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Un universitaire à la poursuite de son double, qui s’est approprié ses travaux, sa vie et même son apparence

universitaire double

Image d'illustration. | © Unsplash

Société

Un professeur d’université, spécialiste de l’histoire du tatouage, a été victime d’un imposteur qui s’est approprié ses travaux, sa vie et même son apparence.

 

D’après un article Paris Match France de DR

C’est une bien étrange histoire que relate le professeur d’université anglais, Matt Lodder, dans The Guardian. Spécialisé dans un domaine extrêmement pointu, cet enseignant à l’université d’Essex s’est consacré à l’histoire du tatouage. Comme il le précise, « nous ne formons qu’une petite communauté de spécialistes et nous nous connaissons tous. » C’est ainsi qu’en novembre 2017, grâce au signalement d’une consoeur, Matt Lodder, découvre sur academia.edu, un réseau social dédié aux chercheurs, l’existence d’un compte qui lui a fait froid dans le dos. La biographie qui y figure est une copie conforme de la sienne et la plupart des travaux publiés lui appartiennent. De toute évidence, il est victime d’un plagiaire.

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Mais, très vite, cette situation somme toute assez banale, devient bien plus étrange. Car, non content de s’approprier ses recherches, l’individu prétend avoir donné des conférences où Matt Lodder était en réalité l’invité. Pire encore, en poursuivant sa traque, l’universitaire finit par tomber sur la captation vidéo d’un colloque où son imposteur lit sans la moindre gène l’un de ses textes. Et là, Matt Lodder, ci-dessous sur Instagram, croit sombrer dans un cauchemar. Car son plagiaire ne s’est pas approprié que son travail : « Il était habillé comme moi, écrit l’historien du tatouage. Même ses attitudes corporelles et ses tics de langage étaient calqués sur les miens. Et puis j’ai vu ses mains : il a avait reproduit mes propres tatouages, avec les mots «know more» (savoir plus) et «artefact» écrits sur ses doigts. J’étais terrifié. »

 

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Puis, en fouillant dans ses mails, Matt Lodder comprend comment son « double » a pu obtenir une connaissance aussi précise de ses travaux : « Je l’ai retrouvé parmi mes contacts. Il s’était présenté comme un étudiant. Comme je le fais souvent, je lui avais envoyé des textes pas encore publiés pour l’aider. » Et le plagiaire s’est empressé de faire bon usage de ces cadeaux en les soumettant à ses professeurs dans  l’université californienne où il était inscrit. « Je me suis rendu compte par la suite qu’il avait obtenu une note de 95/100 avec l’un de mes essais. J’étais plutôt fier » plaisante Matt Lodder.

Après avoir averti la direction son université qui le considérait comme un élève brillant donnant toute satisfaction, l’imposteur a été aussitôt renvoyé. L’enquête a révélé que Matt Lodder n’était pas sa seule victime. L’indélicat avait allègrement pillé plusieurs auteurs. Pour tromper les logiciels capables de détecter les plagiats, il n’envoyait jamais ses copies par mail, prétextant une mauvaise connexion, et fournissait une version déjà imprimée. Une fois démasqué, il a disparu de tous les réseaux sociaux et l’historien, qui a renoncé à porter plainte, n’a plus jamais entendu parler de son doppelgänger. « Je ne comprends pas pourquoi il m’a choisi. Je ne suis pas un chercheur particulièrement prolifique. Mais ce que j’ai dû mal à supporter, c’est l’idée qu’il continue à se balader avec mes propres tatouages sur les mains. »

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