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Covid-19 : Le Japon se dote d’un ministère de la Solitude contre les suicides

Covid-19 : Le Japon se dote d'un ministère de la Solitude contre les suicides

Dans les rues de Tokyo, le 27 février 2021. | © Kazuhiro NOGI / AFP

Société

Un ministère de la Solitude a été créé au Japon, où le nombre de suicides a bondi en 2020 en pleine pandémie de Covid-19.

 

D’après un article Paris Match France de La Rédaction

Au Japon comme dans d’autres pays à travers le monde, les autorités s’inquiètent des conséquences de la pandémie de Covid-19 sur le mental des populations. Alors que le nombre de suicides est reparti à la hausse au pays du soleil levant, le Premier ministre Yoshihide Suga a créé en février un ministère de la Solitude, s’inspirant d’une idée britannique datant de 2018.

Longtemps, le Japon a été l’un des pays industrialisés avec le plus fort taux de suicide. Des actions de politiques publiques étaient parvenues à inverser la tendance à partir du milieu des années 2000 dans une société où parler de sa détresse psychologique en dehors de la sphère familiale n’est pas dans les mœurs locales. Si la pandémie de coronavirus n’a pas donné lieu dans le pays à des mesures aussi drastiques que celles appliquées en France par exemple, elle s’est accompagnée d’une augmentation des suicides, selon des chiffres diffusés par le ministère de la Santé japonais. L’année dernière, 20 919 personnes se sont donné la mort sur l’archipel, soit une augmentation de 3,9 % par rapport à 2019. Il n’y avait pas eu de hausse annuelle semblable du nombre de suicides depuis plus de 10 ans au Japon, note Japan Times.

Les femmes et les jeunes en première ligne

Les femmes et les jeunes sont les deux catégories de la population nippone les plus touchées par cette vague de suicides. « Les femmes souffrent plus de l’isolement que les hommes », a noté le 12 février dernier le Premier ministre, qui a confié le cabinet du ministère de la Solitude à Tetsushi Sakamoto – ministre qui a déjà en charge le plan d’action visant à lutter contre la baisse de natalité ou encore l’économie régionale – et l’a chargé d’« identifier les problèmes » afin de prendre des mesures.

Parmi les pistes évoquées pour expliquer le phénomène, Michiko Ueda, professeure des sciences politiques dans une université tokyoïte, a souligné que la pandémie du Covid-19 avait surtout touché de plein fouet des secteurs qui recrutent des travailleuses précaires – comme le tourisme – qui se sont retrouvées sans emploi du jour au lendemain. Dans le même temps, leurs responsabilités au sein de leur foyer se sont accrues dans un pays où les tâches ménagères sont inégalement réparties entre les femmes et les hommes. En décembre, 26 % des femmes interrogées par une étude relayée par la chaîne publique NHK qui avaient un emploi avant le début de la crise sanitaire, faisaient part de leurs difficultés pour retrouver du travail depuis avril, contre 19 % pour les hommes en activité interrogés.

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Le taux de suicide parmi les jeunes est également un sujet d’inquiétude pour les autorités. Jusqu’en novembre, plus de 300 élèves de primaire, collège et lycées ont mis fin à leurs jours, soit une augmentation de 30 % par rapport à la même période, l’année précédente, rapporte encore Japan Times. « Les étudiants sont inquiets pour leur futur », explique au quotidien Akiko Mura, conseiller dans un centre anti-suicide de Tokyo. « Ils ne savent plus quoi faire. Ils avaient pour habitude de relâcher leur stress en parlant avec leurs amis, mais maintenant ils ne peuvent même plus aller au karaoké [véritable institution et lieu de sociabilité pour les Japonais]. »

En 2003, le nombre de suicides au Japon avait culminé à 34 000, avant que les autorités prennent le problème à bras le corps en mettant notamment en place des campagnes de prévention.

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