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N’ayons plus peur des loups

Depuis quelques années, c'est en France, en Italie et en Allemagne que la population des loups est en pleine expansion. | © Flickr : Josh More

Société

« Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas… » Si le loup y était, il ne nous mangerait pas. Derrière ses airs de bête féroce et redoutable, le loup dévoile une nature bien différente de celle décrite dans les contes pour enfants. Bien qu’inoffensif, le canidé continue d’en effrayer plus d’un.

Au cœur des grands massifs forestiers ardennais, on guette ses grandes oreilles à l’affût de sa moindre trace. Disparu depuis 120 ans, le loup s’apprête à faire son grand retour sur les plaines du plat pays.

À force de parler du loup et si l’on en croit les indices toujours plus nombreux, finirons-nous pas apercevoir le bout de sa queue ? De retour en France, en Italie et en Allemagne depuis déjà plusieurs années, l’espèce profite de son statut protégé pour coloniser toujours plus de nouveaux espaces.

« Prendre la fuite n’aurait aucun intérêt »

L’arrivée de l’été sonne enfin l’heure de la randonnée montagnarde et des escapades en forêt. Si les probabilités pour y rencontrer le loup demeurent quasi nulles, que faire si – par chance ou par malheur – l’un d’entre eux décidait de croiser votre chemin ? Pas d’inquiétude, de nature calme voire passive, la bête à poil ne vous voudra aucun mal.

Face à l’animal, « prendre la fuite n’aurait aucun intérêt », rappelle Alain Licoppe, coordinateur du Réseau Loup wallon. « Si vous rencontrer un loup, il risque de partir de manière à vous éviter mais lui-même ne va pas s’enfuir en courant. Il reste un prédateur comme un autre. » Inoffensif donc, seul comme en meute. Car comme l’explique M. Licoppe, une « meute » présente en Belgique serait constituée d’un simple couple, au maximum d’une famille de quatre ou cinq loups. « Rien à voir avec les meutes de loups qu’on voit dans les films ! »

Image du film « Danse avec les loups », de Kevin Costner (1990). © Tig Productions Majestic Films International.

Même pas peur du loup

Si par sa nature sauvage, le loup demande patience et détermination à ceux qui tentent de l’observer, il n’en perd pas moins sa réputation de chien féroce aux yeux du commun des mortels. Le canidé n’est pourtant plus la bête enragée qu’on a connu par le passé. De nature discrète, le prédateur a développé des aptitudes à la chasse lui donnant une maîtrise totale de son milieu, le tout dans une allure calme, voire passive.

Il ne faut pas se mettre accroupis ou à plat ventre. Si vous restez debout et que vous faites face à la bête, vous allez l’impressionner.

Considéré comme un concurrent de taille au sein du club très privé des prédateurs et longtemps pourchassé par l’homme, le loup a adopté le réflexe d’éviter tout contact avec lui. À l’heure actuelle, si le loup devait pointer le bout de son museau dans le bois de la Louvière, son premier instinct serait de passer son chemin. Et pour cause : les effluves odorantes de l’homme le font déguerpir illico. Révulsé par l’odeur humaine, il est aussi troublé par la stature du bipède qui l’impressionne.

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Ce n’est pas parce que le loup revient qu’on ne peut plus aller se promener en forêt.

Avec les années, le loup a conservé un rôle de vilain, non seulement par son histoire mais aussi par la manière dont les cultures se sont appropriées son image. Atteint par la rage dans le courant du 17e siècle puis charognard sur les champs de batailles, « on a effectivement vu beaucoup d’attaques de loups sur des êtres humains dans ces temps-là », raconte Alain Licoppe. « Mais en Europe, il faut remonter très loin pour pouvoir parler de consommation d’êtres humains par des loups. » Si aujourd’hui le loup fascine toujours autant, c’est pour cette réputation entachée dont il a hérité.

© Flickr : Andreas Ebling

Oh mère-grand, que vous avez de grandes dents

Le loup paye certainement le prix d’une mauvaise étiquette que les cultures lui ont collée. Mais ce n’est pas partout qu’on crie au loup sauvage et dangereux. « Chez nous, on en a fait un ‘grand méchant loup’ mais en réalité, ça dépend des cultures », explique le Réseau Loup wallon. « En Italie, la culture du loup est très différente. On y a toujours protégé l’animal, référé à la Louve du Capitole et à la légende de Romulus et Remus. C’est un peu grâce à ce statut favorisé que les populations des loups se sont beaucoup développées dans ces régions. »

Dans la tradition populaire, on s’est servi du loup pour représenter le méchant alors que ce n’est pas du tout dans sa nature.

En Belgique et en France, l’inconscient collectif demeure hanté par la figure du loup contée dans les histoires pour enfants. « Le Petit Chaperon Rouge, c’est typiquement le genre d’histoire qui marque les esprits des enfants et qu’on a martelé maintes fois », estime Alain Licoppe. « C’est devenu le symbole pour mettre en garde la jeunesse vis à vis des méchants et des prédateurs. »

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Un mythe que les chasseurs et éleveurs – qui ont toujours vu le prédateur d’un mauvais œil – n’ont pas hésité à reprendre pour surfer sur la vague et blâmer l’animal. « Beaucoup ont cultivé cette mauvaise image pour défendre le fait qu’il fallait se débarrasser de ce prédateur concurrent », ajoute-t-il.

Soyons sans crainte, donc. Même parmi nous, inutile de crier au loup. S’il reste difficile d’appréhender sa progression, beaucoup se préparent à sa venue officielle et s’en donnent à cœur joie. « À partir du moment où l’on commence à chercher sa trace, on va forcément trouver des indices », conclut le Réseau Loup qui attend avec impatience le retour des hurlements. « On y verra plus clair le jour où l’on aura une trace ADN exploitable. »

 

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