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Polémique de la non-mixité au Nyansapo Fest : « Pourquoi avoir traduit notre programme comme ‘interdit aux Blancs’ ? »

Affiche du Nyansapo Fest. | © Site internet du collectif Mwasi

Société

Après avoir déclaré vouloir porter plainte contre le collectif afro-féministe « Mwasi », Anne Hidalgo est revenue sur ses propos et aurait trouvé un compromis avec les organisatrices. Mise au point avec l’une des membres du collectif.

La polémique enfle depuis plusieurs jours en France : alors qu’un collectif afro-féministe a choisi de n’ouvrir certaines activités de son festival parisien qu’aux femmes racisées – dans le but d’offrir à celles-ci des espaces de discussion « safe » – Anne Hidalgo, la maire de Paris, s’est insurgée de la décision, allant même jusqu’à vouloir annuler l’évènement.

Avant elle, un candidat du FN et la LICRA (la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) s’étaient attaqué à l’initiative à grand renfort de tweets vindicatifs. Si l’accusation de « racisme anti-blanc » n’a pas été prononcée publiquement, elle flotte alors dans l’air.

Pour Paris Match, une représentante du comité revient sur l’affaire et remet les pendules à l’heure.

Paris Match. Qu’est-ce que votre collectif revendique exactement?
Comité Mwasi. Comme l’indique notre site internet, le collectif « Mwasi » est un groupe d’afro-féministes, uniquement composé de femmes noires et métisses, âgées entre 20 et 34 ans.

Comment avez-vous vécu la polémique qui est arrivée sur la toile dimanche après-midi ?
Après le tweet de la LICRA, nous avons tout de suite compris que l’information, initialement propagée par l’extrême-droite, allait être reprise par la gauche. Mais nous ne pensions pas qu’Anne Hidalgo réagirait comme ça …

Pourquoi avez-vous été surprises par la réaction de la maire de Paris?
La maire de Paris a directement relevé et acquiescé aux affirmations de Wallerand de Saint-Just, secrétaire départemental du Front national à Paris. Elle a répondu au tweet de la LICRA sans même consulter le programme du Nyansapo Fest. Elle n’avait pas pris la peine de contacter nos équipes.

Pour vous, d’où part cette polémique?
Nous avons très bien compris que le réel problème est que collectif « Mwasi » soit un groupe composé de femmes noires.

Anne Hidalgo a annoncé sur Twitter avoir établi une « solution claire ». Laquelle ? Le festival est-il finalement autorisé ?
Il n’y a pas de débat sur l’autorisation ou non. Le festival va avoir lieu comme il était prévu depuis le début. Se poser la question d’une éventuelle annulation, c’est montrer qu’il y a eu un doute sur sa permission.

Le Nyansapo Fest se déroulera-t-il finalement dans un lieu public ou dans un lieu privé ?
Comme c’était prévu depuis le départ, l’évènement est prévu dans un lieu public et les « ateliers de travail » se dérouleront dans un lieu privé.

Tout le monde s’est mis à polémiquer en pleine campagne législative.

Wallerand de Saint-Just a transmis un communiqué sur Twitter, disant que votre festival serait « interdit aux blancs ». Que pouvez-vous répondre à ces accusations ?
Nous n’avons rien à répondre à ce sujet. Nous avons prévu un programme très clair, les gens avaient très bien compris le concept, et, avant cette polémique, ils ne trouvaient pas ça choquant. La programmation a été publiée il n’y a pas mal de temps, mais tout le monde s’est mis à polémiquer en pleine campagne législative. Évidemment.

Vous ne vous êtes pas du tout exprimé auprès des médias français, mais vous avez tout de même beaucoup communiqué sur les réseaux sociaux…
Nous nous sommes beaucoup exprimées sur Facebook et Twitter, et également auprès de médias étrangers. Nous sommes une organisation politique, nous avons subi des attaques politiques, nous y avons donc répondu politiquement. Nous avons reçu énormément de soutiens, ce qui a probablement joué pour que la maire reprenne ses esprits. Elle ne devait pas s’attendre à ce qu’on en ait autant.

Vous êtes-vous remis en question après les accusations de vouloir interdire le festival aux « Blancs » ?
Pourquoi les « Blancs » ? Pourquoi personne ne s’est révolté au nom des hommes ? Pourquoi avoir traduit notre programme comme « interdit aux Blancs » ? Il est seulement réservé aux femmes noires. Nous avons eu le soutien de plusieurs organisations juives, asiatiques, maghrébines… Il n’y a pas que des « Noirs » ou « Blancs » en France.

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