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Quand les « Dubaï Papers » et le « Footbelgate » se rencontrent

Notre exploitation des « Dubaï Papers » nous a incidemment amenés à rencontrer une autre affaire retentissante : le « Footbelgate ». Au centre de ce dossier, on trouve Mogi (Arnaud) Bayat, l'agent de joueurs numéro un en Belgique. | © BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR

Société

Existe-t-il un lien entre le scandale d’évasion fiscale qui éclabousse la Belgique et l’affaire qui a secoué le monde du football belge en 2018 ? A priori, aucun. Néanmoins, il apparaît que Mogi Bayat, l’homme au centre du « Footbelgate », est en relation avec deux des principaux partenaires d’Henri de Croÿ, le prince de la finance noire. 

Au cœur des « Dubaï Papers », la fuite de données au départ de laquelle Paris Match Belgique enquête depuis près de deux ans, on trouve (parmi d’autres protagonistes) un certain Guy Ollieuz, expert-comptable à la tête d’OPR, cabinet louvaniste de conseil fiscal qui a fusionné avec une importante société fiduciaire en 2013. A grand renfort de documents, les « Dubaï Papers » le désignent comme l’un des rabatteurs de clients du réseau Helin du prince Henri de Croÿ (HdC) et son proche partenaire en affaires. Proche à ce point qu’il lui a secrètement cédé des parts de sa société comme nous l’avons révélé en juillet de l’année dernière.

Guy Ollieuz apparaît dans les documents comme apporteur de plusieurs clients bénéficiaires de sociétés installées pour certaines dans des paradis fiscaux tels que les Iles vierges britanniques, les Emirats arabes unis, l’Angleterre et l’archipel des Marshall. A celles-ci s’en ajoutent d’autres, domiciliées à l’adresse d’OPR, qui ont bénéficié de services offshores fournis par le groupe Helin et dans lesquelles sont impliqués des « hommes de pailles » souvent utilisés par HdC, notamment un certain Pascal Hennuy.

Notre exploitation des « Dubaï Papers » nous a incidemment amenés à rencontrer une autre affaire retentissante : le « Footbelgate ». Véritable séisme dans le monde du football belge, il y est question de manipulations frauduleuses présumées sur des transferts de joueurs avec, à la clef, d’importantes commissions. Au centre de ce dossier, on trouve Mogi (Arnaud) Bayat, l’agent de joueurs numéro un en Belgique, soupçonné par la Justice d’avoir mis en place des constructions financières douteuses afin de maximiser ses profits au détriment des clubs. Depuis 2018, il est inculpé de blanchiment et de participation à une organisation criminelle, ce dont il se défend.

Les comptes luxembourgeois de Bayat certifiés par une société du prince de Croÿ

Le point de rencontre entre ces deux affaires n’est autre que Guy Ollieuz. Précisons néanmoins que rien dans les « Dubaï Papers » ne permet d’impliquer Mogi Bayat dans un montage illégal d’Henri de Croÿ. Cependant, toute une série d’apparentes coïncidences ne manquent pas d’intriguer. Dès l’entame de sa carrière comme agent de footballeurs, en 2010, Bayat a confié à OPR, la boîte comptable d’Ollieuz, la gestion des comptes de sa société Creative and Management Group SPRL (CMG). Nous ignorons comment s’est faite cette rencontre, mais leur collaboration s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui.

En 2012, l’agent franco-iranien a créé une société au Grand-Duché de Luxembourg dont il est le seul actionnaire : Sports and Football Management SA. A partir de 2017, celle-ci a fait appel à un nouveau commissaire aux comptes. Il s’agit de CWI Consulting SA, laquelle appartient à la nébuleuse de sociétés du prince de Croÿ et qui a pour administrateur le fameux Pascal Hennuy, vieille connaissance de Guy Ollieuz.

Ce n’est pas tout : en 2018, Mogi Bayat a transféré le siège de sa SPRL, CMG, à son domicile particulier à Lasne. C’est aussi à cette même adresse qu’en avril de l’année dernière, il a installé sa fondation privée baptisée « Les souliers du coeur ». Or, l’un des administrateurs de cette fondation, est un ex-associé de Guy Ollieuz, conseiller fiscal chez OPR. Selon nos sources, il a été auditionné (sans suites) par la police judiciaire fédérale en 2018, dans le cadre de l’enquête sur le « Footbelgate ».

Enfin, dernière « concomitance » assez singulière : l’adresse de la résidence lasnoise de Bayat, c’est celle qu’a occupée jusqu’en 2012 le dirigeant d’une société brabançonne spécialisée dans la fabrication de colorants, cliente du prince de Croÿ. L’administrateur délégué a notamment pu compter sur l’aide de Guy Ollieuz pour se constituer deux offshores, l’une implantée en Angleterre (Whitechurch UK) et l’autre aux îles Marshall (Whitechurch MI). En 2017, l’entreprise recourait encore aux services d’Europe Master Direct (EMD), la fabrique de fausses factures de Helin.

Nous avons confronté Guy Ollieuz à ces informations, mais il n’a pas réagi. Il avait toutefois déjà eu l’opportunité de nous faire savoir qu’il n’était « concerné en aucune manière par des actes illégaux » quels qu’ils soient. Quant à Mogy Bayat, nous avons interrogé son avocat, Me Jean-Philippe Mayence. Il n’est pas encore revenu vers nous.

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