Paris Match Belgique

En Corée du Sud, le #metoo du harcèlement scolaire fait vaciller l’industrie du spectacle

corée du sud

Image d'illustration. | © Jung Yeon-je / AFP.

Société

L’industrie du spectacle en Corée du Sud vit des heures difficiles depuis des semaines, après que plusieurs stars ont été accusées, en ligne, d’avoir harcelé et fait subir des violences à leurs camarades de classe lorsqu’ils étaient encore au collège ou au lycée.

 

D’après des articles Paris Match Belgique de Clémentine Rebillat

En Corée du Sud, le harcèlement scolaire est un fléau qui touche tout le monde. Depuis plusieurs semaines, la très puissante industrie du spectacle est en crise, après que plusieurs stars ont été accusées de violences et brimades remontant à l’époque du collège ou du lycée. C’est d’abord dans le sport que cette vague de témoignages a débuté. Mi-février, Lee Jae-yeong et Lee Da-yeon, des jumelles de 24 ans, membres de l’équipe nationale de volley – l’un des sports numéro 1 dans le pays – ont été suspendues indéfiniment après que plusieurs anciens camarades ont raconté avoir été harcelés et violentés. Dans un premier message en ligne, un internaute a raconté que les deux jeunes filles avaient fait preuve de violence, volaient de l’argent et l’avaient même menacé avec un couteau. Quatre autres victimes présumées ont ensuite partagé la même histoire à leur encontre. Sur Instagram, les deux sœurs ont reconnu les faits, présentant leurs excuses pour un « comportement irresponsable dans le passé« . Cette affaire a trouvé un écho dans tout le pays, provoquant une série de témoignages en ligne. Quelques jours après la suspension des jumelles Lee Jae-yeong et Lee Da-yeon, un autre joueur de volley a lui aussi présenté ses excuses et annoncé sa retraite après avoir admis avoir tabassé un camarade en 1999, rapporte le Korea Times.

Lire aussi > Le plus grand parc éolien offshore du monde va être construit en Corée du Sud

Comme une traînée de poudre, l’industrie du spectacle – où se mélangent acteurs et actrices populaires et stars de la K-pop – a elle aussi commencé à être visée par des histoires similaires. Jeudi, l’acteur Ji Soo, âgé de 28 ans, premier rôle d’une série historique actuellement diffusée, a été officiellement retiré du casting, les producteurs annonçant lui chercher un remplaçant. Quelques heures plus tôt, il avait reconnu dans une lettre écrite à la main et publiée sur Instagram, avoir fait subir des brimades à des camarades. Parmi les accusations portées contre lui, plusieurs anciens élèves qui ont publié de façon anonyme, disent avoir été violentés, affirmant notamment que leur bourreau venait à l’école avec un pistolet à air comprimé pour leur tirer dessus. Au-delà du harcèlement scolaire, il est aussi accusé d’agression sexuelle. «Je suis sincèrement désolé pour les gens qui ont souffert à cause de moi. Il n’y a pas d’excuses pour ma conduite passée. Il y a des choses qui ne peuvent pas être pardonnées», a-t-il écrit.

Quelques jours avant, c’est une jeune comédienne, Park Hye-soo, qui a elle aussi été accusée et a poussé la chaîne de télévision diffusant sa future série à reporter sa sortie. L’agence de la jeune femme a cependant affirmé que les allégations étaient fausses et que des actions seraient prises à l’encontre de ceux qui ont menti. Difficile, pour les observateurs, de s’y retrouver entre véritables témoignages et histoires inventées. Plusieurs internautes anonymes se sont rapidement rétractés après avoir porté leurs accusations. Une ancienne camarade a ainsi avoué avoir menti à propos de la chanteuse Chuu, membre du groupe féminin LOONA. D’autres groupes de K-pop, masculins et féminins, sont touchés par des accusations, forçant dans certains cas les agences artistiques à mettre les membres concernés en retrait de la vie publique pendant quelque temps.

#SchoolMetoo

Avec l’émergence du mouvement #MeToo, né à Hollywood et repris à travers le monde, les témoignages en ligne permettant de s’exprimer plus librement ont augmenté. En Corée du Sud, le hashtag #SchoolMetoo est ainsi né dès 2018, réunissant les récits d’élèves ayant été harcelés ou agressés sexuellement à l’école. Il fut, cette année-là, le hashtag le plus tweeté du pays, rapportait en 2019 le Korean Herald. Malgré l’impact de cette campagne sur la jeune génération, peu de mesures ont été prises, regrettait une élève de 16 ans auprès du journal. « Dans la société dans son ensemble, il y a une vague de changements, mais ils ne sont pas acceptés », a-t-elle expliqué.

Lire aussi > On se querelle sur le port du masque, et la Corée du Sud invente l’abribus anti-coronavirus

En 2019, une enquête du ministère de l’éducation révélait que le harcèlement scolaire avait augmenté pour la troisième année de suite, indiquant que 1,6% des personnes interrogées ont été victimes de violence scolaire, contre 1,3% et 0,9% enregistrés respectivement un an et deux ans plus tôt. Le gouvernement avait alors annoncé un plan sur cinq ans pour lutter contre la violence scolaire, liée directement ou indirectement au très fort taux de suicide chez les jeunes. En 2016, le suicide était la première cause de décès chez les adolescents et jeunes adultes en Corée du Sud. Les jeunes sont particulièrement mis sous pression dans le système éducatif sud-coréen qui repose sur l’excellence, la discipline et la hiérarchie. Ce n’est qu’en 2010 que Séoul a interdit les châtiments corporels à l’école.

CIM Internet