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Trois féministes méconnues qui ont changé le statut de la femme

De gauche à droite, Georgette Ciselet, Suzanne Noël et Marthe Richard. | © DR & Belga

Société

Ce sont trois femmes dont le nom est moins connu du grand public mais dont la vie fut également un véritable combat féministe pour plus de droits et de libertés. Voici leur histoire dans la cadre de la journée du 8 mars.

Par Laurent Depré

La Journée internationale des droits des femmes, officialisée par les Nations unies en 1977, est célébrée dans de nombreux pays le 8 mars. C’est l’occasion de faire un bilan sur la situation des femmes, de revendiquer plus de droits et souvent de mettre en place des actions concrètes comme la grève féministe. Les femmes n’ont pas attendu la fin du 20e siècle pour faire entendre leurs revendications afin d’améliorer leur situation. Afin de nous associer à leur combat de tous les jours, de tous les instants devrions-nous écrire, voici en quelques lignes la vie de trois femmes extraordinaires. En espérant que cela vous donne envie de connaître plus en profondeur ces femmes et la cause féministe !

Georgette Ciselet : celle qui a mené à l’abolition de la puissance maritale

Son nom ne vous dit probablement rien. Pourtant Georgette Ciselet, née en 1900 et décédée en 1983 est une femme politique belge dont le travail acharné a mis fin à l’incapacité juridique de la femme mariée en abolissant la puissance maritale. Cette amie de la femme de Paul Heymans, autre grande figure politique belge, sera ainsi la toute première femme à siéger au Conseil d’Etat. Et la première libérale à entrer au Sénat !

Comme le rappelait le quotidien L’Avenir en 2019 ses combats féministes étaient multiples: droit de vote, égalité homme-femme dans le monde du travail, indépendance économique, régime des biens matrimoniaux… Lorsque qu’elle se marie dans les années 1920, elle va découvrir avec effroi le statut d’une épouse obligée de passer par le bon vouloir de son mari pour toute une série de chose. À commencer par le simple fait de pouvoir entamer une carrière. C’est inscrit noir sur blanc dans notre code civil.  Article 213 :  « le mari  doit protection à sa femme et la femme doit obéissance a son mari »… Un exemple parmi d’autres.

Avocate de formation, elle va aussi se battre, et arriver à ses fins, pour que les femmes puissent enfin accéder à la magistrature et au métier de notaire.

Suzanne Noël : la réparatrice des gueules cassées

Fin 2020 sortait le premier tome de la biographie en bande dessinée de Suzanne Noël, féministe engagée pour le droit de vote des femmes et pionnière de la chirurgie réparatrice. Un ouvrage signé par Leïla Slimani et Clément Oubrerie. L’écrivaine franco-marocaine est connue pour ses ouvrages comme Chanson douce.

Destinée à n’être que la femme d’un médecin dermatologue au début du 20e siècle, elle eut le courage de passer son concours sur le tard avant de se lancer dans de longues études de médecine enceinte et puis maman. Encouragée en cela par son mari Henry dont elle finira par se séparer peu de temps avant d’être diplômée. Très vite, elle se spécialisa dans la chirurgie réparatrice en intégrant le cabinet du docteur Hippolyte Morestin. L »une de ses premières expériences, juste avant la première guerre mondiale, fut sans doute la plus « médiatisée » puisqu’elle réalisa le lifting de la comédienne mythique Sarah Bernhardt.

Le conflit armé de 1914-18 et les horreurs de la guerre lui amenèrent ce qu’on appela par la suite des « gueules cassées ». C’est-à-dire des hommes qui avaient perdu une partie de leur visage dans les affrontements. Suzanne Noël et Morestin développèrent des protocoles chirurgicaux révolutionnaires pour rendre leur dignité à ces gueules cassées.

 

Marthe Richard : l’ancienne prostituée qui a fait fermer les maisons closes

Prostituée à 16 ans, espionne, aviatrice, femme politique… La vie de Marthe Richard, qui s’est achevée en 1982, fut bien remplie ! Une vie qui fut d’ailleurs interprétée au cinéma par l’actrice Edwige Feuillère en 1937. Dans les années 2000, ce sera au tour de Clémentine Célarié de la camper dans un téléfilm pour France 3.

C’est en 1945 que le conseil municipal de Paris lui confie le dossier des maisons closes, véritables prisons infâmes du sexe. On en dénombre plus de 200 au sortir de la guerre dans la capitale française. « Pourquoi l’ai-je fait ? Par féminité et par devoir, afin de faire stopper l’esclavage des femmes ! » dira-t-elle en interview plus tard. En avril 1946, une loi qui porte son nom interdit les maisons closes dans toute la France. À la grande fureur des services de police qui y récoltaient toute une série d’informations précieuses… 

Des zones d’ombres dans la vie de Marthe Richard existent et certaines choses furent romancées mais, comme l’explique justement l’écrivain Nicolas d’Estienne d’Orves au Point « Marthe Richard voulait être « au-delà » d’une simple femme malgré son atavisme social et sexuel. Elle donne à voir un miroir paradoxal du 20e siècle, au prisme de tous ses soubresauts, paradoxes, cataclysmes et révolutions historiques, morales et sociales. »

Plusieurs auteurs soutiennent qu’elle n’était pas réellement féministe mais plus une femme libre, à la recherche de multiples expériences. Et c’est vrai qu’elle fut reniée par les mouvements féministes de son époque. « Son parcours féministe était pour elle-même. Elle a gagné sa vie et ne dépendait de personne, ça c’était féministe. C’était une femme courageuse qui s’est sans cesse réinventée en prenant des risques ». C’est l’analyse de l’écrivaine Natacha Henry qui lui a d’ailleurs consacré un livre. 

Elle fut en tout cas un exemple de son temps et de la société misogyne dans laquelle elle baignait. « Les espionnes, comme elle, étaient vues comme des femmes bien mignonnes qui se servent de leur corps pour accéder à quelques informations. Ses faits d’espionnage étaient véritablement sérieux et elle n’a jamais reçu les honneurs qu’un homme aurait pu obtenir à sa place.  » 

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