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Quand les mamies font du street-art à Lisbonne

Cours de graffiti, moyenne d'âge : 74 ans. | © Rui Soares/Facebook Lata 65

Société

À Lisbonne, les mamies ont troqué leurs aiguilles à tricoter contre des bombes de peinture pour militer pour une meilleure qualité de vie.

Elles ont entre 65 et 90 ans et ont une curiosité débordante. Ces mamies recouvrent les murs de Lisbonne et d’autres villes, munies de leurs masques, bombes et pochoirs à la main. Elles font partie du groupe Lata 65, un collectif portugais qui organise des ateliers de deux à cinq jours d’initiation au street-art. Avec une moyenne d’âge de 74 ans, ce « gang » de mamies découvre les bases, les techniques et tendances du graffiti pour ensuite les mettre en pratique dans la rue.

Créé par Lara Seixo Rodrigues, l’initiative a vu le jour en 2012 dans le cadre du festival international de graffiti à Covilhã. Le groupe qui a témoigné le plus d’intérêt était les plus de 60 ans, rapporte le Courrier International. Depuis lors, ces ateliers se sont produits dans plusieurs villes portugaises mais aussi dans d’autres pays dont l’Espagne.

Adaptation au public

En plein apprentissage, les œuvres de ces retraités ne sont pas des plus avant-gardistes, là n’est pas la question. Au contraire, elles sont souvent basiques mais reflètent leur vécu : « les tags les plus courants sont leurs surnoms, animaux de compagnie et petits-enfants, année de naissance, la rue où ils vivent … Beaucoup de veuves utilisent le nom des tags de leur défunt mari », explique à El Mundo l’architecte portugaise.

Mais certains « élèves » sortent du lot, comme Luisa, une ancienne docteur, présente lors du premier workshop en 2012. « Elle n’avait jamais fait de pochoirs ou peint dans sa vie, mais le deuxième jour, elle a ramené de chez elle un pochoir, c’est devenu le logo de Lata 65, se souvient Lara à Vice en février dernier. Depuis ce jour, elle a continué à poser sa marque partout dans la ville et nous aide à développer le projet ». Un logo à l’image d’une mamie au dos courbé, bombe de peinture à la main.

Ces débutants méritent également plus d’attention et de patience. « On est jamais plus de 15 et certains ont des problèmes de santé qui font que le rythme est assez lent. Bien plus qu’avec des enfants ». Ce qui demande une adaptation constante de l’équipe de Lata 65. « C’est un apprentissage constant mais le résultat est toujours le même: des sourires », observe la créatrice. 

Contre les stéréotypes et l’isolement

Au-delà de l’aspect artistique, ce « gang » du troisième âge a pour but de rompre l’isolement dont sont victimes les retraités. Au Portugal, un retraité sur quatre vit sous le seuil de pauvreté et souffre de solitude, explique LCI. Ces ateliers leur permettent de sortir de cet isolement et l’ennui, de retrouver une estime de soi et de faire passer un message militant, tout en brisant les clichés sur cet art « réservé » aux jeunes : il faut améliorer la qualité de vie des personnes âgées.

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