plaider dans ce sens.»

(NDLR. Depuis sa mise en place, la Cour pénale internationale peut juger quatre formes de crimes contre la paix ( le génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et les crimes d’agression) mais elle ne reconnaît pas encore les atteintes à l’environnement comme facteur de conflit menaçant la Paix. En avril 2010, le mouvement « Eradicating ecocide » vise à conférer aux crimes contre l’environnement le statut de cinquième crime contre la Paix. En décembre 2020, lors de l’assemblée des États parties au Statut de Rome, le gouvernement belge d’Alexander De Croo, par la voix de la ministre Sophie Wilmès, plaide pour que les membres examinent ultérieurement « la possibilité d’introduire les crimes dits d’“écocide” » dans le traité, et ainsi dans le droit international.)

Les jeunes de Youth For Climate ont rencontré les communautés indigènes d’Amazonie

Autre lien avec la Belgique, les jeunes activistes belges de Youth For Climate, Anuna De Wever et Adelaïde Charlier, qu’Esmeralda a souvent rencontrées, ont été, en 2019, en contact avec les communautés indigènes d’Amazonie. « Elles sont, un peu messagères du cacique Raoni qui met beaucoup d’espoir dans la jeune génération pour poursuivre la lutte», précise Esmeralda qui devait retrouver les jeunes Belges lors de leur périple en Amérique du Sud mais n’a pu finalement s’y rendre. Ce n’est que partie remise d’ailleurs, nous dit-elle.

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« Ces jeunes, dont Anuna et Adelaïde, ont découvert en Amazonie que le combat n’était pas seulement environnemental mais lié aux droits humains. Arizona Muse, jeune mannequin américaine, représente quant à elle le milieu de la mode, un secteur très polluant mais qui peut contribuer à faire changer les choses avec le commerce équitable notamment. A ces jeunes voix et aux témoignages des leaders indigènes s’ajoutent les propos de vieux routiers de l’environnement et de piliers de la défense des droits indigènes. L’ensemble donne une alliance internationale et intergénérationnelle qui propose des messages forts et diversifiés. »

Anuna De Wever, de Youth For Climate Belgium recevait Match chez elle, près d’Anvers, en 2019. ©Ronald Dersin/ Paris Match Belgique

EarthXTV : une première plateforme vouée à l’environnement

Chaque invité a été interviewé longuement. De ces entretiens, la chaîne a retenu quelques minutes clé dans lesquelles sont évoquées les points de vue respectifs sur le «rôle essentiel des territoires indigènes de l’Amazonie pour préserver l’humanité d’aujourd’hui et des générations futures. Ils demandent la mobilisation ‘face à l’immobilisme de la communauté internationale», pour «replacer la protection des territoires indigènes au centre du débat.»
Ils associent le drame amazonien aux thèmes de l’écocide, du dérèglement climatique, des incendies, de l’inefficacité des projets de compensation carbone ainsi que des périls engendrés par les accords de libre-échange. Ils dénoncent inlassablement le non-respect du programme de coopération internationale pour protéger durablement les forêts du Brésil et les peuples autochtones, accord conclu par le G7 à Rio de Janeiro en 1992. « Le demi-milliard de dollars investi pour protéger 40 millions d’hectares de territoires autochtones en Amazonie a été gaspillé ces quinze dernières années par des politiques au dessein contraire et n’a pas inversé cette catastrophe écologique et humanitaire”, rappelle le communiqué collectif de EarthXTV. « C’est la première fois qu’une plateforme digitale liée à une télévision américaine propose exclusivement des programmes pour l’environnement », nous dit encore Esmeralda.

« Les Américains sont plus concernés qu’avant »

Les États-Unis sont-ils aujourd’hui à la pointe de ce combat ? Le caractère brûlant de ce thème premier, son absolue priorité sont-ils désormais largement intégrés ? «Les Américains n’ont pas la même conscience du caractère crucial de ce combat que les Européens par exemple. Mais les choses évoluent. Selon de récents sondages, ils sont plus concernés qu’avant. Et la nouvelle administration menée par Biden devrait y participer.»
Le basculement dans l’opinion publique est lié notamment, rappelle-t-elle, à des événements climatiques puissants. « Ils ont souffert entre autres de ces incendies dantesques sur la côte Ouest, de tempêtes en Floride, de ces ouragans et tornades qui se succèdent aux États-Unis et dans le golfe du Mexique avec une fréquence et une intensité croissantes.»

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Quels sont aux yeux de la princesse environnementaliste les causes qui sont le moins abordées dans le grand combat pour le climat ? «Toutes les actions sont absolument nécessaires mais on parle peut-être moins de l’agriculture que des énergies fossiles en général et des transports. La place de l’agriculture est fondamentale dans la situation catastrophique où nous nous trouvons. La déforestation en Amazonie, qui a pour objet de libérer de l’espace pour la pâturage du bétail en est un exemple alarmant.»
Esmeralda évoque aussi le poids de la viande dans l’alimentation globale, une consommation moindre dans certaines sphères, certes. Cette tendance à la baisse peut-elle être qualifiée de cosmétique ? «Beaucoup de gens mangent encore de la viande. Certes aux États-Unis et en Europe on en achète moins qu’avant, on constate en tout cas un léger recul dans la consommation mais le reste du monde en consomme plus qu’avant – dont les pays émergents comme la Chine et l’Inde. Ceci s’ajoute aux grandes problématiques plus “classique”, celles du plastique et du transport, entre autres, qu’il faut évidemment prendre à bras-le-corps.»

Événement mondial en live ce jeudi 18 février 2021 à 20 heures, heure européenne.

– Sur EarthxTV (en anglais)
– Et sur les chaînes YouTube et Facebook de l’ONG française Planète Amazone (anglais, sous-titrage français).

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