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Le tabac, c’est tabou, et la cigarette électronique, c’est pas fantastique

Pas de fumée sans feu, et pas de bonne santé avec la fumée... | © Flickr/www.vaping360.com

Société

Arrêter de fumer en remplaçant la cigarette par sa version électronique ? Si les (ex) fumeurs sont de plus en plus nombreux à vapoter, le milieu scientifique n’est toujours pas arrivé à un consensus sur le bien fondé ou non de cette fumette alternative. 

Mise à jour : Selon les résultats préliminaires d’une nouvelle étude effectuée sur des souris et des cellules humaines en laboratoire, fumer des cigarettes électroniques accroît le risque de certains cancers ainsi que de maladies cardiaques, rapporte Le Soir, le 30 janvier 2018.

Là où les paquets de cigarette ressemblent désormais à un musée des horreurs, entre chicots, trachéotomies et photos à la morgue, les cigarettes électroniques soignent leur look, toutes en lignes épurées et modèles colorés. Le tabac empeste, pire encore quand il est froid et imprégné désagréablement dans les cheveux et les vêtements ? Les vapos proposent un assortiment de parfums, de vanille à pomme en passant par violette. L’eau glougloute quand on inspire, la fumée est aussi épaisse que celle du calumet d’Absolem, et finalement, on en viendrait à se dire qu’il n’y a pas besoin d’arrêter. Mais la cigarette électronique est-elle vraiment si anodine ? Peut-on affirmer avoir arrêter de fumer si on continue à vapoter ? Du côté des scientifiques, deux écoles se divisent.

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Prudence de mise

Selon une étude américaine réalisée en 2015 sur plus de 7 000 participants, la cigarette électronique aiderait les fumeurs à se sevrer du tabac. Les participants ont en grande partie réduit ou carrément arrêté leur consommation de cigarette à l’issue de l’étude, grâce à l’utilisation de vapos à la nicotine. Problème : sous forme électronique, la substance reste tout aussi nocive. Ce qui a amené deux pneumologues américains à conduire leur propre étude un an plus tard, avec un résultat sans appel : non, le vapotage n’aide pas à arrêter la cigarette. Pour le professeur de pneumologie Yves Martinet, la prudence est de mise. « Il y a tout lieu de penser que c’est moins nocif que la cigarette, mais on ne peut pas le savoir de façon formelle. Surtout, nous n’avons pas le recul nécessaire pour connaître les effets à long terme. Il faut être prudent. D’autant que les cigarettes électroniques ne sont pas standardisées, c’est difficile de faire des études de toxicité ».

Un marché juteux

Et pourtant, les marchands de tabac eux-même voient dans l’e-cigarette l’avenir du tabagisme. Interrogé par la BBC en novembre dernier, André Calantzopoulos, PDG de Philip Morris, a affirmé sa conviction que « le moment arrivera où les produits alternatifs seront suffisamment répandus… pour commencer d’envisager, aux côtés des gouvernements, une période d’arrêt progressif de la cigarette ». Hérésie ? Que du contraire : « le marché de la cigarette électronique comporte de grandes promesses évidemment pour les consommateurs, mais aussi pour la santé publique et pour notre groupe ». Car la cigarette électronique est tout sauf un business fumeux : selon les chiffres recueillis en décembre 2016 par La Libre Belgique, 10 % des Belges auraient déjà testé l’e-cigarette, et 150.000 l’utiliseraient quotidiennement.

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Méthode transitoire

Du côté des tabacologues, on fait preuve d’une opinion nuancée. Ainsi que l’explique le Docteur Freddy Wuyard, « globalement, dans tous les congrès de tabacologie, on est d’accord pour dire que l’e-cigarette, dans l’état actuel des connaissances et avec une utilisation conforme aux instructions données par fabricant et le tabacologue, c’est beaucoup moins toxique que la cigarette ». Mais certaines inconnues subsistent quant aux dangers éventuels de la cigarette électronique pour la santé. « Il y en a à tous les goûts, tabac blond, mais aussi cannelle, mojito,… Ces parfums sont créés à base d’arômes alimentaires, prévus normalement pour être absorbés par le tube digestif, pour lequel ils ne présentent aucune nocivité. Mais ici, les arômes passent par les poumons, et au départ ils ne sont pas faits pour ça, donc on ne connaît pas encore la toxicité éventuelle des parfums à long terme ». Faute de certitudes, on fait le pari d’une utilisation raisonnée. « Certaines personnes n’arrivent pas à arrêter de fumer en raison d’une dépendance à la gestuelle du tabac, ce pour quoi une cigarette électronique au liquide sans nicotine peut être tout à fait utile. Forcément, si l’on choisit du liquide avec nicotine, on ne règle pas sa dépendance à cette substance. Il n’empêche que la cigarette électronique peut aider à l’arrêt du tabac dans un certain nombre de cas, donc c’est à proposer transitoirement aux patients, mais en leur précisant d’emblée qu’il ne s’agit que d’une étape intermédiaire avant l’arrêt du tabac ».

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