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« Je ne suis pas une potiche » : Le nouveau mantra féminin

Dominique Degueldre, en haut à gauche, a su réunir de nombreuses personnalités tels que Sophie Wilmès, Siré Kaba ou encore Emmanuelle Sangouard. Pour dire que l’égalité est encore un droit fragile et qu’il faut lutter pour le maintenir en équilibre. | © Romy Tembuyser

Société

Fin 2017, l’artiste belge engagée Dominique Degueldre lançait comme un manifeste « Je ne suis pas une potiche : j’ose et j’existe ! ». Un coup de provoc’ inspiré par un grand vase de porcelaine portant couvercle.

 

Dès le début, elle tagge et bouscule cette potiche, elle lui donne la parole et une nouvelle pensée, elle la rend irrévérencieuse et revendicatrice. Avec une idée, une obsession : l’ériger en porte-voix du droit d’être un sujet, non un objet. Ceux qui s’entêtent à n’y voir justement qu’un bel objet décoratif, l’artiste les renvoie illico à leur dictionnaire.

Potiche nf : 2. FIG Personne ayant un rôle de représentation, sans pouvoir réel. Un message de porcelaine, ça passe ou ça casse. Dominique Degueldre le reformule donc sous tous les tons. De bravade créative en humour piquant et de légèreté assumée en conscientisation capable de mettre les formes, le discours s’est musclé. Première consécration : une potiche trône en guise d’avertissement dans le bureau de Brigitte Macron à l’Elysée.

Seconde consécration : des femmes d’influence se sont prêtées au jeu de poser pour la plasticienne et son photographe Romy Tembuyser. Encore première ministre, Sophie Wilmès n’hésita pas. L’ambassadrice de France en Belgique Hélène Farnaud-Defromont non plus. D’autres femmes fortes, de tous horizons, ont pris le relais. Le 8 mars, le leadership féminin sera le thème de la Journée Internationale des femmes.

Paris Match ne pouvait qu’inviter des femmes inspirantes à prendre, elles aussi, la pose pour la bonne cause. Des wonder women qui osent maîtriser la communication à 360°, changer de vie à 50 ans, inventer le coaching photographique. Chacune interagit avec des potiches de la collection privée de l’artiste et « L’Accessible ». La belle de porcelaine ne rallie pas que les femmes à son panache libertaire. Dominique Degueldre en a fait le symbole conceptuel du droit au respect. Envers soi-même et tous les êtres humains…

Marine Verdussen, directrice de l’agence de communication Top Secret

Marine Verdussen (vêtue de noir) prend la pose avec son associée Laure Van Tuyckom, directrice financière et ressources humaines. © Romy Tembuyser

« Notre équipe est exclusivement féminine. Chacune d’entre nous y existe en tant que maillon indispensable. »

Presse, marketing d’influence, relations publiques, réseaux sociaux, achat d’espace media, studio graphique, organisation d’événements : 12 femmes animent l’ensemble des départements de votre agence à 360°. Les femmes maîtrisent donc mieux les facettes de la communication ?

C’est, en tous cas, un métier essentiellement féminin chez Top Secret ! L’agence a été créée en 1984 par une femme, transmise ensuite de femme en femme et forte aujourd’hui d’un team de filles fantastiques, créatives et présentes depuis 10 ou 15 ans. Je veux leur rendre hommage : elles assurent chaque maillon de la chaîne pour mener à bien les missions de communication de nos clients. Je suis le chef d’orchestre d’un univers en constante évolution où règne un incroyable esprit de famille.

Le « savoir-communiquer » est une vocation ?

J’ai toujours voulu travailler dans la communication. Après avoir suivi la solide formation de l’IHECS et mieux maîtrisé le néerlandais à l’UAMS (Universiteit Antwerp Management School), je suis entrée en 2007 chez Top Secret. La fondatrice Dominique Pissoort et son associée de l’époque Mélanie Dewulf m’ont beaucoup appris : jeune assistante de 24 ans, j’ai pu vite gravir les échelons et devenir la responsable du pôle presse & communication. Après avoir été associée, j’ai repris l’agence l’an dernier avec Laure Van Tuyckom.

A votre tour d’avoir des assistantes !

Non, il n’y a aucune assistante chez nous. C’est un terme complètement dépassé car nous sommes une équipe qui fonctionne en duo pour chaque mission. Laure y gère le volet financier de main de maître. Tous nos services sont intégrés et cela nous permet une grande autonomie dans notre approche. J’aime dire que communiquer avec Top Secret, c’est raconter une histoire que nous écrivons avec nos clients…

L’une des clefs de l’empowerment féminin consiste à savoir se faire confiance l’une l’autre, n’est-ce-pas ?

Pas besoin d’être féministe pour cela. La pandémie a généralisé le télétravail et modifié la vision de l’entreprise : les patrons ont appris à faire davantage confiance à leurs employés. Communiquer entre nous a, bien sûr, toujours été naturel. Je suis néanmoins ravie de voir nos relations de travail boostées par notre récente installation dans le très bel espace Coworking Fosbury& Sons (Bruxelles).

Qui peut s’adresser à votre agence, réputée être l’une des plus influentes de Belgique ?

Le lifestyle, la mode, le luxe et désormais le corporate sont notre corps business. Nous aimons autant nous occuper des marques internationales que des jeunes start-ups belges qui se lancent. La stratégie de communication s’adapte à chaque client : pas de formule standard lorsque l’on est créatives !

www.top-secret.be

Ghislaine Holvoet, co-fondatrice du label de joaillerie Mère & Fille

© Romy Tembuyser

« C’est en osant réaliser un rêve et relever un défi que nous sommes devenues joaillières. »

Depuis 7 ans, vous créez avec votre fille Laurence Marie Van Cauwenberghe des bijoux délicats et précieux, accessibles ou plus exclusifs. A les voir scintiller dans l’écrin virtuel de votre e-boutique, on ne peut se douter que vous avez, l’une et l’autre, changé de vie pour eux…

C’est pourtant le cas ! A 20 ans, Laurence Marie faisait des études qu’elle n’aimait pas et moi, à 49 ans, j’étais une femme au foyer très « popote & confiture » après avoir élevé mes enfants et travaillé comme puéricultrice. Le grain de sable déclencheur fut une fausse pierre achetée naïvement lors d’un voyage en Inde. Au retour, le saphir si bleu sous le ciel de Jaïpur s’avéra être une pâle imitation. Jurant que l’on ne m’y reprendrait plus, je me suis inscrite à un cours de gemmologie, d’abord avec l’idée de me distraire de mon quotidien et ensuite, par pur défi. Les professeurs estimaient que ce serait dur d’étudier à mon âge ! Piquée au vif, j’ai terminé le cursus avec 92%, et obtenu deux diplômes belge et européen et enchaîné avec plusieurs autres formations : diamants, perles, gestion d’entreprise.

Absente au moment du shooting, Laurence Marie n’a pas pu révéler son propre parcours…

Petite fille, elle adorait déjà griffonner des bijoux dans les marges de ses cahiers. C’était son rêve et finalement, sa voie. Elle a donc étudié le dessin joaillier à Londres avant de se former à la gemmologie en Californie. Au GIA, le plus grand centre mondial d’analyse du diamant ! Son CV a vite fait des étincelles : stage chez Sotheby’s Bruxelles, dessinatrice pour les diamantaires Boghossian, gérante d’une joaillerie à Bruxelles… En 2010, Laurence Marie s’est sentie prête à se lancer dans l’aventure avec moi. Entretemps, ma formation de gemmologue m’a été bien utile pour transformer des bijoux anciens, vérifier et expertiser leurs pierres.

La clé de cette harmonieuse collaboration mère-fille ?

Nous sommes très proches et complémentaires. Laurence Marie dessine les bijoux, qu’il s’agisse de nos collections ou des pièces sur mesure comme les bagues de fiançailles. Quant à moi, je cherche et analyse les pierres, tout en me passionnant pour les transformations. Je démonte, je récupère les pierres afin de créer ensemble quelque chose de nouveau, de beau. Nos tâches sont différentes, le style et l’esprit sont identiques : de jolis classiques revisités sous l’angle de la filiation et de la transmission de bijoux conçus pour durer.

Vous n’avez pas envie d’ouvrir une boutique ?

Non, je pense que la vente en ligne est l’avenir. Bien sûr, nous rencontrons les personnes qui préfèrent le sur-mesure et l’on peut toujours nous contacter pour un conseil. Le choix d’un webshop permet d’être indépendantes et de ne pas recourir à des financiers qui dicteraient leurs objectifs. Ce que nous voulons plus que tout, c’est sublimer les pierres : nous sommes gemmologues avant d’être joaillières !

Rétrospectivement, quel a été votre plus grand challenge ?

Réussir à nous imposer dans un univers à la fois très fermé et masculin. Même sur recommandation, les artisans des ateliers anversois restent méfiants. Nous avons dû attendre 2 à 3 ans pour obtenir le respect et la confiance des diamantaires, lapidaires, sertisseurs, ouvriers joailliers. Cela nous a donné accès à une qualité de fabrication n’ayant rien à envier à la Place Vendôme ! Aujourd’hui, je n’ai aucun regret : ce qui a été une résurrection est désormais une nouvelle vie, très agréable à partager avec ma propre fille !

www.mereetfille.be – 0494 71 09 79

 

Deborah Gigliotti, photographe d’émotions

© Romy Tembuyser

« Nous avons chacune le droit de nous aimer et d’être nous-mêmes en toute liberté. »

Interview : Catherine Malaise

Vous avez une approche très personnelle de la photographie : êtes-vous, oui ou non, une portraitiste ?

Plutôt une révélatrice ! Nous avons toutes en nous la capacité de briller et parfois, nous l’avons oubliée. C’est ce regard sur soi que je me permets de réveiller le temps d’une séance photos vécue dans un moment de partage. Je crois aux portraits authentiques et positifs. Pouvoir capter l’étincelle intérieure d’une personne la fait rayonner face à l’objectif. C’est assez magique, pas besoin de photoshop…

Vos shootings sont donc un outil de confiance en soi ?

Mes modèles se redécouvrent dans leur portrait. J’utilise juste ce qui est en eux pour les sublimer. Je pense que chaque femme est merveilleuse dans sa singularité : mon rôle consiste à le lui révéler.

On dit souvent de vous que vous photographiez l’âme.

La personne qui se laisse happer par mon objectif, je la regarde avec des yeux d’empathie. Les femmes sont nombreuses (ainsi que certains hommes) à souffrir de ne pas rentrer dans les normes esthétiques imposées. Je veux les convaincre, par l’image et l’accompagnement, de leur propre beauté intérieure et extérieure. J’ai fait mienne cette citation de Virginie Despentes : « C’est la bienveillance et l’empathie qui sauveront le monde ». Et pourquoi pas aussi l’estime de soi ?

Avez-vous toujours été photographe ?

C’est l’aboutissement d’un long parcours personnel où j’ai été vendeuse, responsable de boutique de mode, formatrice en vente, coach en réinsertion professionnelle. Je poursuis encore aujourd’hui certaines de ces activités afin que des gens à qui l’on n’a jamais appris à se faire confiance puissent découvrir en eux un potentiel insoupçonné. La photographie est l’un des outils de ma méthodologie. Elle comprend, entre autres, l’approche narrative qui invite une personne à relire sa propre histoire sous un angle positif.

A votre sensibilité naturelle, vous ajoutez une maîtrise de l’objectif acquise auprès du photojournaliste Frédéric Pauwels (Atelier Obscura). Auriez-vous pu être reporter ?

Chercher à saisir chaque être au-delà des apparences m’a ouvert pendant 5 ans les coulisses de l’univers burlesque. J’ai adoré être la photographe backstage de nombreux cabarets transformistes de Bruxelles et Paris. La célèbre ‘Maman’ m’avait confié les reportages des 20 et 25 ans de son cabaret. Résultat : des clichés anti-clichés que j’aimerais exposer à nouveau !

www.linstantemotion.com – 0477 82 80 13

 

 

 

 

 

 

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